1)
a,
b et
c sont des données : des réels fixés, quelconques parmi les triplets deux à deux distincts, dont dépendront les fonctions construites.
x est une variable muette, liée par « pour tout
x∈R » : elle sert à définir les fonctions
La,
Lb,
Lc et
P, et n'existe pas en dehors. Les dénominateurs doivent être non nuls :
(a−b)(a−c)=0 exige
a=b et
a=c,
(b−a)(b−c)=0 exige
a=b et
b=c, et
(c−a)(c−b)=0 exige
a=c et
b=c. Chacune des trois inégalités sert donc, et deux ne suffiraient pas.
2) On a
La(a)=(a−b)(a−c)(a−b)(a−c)=1, ce quotient étant bien défini d'après la question 1.
On a
La(b)=(a−b)(a−c)(b−b)(b−c)=0, car le facteur
b−b est nul.
On a
La(c)=(a−b)(a−c)(c−b)(c−c)=0, car le facteur
c−c est nul.
Le même calcul, où l'on échange les rôles des trois réels, montre que
Lb(a),
Lb(b),
Lb(c) valent respectivement
0,
1,
0, et que
Lc(a),
Lc(b),
Lc(c) valent respectivement
0,
0,
1.
Donc
P(a)=1+0+0=1,
P(b)=0+1+0=1 et
P(c)=0+0+1=1.
3) On pose
D:R→R,
x↦P(x)−1.
Chacune des fonctions
La,
Lb,
Lc est le produit de deux polynômes de degré
1 par une constante, donc une fonction polynomiale de degré au plus
2 ; il en est de même de
P, puis de
D.
D'après la question 2,
D(a)=D(b)=D(c)=0.
Les réels
a,
b,
c sont deux à deux distincts par hypothèse, donc le résultat admis (R) s'applique à
D :
D est la fonction nulle.
Ainsi, pour tout réel
x,
P(x)=1.
4) Soit
Q une fonction polynomiale de degré au plus
2 telle que
Q(a)=Q(b)=Q(c)=1.
La fonction
x↦Q(x)−1 est polynomiale de degré au plus
2 et s'annule en
a,
b,
c, qui sont deux à deux distincts.
D'après (R), elle est nulle, donc
Q est la fonction constante égale à
1.
Réciproquement, la fonction constante égale à
1 est polynomiale de degré
0≤2 et vaut
1 en
a, en
b et en
c.
L'ensemble cherché a donc un seul élément : la fonction constante égale à
1, qui est d'ailleurs
P d'après la question 3.
5) Les triplets non tous égaux comprennent les triplets deux à deux distincts, pour lesquels rien ne change, mais aussi ceux dont exactement deux réels coïncident, que la nouvelle hypothèse n'exclut plus. Les questions précédentes établissaient leurs résultats pour chaque triplet admissible : un seul triplet admissible où ils tombent en défaut suffit à montrer que l'hypothèse affaiblie ne les garantit plus.
Supposons que deux des réels coïncident, par exemple
a=b et
a=c ; les autres cas s'en déduisent en échangeant les rôles des lettres.
Alors
(a−b)(a−c)=0 et
(b−a)(b−c)=0 : les fonctions
La et
Lb ne sont pas définies, donc
P non plus, et les questions 2 et 3 perdent leur sens.
La question 4 garde un sens, mais (R) ne s'applique plus, faute de trois réels deux à deux distincts, et la réponse change. Pour tout
λ∈R, la fonction
Qλ:x↦1+λ(x−a)(x−c) est polynomiale de degré au plus
2 et vaut
1 en
a, en
b=a et en
c.
Soient
λ et
μ deux réels distincts, et soit
t un réel distinct de
a et de
c. On a
Qλ(t)−Qμ(t)=(λ−μ)(t−a)(t−c)=0, donc
Qλ=Qμ.
L'ensemble cherché contient donc une infinité de fonctions, au lieu d'une seule. Par exemple, pour
a=b=0 et
c=1, la fonction
x↦1+x(x−1) convient et vaut
3 en
2 : elle n'est pas constante.
C'est donc l'hypothèse « deux à deux distincts » qui fait fonctionner tout le problème.