1) Montrons par récurrence la propriété
P(n) : «
bn est un majorant de
A,
an n'est pas un majorant de
A, et
bn−an=2nb0−a0 ».
Initialisation :
b0=M est un majorant de
A par choix. Comme
x0∈A et
x0>x0−1=a0, le réel
a0 est dépassé par un élément de
A : ce n'est pas un majorant. Enfin
b0−a0=20b0−a0.
Hérédité : soit
n∈N tel que
P(n) soit vraie. Montrons d'abord
an<bn : comme
an n'est pas un majorant, il existe
x∈A tel que
x>an ; comme
bn est un majorant,
x≤bn ; donc
an<x≤bn. Le milieu
mn vérifie alors
an<mn<bn.
Premier cas,
mn est un majorant de
A : alors
bn+1=mn est un majorant,
an+1=an n'en est pas un, et
bn+1−an+1=mn−an=2bn−an.
Second cas,
mn n'est pas un majorant de
A : alors
an+1=mn n'est pas un majorant,
bn+1=bn en est un, et
bn+1−an+1=bn−mn=2bn−an.
Dans les deux cas,
bn+1−an+1=21⋅2nb0−a0=2n+1b0−a0 :
P(n+1) est vraie.
L'argument de l'hérédité montre aussi que
an<bn pour tout
n, puisqu'il n'utilise que
P(n).
2) Soit
n∈N. Dans le premier cas,
an+1=an et
bn+1=mn<bn ; dans le second,
an+1=mn>an et
bn+1=bn. Dans tous les cas,
an≤an+1 et
bn+1≤bn : la suite
(an) est croissante et la suite
(bn) est décroissante.
De plus,
bn−an=(b0−a0)(21)n tend vers
0, d'après le résultat admis dans l'énoncé : c'est ici, et seulement ici, que sert la propriété d'Archimède.
Les suites
(an) et
(bn) sont donc adjacentes : d'après le théorème admis, elles convergent vers une même limite
c, et pour tout
n,
an≤c≤bn.
3) Soit
x∈A. Pour tout
n∈N,
bn est un majorant de
A, donc
x≤bn. Comme
bn tend vers
c, le passage à la limite dans cette inégalité large donne
x≤c. Ceci valant pour tout
x∈A, le réel
c est un majorant de
A.
4) Soit
y un réel tel que
y<c. Posons
ε=c−y>0. Comme
an tend vers
c, il existe
N∈N tel que
∣aN−c∣≤2ε, donc
aN≥c−2ε>c−ε=y.
Comme
aN n'est pas un majorant de
A, il existe
x∈A tel que
x>aN. Alors
x>y : le réel
y n'est pas un majorant de
A.
Conclusion :
c est un majorant de
A, et tout réel strictement inférieur à
c n'en est pas un ;
c est donc le plus petit des majorants de
A, c'est-à-dire
c=supA. Toute partie non vide majorée de
R admet une borne supérieure : le théorème des suites adjacentes, joint à la propriété d'Archimède, entraîne la propriété de la borne supérieure. Comme le cours démontre la réciproque (la propriété de la borne supérieure donne la propriété d'Archimède, puis le théorème de la limite monotone, puis celui des suites adjacentes), les deux jeux d'énoncés sont équivalents.
5) La construction exige que
a0 ne soit pas un majorant de
A. Or
x0 peut en être un : si
A possède un plus grand élément et que
x0 est cet élément,
x0 majore
A, et l'invariant serait faux dès le rang
0. Le réel
x0−1, strictement dépassé par
x0∈A, n'est jamais un majorant. On vérifie au passage
a0<b0, puisque
x0−1<x0≤M.
À retenir : dans une dichotomie, l'invariant est vérifié dans chacun des deux cas de la coupe ; c'est lui, passé à la limite (par les inégalités larges pour « majorant », par la convergence de
an pour « pas majorant »), qui donne les deux propriétés de la borne supérieure. Et l'on surveille ce que l'on admet sans le dire : ici la propriété d'Archimède, sans laquelle le théorème des suites adjacentes ne suffirait pas à donner la borne supérieure.