On y apprend à exprimer le terme général d'une suite récurrente linéaire à coefficients constants à l'aide de son équation caractéristique, à l'ordre 2 puis à un ordre quelconque.
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L'essentiel du cours
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Définition
Suite récurrente linéaire d'ordre 2 à coefficients constants
Soient K=R ou C et (a,b)∈K2 avec b=0. Une suite (un)n∈N à valeurs dans K est récurrente linéaire d'ordre 2 à coefficients constants (pour le couple (a,b)) si ∀n∈N,un+2=aun+1+bun. La relation est linéaire (aucun produit, aucun carré, aucune fonction des termes), homogène (aucun terme ajouté qui ne dépende pas de la suite), d'ordre 2 (chaque terme dépend des deux précédents) et à coefficients constants (a et b ne dépendent pas de n). On note S l'ensemble de ces suites. L'hypothèse b=0 écarte le cas dégénéré un+2=aun+1, où la suite est géométrique à partir du rang 1. Une relation écrite un+2+αun+1+βun=0 est de ce type, avec a=−α et b=−β.
∀n∈N,un+2=aun+1+bun
la relation, valable dès le rang zéro
S={u∈KN∣∀n∈N,un+2=aun+1+bun}
l'ensemble des suites qui vérifient la relation
Vocabulaire
Les mots du thème
Relation de récurrence : l'égalité un+2=aun+1+bun ; elle ne définit pas une suite, mais une famille de suites. Conditions initiales : les valeurs u0 et u1 ; la relation et les deux conditions initiales déterminent une suite et une seule. Solution de la relation : une suite qui la vérifie pour tout n ; solution générale : l'expression, comme λr1n+μr2n, qui décrit toutes les solutions quand λ et μ parcourent K. Équation caractéristique : l'équation r2=ar+b d'inconnue r∈K ; ses solutions sont les racines caractéristiques, simples ou double. Second membre : un terme c ajouté à droite de la relation ; celle-ci n'est plus homogène et ses solutions ne forment plus un espace vectoriel. Ordrep : chaque terme dépend des p précédents ; il faut alors p conditions initiales.
Propriété
Existence et unicité de la solution à conditions initiales données
Propriété : soient (a,b)∈K2 avec b=0 et (α,β)∈K2. Il existe une unique suite u∈S telle que u0=α et u1=β. L'existence est la définition par récurrence : on pose u0=α, u1=β, puis chaque un+2 est calculé à partir de un+1 et un (thème Définir un objet par récurrence du bloc Fondamental). L'unicité se démontre par récurrence double : si u et v sont dans S et coïncident aux rangs 0 et 1, la propriété « un=vn et un+1=vn+1 » est vraie au rang 0 et héréditaire, puisque un+2=aun+1+bun=avn+1+bvn=vn+2. Conséquence utilisée sans cesse dans ce thème : deux solutions qui ont les mêmes deux premiers termes sont égales.
(u,v∈S,u0=v0,u1=v1)⇒u=v
une solution est entièrement déterminée par ses deux premiers termes
Propriété
Structure de l'ensemble des solutions et lemme de transfert
Propriété : S est un sous-espace vectoriel de KN : la suite nulle est dans S et, si u,v∈S et λ∈K, alors λu+v∈S, car λun+2+vn+2=a(λun+1+vn+1)+b(λun+vn) pour tout n. Lemme de transfert : pour v,w∈S, la famille (v,w) est une base de S si et seulement si v0w1−v1w0=0, c'est-à-dire si et seulement si les couples (v0,v1) et (w0,w1) ne sont pas colinéaires dans K2. En particulier dimS=2. Ce lemme ramène chacun des trois théorèmes qui suivent à deux vérifications : les deux suites candidates sont dans S, et leurs deux premiers termes ne sont pas proportionnels.
(v,w) base de S⟺v0w1−v1w0=0
une base se lit sur les deux premiers termes
dimS=2
deux constantes dans le terme général, pas plus, pas moins
Exemple
Rédaction modèle : une base de S se lit sur les deux premiers termes
Soient (a,b)∈K2 avec b=0, S l'ensemble des suites u∈KN telles que un+2=aun+1+bun pour tout n∈N, et v,w∈S. Montrer que (v,w) est une base de S si et seulement si v0w1−v1w0=0. En déduire dimS=2. Posons D=v0w1−v1w0. Étape 1 : pour u∈S et (λ,μ)∈K2, on a u=λv+μw si et seulement si u0=λv0+μw0 et u1=λv1+μw1. Le sens direct s'obtient en lisant l'égalité de suites aux rangs 0 et 1. Réciproquement, supposons les deux égalités. La suite λv+μw appartient à S, qui est un sous-espace vectoriel, et elle a les mêmes termes de rangs 0 et 1 que u ; d'après l'unicité de la solution à conditions initiales données, λv+μw=u. Étape 2 : supposons D=0 et montrons que (v,w) est une base de S. Soit u∈S. D'après l'étape 1, l'égalité u=λv+μw équivaut au système λv0+μw0=u0 et λv1+μw1=u1. Si (λ,μ) est solution, en multipliant la première équation par w1, la seconde par w0 et en soustrayant, on obtient λD=u0w1−u1w0 ; de même, en multipliant la première par v1, la seconde par v0 et en soustrayant, μD=v0u1−v1u0. Comme D=0, le système a au plus une solution, λ=Du0w1−u1w0 et μ=Dv0u1−v1u0. Ce couple convient : λv0+μw0=Du0w1v0−u1w0v0+v0u1w0−v1u0w0=Du0(v0w1−v1w0)=u0, et le même calcul donne λv1+μw1=u1. Tout u∈S s'écrit donc de façon unique λv+μw : la famille (v,w) est une base de S. Étape 3 : supposons D=0 et montrons que (v,w) n'est pas une base. Si (v0,v1)=(0,0), alors v a les mêmes deux premiers termes que la suite nulle, qui est dans S ; par unicité, v est la suite nulle, et une famille qui contient le vecteur nul est liée. Sinon, l'un des deux termes v0, v1 est non nul ; supposons v0=0, le cas v1=0 se traitant de la même façon. Posons t=v0w0. Alors tv0=w0 et, comme v0w1=v1w0, on a tv1=v0w0v1=v0v0w1=w1. La suite tv est dans S et a les mêmes deux premiers termes que w, donc w=tv par unicité : la famille (v,w) est liée et n'est pas une base. Conclusion : (v,w) est une base de S si et seulement si v0w1−v1w0=0. Enfin, soient e la suite de S de conditions initiales (1,0) et f celle de conditions initiales (0,1) ; elles existent d'après la propriété d'existence. On a e0f1−e1f0=1=0, donc (e,f) est une base de S et dimS=2. À retenir : dans S, toute question de base se transporte sur les couples de conditions initiales, grâce à l'unicité de la solution à conditions initiales données.
Définition
Équation caractéristique et discriminant
L'équation caractéristique de la relation un+2=aun+1+bun est l'équation r2=ar+b d'inconnue r∈K, c'est-à-dire r2−ar−b=0 ; le polynôme X2−aX−b est le polynôme caractéristique, et Δ=a2+4b son discriminant. Sur C, l'équation a deux racines distinctes si Δ=0 et une racine double r0=2a si Δ=0 (thème Nombres complexes : forme algébrique). Sur R, avec a et b réels, elle a deux racines réelles distinctes si Δ>0, une racine double réelle si Δ=0, et deux racines complexes conjuguées non réelles si Δ<0. Aucune racine n'est nulle, car r=0 donnerait b=0. La somme des racines vaut a et leur produit vaut −b.
r2=ar+b⟺r2−ar−b=0
on remplace le terme de rang n plus k par r puissance k
Δ=a2+4b
attention au signe : plus quatre b, car le coefficient constant du polynôme est moins b
r1+r2=a,r1r2=−b
somme et produit des racines caractéristiques
Propriété
Les suites géométriques solutions
Propriété : soit r∈K. La suite géométrique (rn)n∈N appartient à S si et seulement si r est racine de l'équation caractéristique. Démonstration : (rn) est dans S si et seulement si, pour tout n∈N, rn+2=arn+1+brn, soit rn(r2−ar−b)=0. Si r2−ar−b=0, c'est vrai pour tout n. Sinon, l'égalité au rang n=0 s'écrit r2−ar−b=0, puisque r0=1 : elle est fausse. C'est ce calcul qui explique l'équation caractéristique : on cherche les solutions géométriques, et l'on en trouve deux (ou une seule, double) dès que l'équation a ses racines dans K ; le lemme de transfert les complète alors en une base. Quand K=R et Δ<0, aucune suite géométrique réelle n'est solution : c'est le passage par C, puis les parties réelle et imaginaire, qui fournissent la base.
rn+2=arn+1+brn⟺rn(r2−ar−b)=0
la relation, testée sur une suite géométrique, se factorise
Piège
Écrire l'équation caractéristique avec les signes de travers
Ligne fautive : pour la relation un+2+3un+1−4un=0, « l'équation caractéristique est r2−3r+4=0, de discriminant −7<0 ». Les signes ont été changés comme si l'on passait les termes de l'autre côté, sans le faire vraiment. La relation s'écrit un+2=−3un+1+4un, donc a=−3 et b=4, et l'équation caractéristique est r2=−3r+4, soit r2+3r−4=0, de racines 1 et −4. Avec u0=0 et u1=1, la suite commence par 0,1,−3,13 et son terme général est un=51−(−4)n ; la forme fautive, à racines complexes de module 2, ne peut pas produire ces valeurs. Version correcte, et le réflexe qui évite l'erreur : on remplace un+k par rk dans la relation telle qu'elle est écrite. Ici, r2+3r−4=0 directement, sans rien déplacer. Contrôle : le produit des racines vaut −b, l'opposé du coefficient de un quand la relation est écrite un+2=aun+1+bun ; ici 1×(−4)=−4=−b.
Propriété
Théorème : deux racines distinctes
Théorème : soient (a,b)∈K2 avec b=0. Si l'équation caractéristique r2=ar+b admet deux racines distinctesr1 et r2 dans K, alors S est l'ensemble des suites (λr1n+μr2n)n∈N avec (λ,μ)∈K2, et pour chaque u∈S le couple (λ,μ) est unique, déterminé par u0=λ+μ et u1=λr1+μr2. Autrement dit, ((r1n),(r2n)) est une base de S. Ce cas couvre Δ>0 sur R et tout Δ=0 sur C. C'est l'hypothèse r1=r2 qui porte la conclusion : elle garantit que les couples (1,r1) et (1,r2) ne sont pas proportionnels. L'hypothèse b=0 est, elle, la convention du thème : elle assure seulement qu'aucune racine n'est nulle.
un=λr1n+μr2n
solution générale quand les racines sont distinctes
{λ+μ=u0λr1+μr2=u1
le système qui fixe les deux constantes
Exemple
Rédaction modèle : démonstration du cas des racines distinctes
Soient (a,b)∈K2 avec b=0, et r1=r2 les deux racines dans K de l'équation r2=ar+b. Montrer que les suites de S sont exactement les suites (λr1n+μr2n)n∈N avec (λ,μ)∈K2, le couple étant unique. Notons v=(r1n)n∈N et w=(r2n)n∈N. Comme r1 et r2 sont racines de l'équation caractéristique, les suites v et w appartiennent à S, d'après la propriété sur les suites géométriques solutions. Leurs deux premiers termes sont (v0,v1)=(1,r1) et (w0,w1)=(1,r2), donc v0w1−v1w0=r2−r1. Par hypothèse r1=r2, donc r2−r1=0. D'après le lemme de transfert, (v,w) est une base de S. Ainsi toute suite u∈S s'écrit de façon unique u=λv+μw avec (λ,μ)∈K2, c'est-à-dire un=λr1n+μr2n pour tout n∈N. Réciproquement, toute suite de cette forme est dans S, sous-espace vectoriel qui contient v et w. En lisant l'égalité aux rangs 0 et 1, on obtient λ+μ=u0 et λr1+μr2=u1. À retenir : une fois le lemme de transfert acquis, le théorème tient en deux vérifications, l'appartenance à S et la non-proportionnalité des couples (1,r1) et (1,r2).
Propriété
Théorème : racine double
Théorème : soient (a,b)∈K2 avec b=0. Si l'équation caractéristique admet une racine doubler0, c'est-à-dire si Δ=a2+4b=0, alors r0=2a, b=−r02, et S est l'ensemble des suites ((λ+μn)r0n)n∈N avec (λ,μ)∈K2, le couple étant unique et donné par u0=λ et u1=(λ+μ)r0. Autrement dit, ((r0n),(nr0n)) est une base de S. La seconde suite remplace la racine manquante : c'est le facteur n, et non une seconde constante devant r0n, qui fournit la deuxième dimension.
un=(λ+μn)r0n
solution générale pour une racine double
λ=u0,μ=r0u1−u0
les constantes, lues sur les deux premiers termes
Exemple
Rédaction modèle : démonstration du cas de la racine double
Soient (a,b)∈K2 avec b=0 et a2+4b=0, et r0=2a. Montrer que les suites de S sont exactement les suites ((λ+μn)r0n)n∈N avec (λ,μ)∈K2, le couple étant unique. Le discriminant de r2−ar−b est nul, donc r0=2a en est la racine double : r02−ar0−b=0, et a=2r0. Comme b=r02−ar0=r02−2r02=−r02 et b=0, on a r0=0. Notons v=(r0n)n∈N et w=(nr0n)n∈N. La suite v est dans S, car r0 est racine de l'équation caractéristique. Montrons que w∈S. Soit n∈N. On a awn+1+bwn=a(n+1)r0n+1+bnr0n=r0n(a(n+1)r0+bn). Or a(n+1)r0+bn=n(ar0+b)+ar0=nr02+2r02=(n+2)r02, en utilisant ar0+b=r02 puis a=2r0. Donc awn+1+bwn=(n+2)r0n+2=wn+2. Ceci valant pour tout n, la suite w est dans S. Les deux premiers termes sont (v0,v1)=(1,r0) et (w0,w1)=(0,r0), donc v0w1−v1w0=r0=0. D'après le lemme de transfert, (v,w) est une base de S : toute suite u∈S s'écrit de façon unique un=λr0n+μnr0n=(λ+μn)r0n, et réciproquement toute suite de cette forme est dans S. Aux rangs 0 et 1 : u0=λ et u1=(λ+μ)r0. À retenir : dans le cas double, on vérifie à la main que (nr0n) est solution, en factorisant par r0n et en utilisant les deux relations r02=ar0+b et a=2r0.
Piège
Mettre deux constantes devant la même racine double
Ligne fautive : pour un+2=4un+1−4un, « Δ=0, r0=2, donc un=λ2n+μ2n ». Cette expression vaut (λ+μ)2n : une seule constante en réalité, une seule suite géométrique, alors que S est de dimension 2. Elle ne peut pas satisfaire des conditions initiales quelconques : avec u0=1 et u1=6, il faudrait λ+μ=1 et 2(λ+μ)=6, ce qui est contradictoire. Pourtant la suite existe et commence par 1,6,20,56. Version correcte : « Δ=0, racine double r0=2, donc il existe (λ,μ)∈R2 tel que, pour tout n∈N, un=(λ+μn)2n. » Avec u0=1 et u1=6 : λ=1 et 2(1+μ)=6, d'où μ=2 et un=(1+2n)2n ; on vérifie u2=5×4=20.
Propriété
Théorème : coefficients réels et racines complexes conjuguées
Théorème : soient (a,b)∈R2 avec Δ=a2+4b<0 (ce qui impose b<0, donc b=0). Les racines de r2=ar+b sont deux complexes conjugués non réels ; on note ω=ρeiθ celle de partie imaginaire strictement positive, de module ρ>0 et d'argument θ∈]0,π[, l'autre étant ωˉ=ρe−iθ. Alors l'ensemble SR des suites réelles solutions est l'ensemble des suites (ρn(λcos(nθ)+μsin(nθ)))n∈N avec (λ,μ)∈R2, le couple étant unique et donné par u0=λ et u1=ρ(λcosθ+μsinθ). En pratique, ρ=−b (le produit ωωˉ=ρ2 vaut −b) et cosθ=2ρa (la somme ω+ωˉ=2ρcosθ vaut a). La lettre r reste réservée à l'inconnue de l'équation caractéristique et à ses racines ; le module se note ρ. Les suites complexes solutions relèvent, elles, du cas des racines distinctes : αωn+βωˉn avec (α,β)∈C2.
un=ρn(λcos(nθ)+μsin(nθ))
solution générale réelle pour des racines complexes conjuguées
ρ=∣ω∣=−b,cosθ=2ρa
module et argument des racines, lus sur les coefficients
Exemple
Rédaction modèle : démonstration du cas des racines complexes conjuguées
Soient (a,b)∈R2 avec a2+4b<0, et ω=ρeiθ, de module ρ>0 et d'argument θ∈]0,π[, la racine de partie imaginaire strictement positive de r2=ar+b. Montrer que les suites réelles solutions sont exactement les suites (ρn(λcos(nθ)+μsin(nθ)))n∈N avec (λ,μ)∈R2, le couple étant unique. Comme Δ<0, on a 4b<−a2≤0, donc b<0 et en particulier b=0 : on est dans le cadre du thème, avec K=R, et l'ensemble SR des suites réelles solutions est un sous-espace vectoriel de RN auquel le lemme de transfert s'applique. Le trinôme r2−ar−b est à coefficients réels et de discriminant strictement négatif : ses racines sont ω et ωˉ, non réelles (thème Nombres complexes : forme algébrique). Comme ω n'est pas réel, sinθ=0. Posons, pour n∈N, cn=ρncos(nθ) et sn=ρnsin(nθ). D'après la formule de Moivre (thème Exponentielle complexe et racines n-ièmes), ωn=ρneinθ=cn+isn, donc cn=Re(ωn) et sn=Im(ωn). La suite complexe (ωn) est solution, car ω est racine de l'équation caractéristique : pour tout n∈N, ωn+2=aωn+1+bωn. Comme a et b sont réels, la partie réelle d'une combinaison à coefficients réels est la combinaison des parties réelles : cn+2=Re(ωn+2)=aRe(ωn+1)+bRe(ωn)=acn+1+bcn. Donc c∈SR, et de même s∈SR en prenant les parties imaginaires. Leurs deux premiers termes sont (c0,c1)=(1,ρcosθ) et (s0,s1)=(0,ρsinθ), donc c0s1−c1s0=ρsinθ. Or ρ>0 et sinθ=0, donc ρsinθ=0. D'après le lemme de transfert, (c,s) est une base de SR : toute suite réelle solution s'écrit de façon unique un=λcn+μsn=ρn(λcos(nθ)+μsin(nθ)) avec (λ,μ)∈R2, et réciproquement toute suite de cette forme est solution. Aux rangs 0 et 1 : u0=λ et u1=ρ(λcosθ+μsinθ). À retenir : les solutions réelles sont les parties réelle et imaginaire de la solution complexe (ωn), et c'est sinθ=0, c'est-à-dire « ω n'est pas réel », qui en fait une base.
Piège
Oublier le module ρn devant le cosinus et le sinus
Ligne fautive : pour un+2=2un+1−2un, « les racines sont 1±i, d'arguments ±4π, donc un=λcos4nπ+μsin4nπ ». Cette forme est bornée par ∣λ∣+∣μ∣, alors que la suite ne l'est pas : avec u0=0 et u1=1, la relation donne u2=2, u3=2, u4=0, u5=−4, u6=−8, u7=−8, u8=0, u9=16. Le module des racines, ∣1+i∣=2=1, a été perdu : la forme λcos(nθ)+μsin(nθ) n'est correcte que lorsque les racines sont de module 1, c'est-à-dire lorsque b=−1. Version correcte : « 1+i=2eiπ/4, donc il existe (λ,μ)∈R2 tel que, pour tout n∈N, un=(2)n(λcos4nπ+μsin4nπ). » Avec u0=0 et u1=1 : λ=0 et 2×μ×22=1, d'où μ=1 et un=(2)nsin4nπ ; on vérifie u5=42×(−22)=−4. Réflexe : le module se lit directement sur les coefficients, ρ=−b, ici 2.
Formulaire
Les trois cas en un tableau
Pour un+2=aun+1+bun avec b=0 : équation caractéristique r2−ar−b=0, discriminant Δ=a2+4b. Sur C il n'y a que deux cas, Δ=0 et Δ=0 ; sur R le cas Δ<0 se traite par les parties réelle et imaginaire de ωn, où ω=ρeiθ est la racine de partie imaginaire strictement positive et ρ=∣ω∣ son module. Les constantes λ et μ se déterminent toujours par le système formé aux rangs 0 et 1, ou sur deux rangs consécutifs quelconques. Dans le cas complexe, ρ=−b et cosθ=2ρa.
casΔ>0 ou (K=C,Δ=0)Δ=0Δ<0,(a,b)∈R2racinesr1=r2r0=a/2 doubleρe±iθunλr1n+μr2n(λ+μn)r0nρn(λcos(nθ)+μsin(nθ))
le terme général selon la nature des racines
λ+μ=u0,λr1+μr2=u1
système des constantes, racines distinctes
λ=u0,(λ+μ)r0=u1
système des constantes, racine double
λ=u0,ρ(λcosθ+μsinθ)=u1
système des constantes, racines complexes conjuguées
Méthode
Déterminer le terme général d'une suite récurrente linéaire d'ordre 2
Quand l'utiliser : l'énoncé donne une relation un+2=aun+1+bun, ou une forme équivalente comme un+1=3un−2un−1 pour n≥1 ou 2un+2−3un+1+un=0, avec deux termes consécutifs, et demande un « en fonction de n », une limite, un signe ou une périodicité. 1) Mettre la relation sous la forme un+2=aun+1+bun, valable pour tout n∈N : diviser par le coefficient de un+2, décaler l'indice si besoin, et vérifier qu'il n'y a pas de second membre (sinon, méthode suivante). Écrire : « La suite (un) est récurrente linéaire d'ordre 2 à coefficients constants, d'équation caractéristique r2=ar+b. » 2) Résoudre l'équation caractéristique : calculer Δ=a2+4b et les racines, en cherchant d'abord une racine évidente (1 si 1=a+b, −1 si 1=−a+b), l'autre s'obtenant par le produit −b. 3) Citer le théorème du cas rencontré et écrire la forme du terme général : « D'après le cours, il existe (λ,μ)∈K2 tel que, pour tout n∈N, un=λr1n+μr2n », ou (λ+μn)r0n, ou ρn(λcos(nθ)+μsin(nθ)). 4) Écrire le système aux rangs 0 et 1 (ou aux deux rangs consécutifs connus : ils déterminent aussi λ et μ) et le résoudre. 5) Conclure « Pour tout n∈N, un=… », puis vérifier la formule sur u2, calculé par la relation d'une part, par la formule d'autre part.
Pour tout n∈N,un=λr1n+μr2n
la phrase de conclusion, avec le quantificateur
Exemple
Rédaction modèle : la formule de Binet pour la suite de Fibonacci
Soit (Fn)n∈N la suite définie par F0=0, F1=1 et, pour tout n∈N, Fn+2=Fn+1+Fn. Exprimer Fn en fonction de n. La suite (Fn) est récurrente linéaire d'ordre 2 à coefficients constants, avec a=1 et b=1=0 ; son équation caractéristique est r2=r+1, soit r2−r−1=0. Son discriminant est Δ=1+4=5>0 : elle admet deux racines réelles distinctes, φ=21+5 et ψ=21−5. D'après le théorème du cas des racines distinctes, il existe (λ,μ)∈R2 tel que, pour tout n∈N, Fn=λφn+μψn. Aux rangs 0 et 1 : λ+μ=F0=0 et λφ+μψ=F1=1. La première équation donne μ=−λ ; la seconde devient λ(φ−ψ)=1, et φ−ψ=5, donc λ=51 et μ=−51. Conclusion : pour tout n∈N, Fn=51((21+5)n−(21−5)n). Vérification : F2=F1+F0=1, et la formule donne 51(φ2−ψ2)=51(φ−ψ)(φ+ψ)=51×5×1=1. À retenir : on cite le théorème avant d'écrire la forme du terme général, on résout le système aux rangs 0 et 1, et l'on vérifie sur F2.
Exemple
Rédaction modèle : une racine double
Soit (un)n∈N la suite définie par u0=1, u1=6 et, pour tout n∈N, un+2=4un+1−4un. Déterminer un en fonction de n. La suite est récurrente linéaire d'ordre 2 à coefficients constants, avec a=4 et b=−4=0 ; son équation caractéristique est r2−4r+4=0. Son discriminant est Δ=16−16=0 : elle admet la racine double r0=24=2. D'après le théorème du cas de la racine double, il existe (λ,μ)∈R2 tel que, pour tout n∈N, un=(λ+μn)2n. Au rang 0 : u0=λ=1. Au rang 1 : u1=(λ+μ)×2=6, donc λ+μ=3 et μ=2. Conclusion : pour tout n∈N, un=(1+2n)2n. Vérification : u2=4×6−4×1=20, et la formule donne (1+4)×4=20. À retenir : une racine double appelle le facteur (λ+μn), et le rang 1 fait apparaître μ à travers le produit (λ+μ)r0.
Exemple
Rédaction modèle : des racines complexes et une suite périodique
Soit (un)n∈N la suite réelle définie par u0=1, u1=1 et, pour tout n∈N, un+2=un+1−un. Déterminer un en fonction de n et en déduire que la suite est périodique. La suite est récurrente linéaire d'ordre 2 à coefficients réels constants, avec a=1 et b=−1=0 ; son équation caractéristique est r2−r+1=0. Son discriminant est Δ=1−4=−3<0 : les racines sont complexes conjuguées, ω=21+i3 et ωˉ. On a ∣ω∣=41+43=1 et ω=cos3π+isin3π=eiπ/3 : ici le module vaut ρ=1 et l'argument θ=3π. D'après le théorème du cas des racines complexes conjuguées, et comme le facteur ρn vaut 1 pour tout n, il existe (λ,μ)∈R2 tel que, pour tout n∈N, un=λcos3nπ+μsin3nπ. Au rang 0 : u0=λ=1. Au rang 1 : u1=cos3π+μsin3π=21+μ23=1, donc μ=31=33. Conclusion : pour tout n∈N, un=cos3nπ+33sin3nπ. Vérification : u2=u1−u0=0, et la formule donne cos32π+33sin32π=−21+33×23=0. Périodicité : pour tout n∈N, 3(n+6)π=3nπ+2π, et les fonctions cosinus et sinus sont 2π-périodiques, donc un+6=un : la suite est périodique de période 6, et ses valeurs sont 1,1,0,−1,−1,0, puis se répètent. À retenir : quand les deux racines sont complexes conjuguées de module 1, c'est-à-dire quand Δ<0 et b=−1, la suite est bornée, et elle est périodique dès que θ est un multiple rationnel de π. Une racine double de module 1, elle, ne borne rien : pour r0=1, la suite (n) est solution de un+2=2un+1−un.
Méthode
Se ramener au cas homogène quand la relation porte un second membre constant
Quand l'utiliser : la relation s'écrit un+2=aun+1+bun+c avec c=0 constant. Le théorème ne s'applique pas directement : l'ensemble des solutions n'est plus un espace vectoriel, puisque la suite nulle n'est pas solution. C'est l'analogue à l'ordre 2 des suites arithmético-géométriques (thème Suites réelles et complexes : convergence). 1) Chercher une solution particulière(pn). D'abord une suite constante égale à ℓ : elle est solution si et seulement si ℓ=aℓ+bℓ+c, soit (1−a−b)ℓ=c. Si 1−a−b=0, c'est-à-dire si 1 n'est pas racine caractéristique, prendre pn=ℓ=1−a−bc. Si 1 est racine simple (a+b=1 et a=2), aucune constante ne convient : prendre pn=ℓn, avec ℓ=2−ac. Si 1 est racine double (a=2 et b=−1), prendre pn=ℓn2, avec ℓ=2c. Dans ces deux derniers cas, ℓ s'obtient en injectant la forme choisie dans la relation. 2) Poser vn=un−pn pour tout n, et montrer que v vérifie la relation homogène : u et p vérifient toutes deux xn+2=axn+1+bxn+c, et la soustraction fait disparaître c, d'où vn+2=(aun+1+bun+c)−(apn+1+bpn+c)=avn+1+bvn. Dans le cas courant pn=ℓ, cela s'écrit vn+2=un+2−ℓ=aun+1+bun+c−(aℓ+bℓ+c)=avn+1+bvn. 3) Appliquer la méthode précédente à (vn), avec ses conditions initiales v0=u0−p0 et v1=u1−p1. 4) Revenir à u : « Pour tout n∈N, un=vn+pn=… », et vérifier sur u2.
ℓ=aℓ+bℓ+c⟺ℓ=1−a−bc(1−a−b=0)
la constante qui absorbe le second membre
vn=un−pn⇒vn+2=avn+1+bvn
l'écart à une solution particulière vérifie la relation homogène
Exemple
Rédaction modèle : un second membre constant
Soit (un)n∈N la suite définie par u0=1, u1=2 et, pour tout n∈N, un+2=5un+1−6un+2. Déterminer un en fonction de n. La relation n'est pas homogène : on cherche d'abord une suite constante solution. Une suite constante égale à ℓ vérifie la relation si et seulement si ℓ=5ℓ−6ℓ+2, soit ℓ=−ℓ+2, soit ℓ=1. Posons, pour tout n∈N, vn=un−1. Pour tout n∈N, vn+2=un+2−1=5un+1−6un+1=5(vn+1+1)−6(vn+1)+1=5vn+1−6vn. La suite (vn) est donc récurrente linéaire d'ordre 2 à coefficients constants, avec a=5 et b=−6=0 ; son équation caractéristique est r2−5r+6=0, de discriminant Δ=25−24=1>0 et de racines r1=2 et r2=3. D'après le théorème du cas des racines distinctes, il existe (λ,μ)∈R2 tel que, pour tout n∈N, vn=λ2n+μ3n. Conditions initiales de v : v0=u0−1=0 et v1=u1−1=1. Donc λ+μ=0 et 2λ+3μ=1 ; la première donne λ=−μ, la seconde devient μ=1, d'où λ=−1. Ainsi, pour tout n∈N, vn=3n−2n, puis un=vn+1=3n−2n+1. Vérification : u2=5×2−6×1+2=6, et la formule donne 9−4+1=6. À retenir : la constante ℓ se trouve en écrivant qu'une suite constante est solution ; on montre que u−ℓ est solution de la relation homogène avant d'appliquer le théorème.
Piège
Appliquer la forme λr1n+μr2n malgré un second membre
Ligne fautive : pour un+2=un+1+un+1 avec u0=u1=0, « l'équation caractéristique est r2=r+1, donc un=λφn+μψn ; les conditions initiales donnent λ=μ=0, donc un=0 pour tout n ». Or u2=0+0+1=1=0. Le théorème décrit les solutions de la relation homogèneun+2=un+1+un ; la suite nulle en est une, mais elle n'est pas solution de la relation avec second membre. L'ensemble des solutions de cette dernière n'est plus un sous-espace vectoriel : c'est le translaté de S par une solution particulière. Version correcte : une suite constante égale à ℓ est solution si et seulement si ℓ=2ℓ+1, soit ℓ=−1 ; la suite vn=un+1 vérifie vn+2=vn+1+vn avec v0=v1=1, donc vn=Fn+1 par unicité de la solution à conditions initiales données (suite de Fibonacci décalée d'un rang), et un=Fn+1−1. On vérifie u2=F3−1=2−1=1.
Méthode
Étudier la limite d'une suite récurrente linéaire par sa racine dominante
Quand l'utiliser : l'énoncé demande la limite de (un), ou son comportement « selon les conditions initiales », ou de montrer que la suite est bornée ou tend vers 0. 1) Déterminer le terme général par la méthode « Déterminer le terme général d'une suite récurrente linéaire d'ordre 2 », avec λ et μ exprimés en fonction de u0 et u1 si celles-ci sont laissées libres. 2) Racines réelles distinctes : repérer la racine dominante, celle de plus grand module, disons ∣r1∣>∣r2∣, et factoriser : un=r1n(λ+μ(r1r2)n), où (r1r2)n→0 car ∣r1r2∣<1 (limite de qn, thème Suites réelles et complexes : convergence). Si ∣r1∣=∣r2∣, c'est-à-dire r2=−r1, séparer les rangs pairs et impairs. 3) Discuter selon λ : si λ=0, la suite se comporte comme λr1n ; limite 0 si ∣r1∣<1, limite λ si r1=1, limite infinie du signe de λ si r1>1, pas de limite si r1≤−1 (les suites extraites de rangs pairs et impairs ne se comportent pas de même, thème Suites monotones, adjacentes et extraites). Si λ=0, recommencer avec μr2n. 4) Racine double : un=(λ+μn)r0n ; si ∣r0∣<1, la limite est 0, car n∣r0∣n→0 (règle du quotient unun+1, thème Suites réelles et complexes : convergence) ; si ∣r0∣≥1 et μ=0, la suite n'est pas bornée ; si ∣r0∣≥1 et μ=0, il reste la suite géométrique (λr0n), bornée si et seulement si λ=0 ou ∣r0∣=1, et convergente si et seulement si λ=0 ou r0=1. 5) Racines complexes conjuguées, de module ρ : majorer ∣un∣≤ρn(∣λ∣+∣μ∣) ; si ρ<1, la suite tend vers 0 par encadrement ; si ρ=1, elle est bornée, sans limite en général (voir la suite périodique 1,1,0,−1,−1,0) ; si ρ>1 et (λ,μ)=(0,0), elle n'est pas bornée. 6) Rédiger la conclusion avec les théorèmes cités : opérations sur les limites, encadrement, suites extraites.
un=r1n(λ+μ(r1r2)n),r1r2<1
on factorise par la racine dominante
∣un∣≤ρn(∣λ∣+∣μ∣)
majoration dans le cas complexe, le module des racines en facteur
Exemple
Rédaction modèle : la limite selon les conditions initiales
Soient u0 et u1 deux réels, et (un)n∈N la suite définie par un+2=3un+1−2un pour tout n∈N. Déterminer, selon u0 et u1, la limite de (un). La suite est récurrente linéaire d'ordre 2 à coefficients constants, avec a=3 et b=−2=0 ; son équation caractéristique est r2−3r+2=0, dont 1 est racine évidente ; le produit des racines vaut 2, donc l'autre racine est 2. D'après le théorème du cas des racines distinctes, il existe (λ,μ)∈R2 tel que, pour tout n∈N, un=λ2n+μ, où λ est la constante de la racine dominante 2, celle de plus grand module. Aux rangs 0 et 1 : λ+μ=u0 et 2λ+μ=u1 ; par différence, λ=u1−u0, puis μ=2u0−u1. Ainsi, pour tout n∈N, un=(u1−u0)2n+(2u0−u1). Factorisons par la racine dominante : un=2n(λ+μ(21)n), et (21)n→0 car 21<1, donc la parenthèse tend vers λ. Premier cas : λ=0, c'est-à-dire u1=u0. Alors un=μ=u0 pour tout n : la suite est constante et converge vers u0. Deuxième cas : λ>0, c'est-à-dire u1>u0. Comme 2>1, on a 2n→+∞ ; la parenthèse tend vers λ>0, donc, par produit, un→+∞. Troisième cas : λ<0, c'est-à-dire u1<u0. La parenthèse tend vers λ<0, donc, par produit, un→−∞. Conclusion : la suite converge si et seulement si u1=u0, et sa limite est alors u0 ; sinon, elle tend vers +∞ si u1>u0 et vers −∞ si u1<u0. À retenir : la racine dominante 2 décide du comportement dès que sa constante λ est non nulle ; le cas λ=0 est exactement celui où les conditions initiales sont alignées sur l'autre racine.
Piège
Conclure à la convergence en ne regardant qu'une racine
Ligne fautive : pour un+2=27un+1−23un, « les racines sont 21 et 3 ; comme (21)n→0, la suite converge ». Le terme général est un=λ(21)n+μ3n, et c'est la racine de plus grand module qui commande : dès que μ=0, on a ∣un∣≥∣μ∣3n−∣λ∣→+∞ et la suite diverge. Avec u0=1 et u1=3, on trouve λ=0, μ=1 et un=3n ; avec u0=1 et u1=21, on trouve μ=0 et un=(21)n→0. La convergence dépend donc des conditions initiales, et le cas favorable est l'exception, pas la règle. Version correcte : « Pour tout n∈N, un=λ(21)n+μ3n, avec μ=52u1−u0 et λ=56u0−2u1. Si u1=2u0, alors μ=0 et la suite n'est pas bornée, donc diverge ; si u1=2u0, alors un=u0(21)n→0. »
Méthode
Reconstituer la relation de récurrence à partir des racines
Quand l'utiliser : la suite est donnée par une formule un=λr1n+μr2n, ou ρncos(nθ), ou (α+d)n+(α−d)n, et l'on demande de montrer qu'elle vérifie une relation de récurrence linéaire, qu'elle est à valeurs entières, ou de calculer ses termes sans irrationnels. 1) Lire les racines r1 et r2 dans la formule : ce sont les nombres élevés à la puissance n (pour ρncos(nθ), ce sont ρeiθ et ρe−iθ). 2) Former le polynôme (X−r1)(X−r2)=X2−sX+p avec s=r1+r2 et p=r1r2 ; pour deux conjugués α±d ou α±iβ, s et p sont rationnels dès que α, d et β2 le sont. 3) La relation est un+2=sun+1−pun. La justifier : (r1n) et (r2n) sont solutions car r1 et r2 sont racines de r2−sr+p=0, et l'ensemble des solutions est un sous-espace vectoriel, donc u est solution ; ou bien la vérifier par un calcul direct. 4) Calculer u0 et u1, puis exploiter la relation par récurrence double (thème Récurrence double du bloc Fondamental) : si u0, u1, s et p sont entiers, tous les un sont entiers.
(X−r1)(X−r2)=X2−(r1+r2)X+r1r2
somme et produit des racines donnent les coefficients
un+2=(r1+r2)un+1−r1r2un
la relation reconstituée à partir des racines
Exemple
Rédaction modèle : une suite d'entiers cachée derrière des irrationnels
Pour n∈N, on pose un=(1+2)n+(1−2)n. Montrer que un est un entier pair pour tout n∈N. Posons r1=1+2 et r2=1−2. On a r1+r2=2 et r1r2=1−2=−1, donc r1 et r2 sont les racines de X2−2X−1, c'est-à-dire de l'équation r2=2r+1. Les suites (r1n) et (r2n) sont donc solutions de la relation vn+2=2vn+1+vn, et u, somme de ces deux suites, l'est aussi, l'ensemble des solutions étant un sous-espace vectoriel de RN : pour tout n∈N, un+2=2un+1+un. Par ailleurs u0=1+1=2 et u1=(1+2)+(1−2)=2. Montrons par récurrence double que, pour tout n∈N, un est un entier pair. Initialisation : u0=2 et u1=2 sont des entiers pairs. Hérédité : soit n∈N tel que un et un+1 soient des entiers pairs. Alors un+2=2un+1+un est un entier, comme somme de produits d'entiers, et il est pair comme somme des deux entiers pairs 2un+1 et un. Conclusion : pour tout n∈N, un est un entier pair. Remarque : comme ∣1−2∣<1, on a (1−2)n→0 ; ainsi (1+2)n est à une distance de l'entier pair un qui tend vers 0. À retenir : somme et produit des racines reconstituent la relation, le sous-espace S absorbe la combinaison, et la récurrence double transporte la propriété arithmétique.
Définition
Suite récurrente linéaire d'ordre p
(Spé, L2.) Soient p∈N∗ et (a0,a1,…,ap−1)∈Kp avec a0=0. Une suite u∈KN est récurrente linéaire d'ordre p à coefficients constants si ∀n∈N,un+p=ap−1un+p−1+⋯+a1un+1+a0un. On note Sp l'ensemble de ces suites. Le polynôme caractéristique est P=Xp−ap−1Xp−1−⋯−a1X−a0, obtenu en remplaçant un+k par Xk ; l'hypothèse a0=0 signifie que 0 n'en est pas racine. L'ordre 1 redonne les suites géométriques, l'ordre 2 le reste de ce thème.
∀n∈N,un+p=k=0∑p−1akun+k
chaque terme dépend linéairement des p précédents
P=Xp−k=0∑p−1akXk
polynôme caractéristique d'ordre p
Propriété
Structure et dimension de Sp
(Spé, L2.) Propriété : Sp est un sous-espace vectoriel de KN, et dimSp=p. Comme à l'ordre 2, une suite de Sp est déterminée par ses p premiers termes (u0,…,up−1), qui peuvent être choisis arbitrairement (récurrence forte). La dimension se démontre alors comme à l'ordre 2 : les p suites de Sp dont les p premiers termes forment la base canonique de Kp sont libres (lire une combinaison nulle aux rangs 0 à p−1) et génératrices (deux solutions qui coïncident sur leurs p premiers termes sont égales), donc elles forment une base et dimSp=p. Suites géométriques solutions : la suite (rn) est dans Sp si et seulement si P(r)=0, par le même calcul qu'à l'ordre 2.
dimSp=p
autant de constantes que de conditions initiales
(rn)n∈N∈Sp⟺P(r)=0
les racines du polynôme caractéristique donnent les solutions géométriques
Propriété
Théorème : racines simples à l'ordre p, et racines multiples
(Spé, L2.) Théorème (racines simples) : si P admet p racines r1,…,rpdeux à deux distinctes dans K, alors ((r1n),…,(rpn)) est une base de Sp : toute solution s'écrit de façon unique un=λ1r1n+⋯+λprpn, les λk étant déterminés par le système linéaire aux rangs 0 à p−1. La démonstration tient en trois points : ces p suites sont dans Sp, elles sont libres (rédaction modèle suivante), et dimSp=p. Cas général, énoncé sans démonstration : sur C, si P=∏k=1q(X−rk)mk avec des rk deux à deux distincts, les suites (njrkn)n∈N pour 1≤k≤q et 0≤j≤mk−1 forment une base de Sp ; une racine de multiplicité m apporte le facteur polynomial λ0+λ1n+⋯+λm−1nm−1, comme la racine double apporte λ+μn à l'ordre 2.
un=k=1∑pλkrkn(racines simples)
solution générale quand les p racines sont distinctes
un=k=1∑qQk(n)rkn,degQk≤mk−1
cas général : un polynôme en n devant chaque racine multiple
Exemple
Rédaction modèle : des suites géométriques de raisons distinctes forment une famille libre
Soient p∈N∗ et r1,…,rp∈K deux à deux distincts. Montrer que la famille des suites ((rkn)n∈N)1≤k≤p est libre dans KN. En déduire que, si les rk sont les racines du polynôme caractéristique d'une relation d'ordre p, cette famille est une base de Sp. Soient λ1,…,λp∈K tels que ∑k=1pλkrkn=0 pour tout n∈N. Montrons que tous les λk sont nuls. Soit m∈{1,…,p} fixé. Posons Qm=∏k=m(X−rk), produit des p−1 facteurs X−rk pour k=m (le produit vide vaut 1 si p=1). C'est un polynôme de degré p−1 ; écrivons Qm=∑j=0p−1cjXj avec c0,…,cp−1∈K. Pour chaque j∈{0,…,p−1}, l'hypothèse au rang n=j donne ∑k=1pλkrkj=0. En multipliant par cj et en sommant sur j, on obtient ∑k=1pλk(∑j=0p−1cjrkj)=0, c'est-à-dire ∑k=1pλkQm(rk)=0. Or, pour k=m, le facteur X−rk de Qm s'annule en rk, donc Qm(rk)=0. Il reste λmQm(rm)=0. Et Qm(rm)=∏k=m(rm−rk) est un produit de facteurs tous non nuls, puisque les rk sont deux à deux distincts ; donc Qm(rm)=0, et λm=0. Ceci valant pour tout m∈{1,…,p}, la famille est libre. Supposons de plus que les rk soient les racines du polynôme caractéristique P d'une relation d'ordre p. Chaque suite (rkn) appartient alors à Sp, qui est de dimension p. Une famille libre de p vecteurs d'un espace de dimension p en est une base (thème Familles libres, génératrices, bases et dimension) : ((rkn))1≤k≤p est une base de Sp. À retenir : pour isoler λm, on fait agir sur la combinaison un polynôme qui s'annule en toutes les racines sauf rm ; la liberté vient de ce que les rk sont distincts, et la base de ce que la dimension est p.
Méthode
Résoudre une récurrence linéaire d'ordre 3 ou plus
Quand l'utiliser : (Spé, L2) la relation fait intervenir trois termes précédents ou plus, avec autant de conditions initiales que l'ordre. 1) Écrire la relation sous la forme un+p=ap−1un+p−1+⋯+a0un et son polynôme caractéristique P=Xp−ap−1Xp−1−⋯−a0, en remplaçant un+k par Xk dans la relation telle qu'elle est écrite. 2) Chercher les racines de P : racines évidentes (±1, ±2), puis factorisation par X−r (division euclidienne, thème Polynômes : anneau K[X] et division euclidienne), jusqu'à un trinôme que l'on sait résoudre. 3) Si les p racines sont distinctes, citer le théorème : « il existe (λ1,…,λp)∈Kp tel que, pour tout n∈N, un=λ1r1n+⋯+λprpn ». Si une racine est multiple, écrire devant elle un polynôme en n de degré strictement inférieur à sa multiplicité. 4) Écrire le système aux rangs 0,1,…,p−1 et le résoudre par combinaisons : soustraire les équations successives fait disparaître la constante devant une éventuelle racine 1. 5) Conclure « pour tout n∈N » et vérifier sur up.
P=X3−a2X2−a1X−a0
à l'ordre 3, un polynôme de degré 3 à factoriser
Exemple
Rédaction modèle : une récurrence d'ordre 3
Soit (un)n∈N la suite définie par u0=1, u1=2, u2=6 et, pour tout n∈N, un+3=6un+2−11un+1+6un. Déterminer un en fonction de n. La suite est récurrente linéaire d'ordre 3 à coefficients constants, avec a2=6, a1=−11 et a0=6=0 ; son polynôme caractéristique est P=X3−6X2+11X−6. On a P(1)=1−6+11−6=0, donc 1 est racine de P et X−1 divise P : la division euclidienne donne P=(X−1)(X2−5X+6), ce que l'on vérifie en développant. Le trinôme X2−5X+6 a pour discriminant 25−24=1 et pour racines 2 et 3. Ainsi P=(X−1)(X−2)(X−3) : trois racines réelles deux à deux distinctes. D'après le théorème du cas des racines simples, il existe (λ,μ,ν)∈R3 tel que, pour tout n∈N, un=λ+μ2n+ν3n. Aux rangs 0, 1 et 2 : λ+μ+ν=1, λ+2μ+3ν=2 et λ+4μ+9ν=6. En soustrayant la première équation à la deuxième, puis la deuxième à la troisième : μ+2ν=1 et 2μ+6ν=4, soit μ+3ν=2. Par différence de ces deux dernières égalités, ν=1, puis μ=1−2ν=−1, puis λ=1−μ−ν=1. Conclusion : pour tout n∈N, un=1−2n+3n. Vérification : u3=6×6−11×2+6×1=20, et la formule donne 1−8+27=20. À retenir : à l'ordre 3, tout le travail est dans la factorisation du polynôme caractéristique ; le système 3×3 se résout par différences successives.
Exercices
Exercice 1Application
Trois relations, trois cas
Déterminer un en fonction de n pour chacune des suites suivantes, en citant à chaque fois le théorème utilisé et en vérifiant la formule obtenue sur u2. 1) u0=1, u1=8 et, pour tout n∈N, un+2−un+1−6un=0. 2) u0=2, u1=23 et, pour tout n∈N, 4un+2=4un+1−un. 3) u0=1, u1=1 et, pour tout n≥1, un+1=2un−4un−1.
Voir le corrigé
1) La relation s'écrit un+2=un+1+6un pour tout n∈N : la suite est récurrente linéaire d'ordre 2 à coefficients constants, avec a=1 et b=6=0. Son équation caractéristique est r2=r+6, soit r2−r−6=0, de discriminant Δ=1+24=25>0 ; ses racines sont 21+5=3 et 21−5=−2. D'après le théorème du cas des racines distinctes, il existe (λ,μ)∈R2 tel que, pour tout n∈N, un=λ3n+μ(−2)n. Au rang 0 : λ+μ=1. Au rang 1 : 3λ−2μ=8. La première égalité donne μ=1−λ ; la seconde devient 3λ−2+2λ=8, soit λ=2, puis μ=−1. Conclusion : pour tout n∈N, un=2×3n−(−2)n. Vérification : u2=u1+6u0=8+6=14, et la formule donne 2×9−4=14. 2) En divisant par 4, la relation s'écrit un+2=un+1−41un pour tout n∈N : a=1 et b=−41=0. L'équation caractéristique est r2−r+41=0, de discriminant Δ=1−1=0 : elle admet la racine double r0=21. D'après le théorème du cas de la racine double, il existe (λ,μ)∈R2 tel que, pour tout n∈N, un=(λ+μn)(21)n. Au rang 0 : λ=2. Au rang 1 : 22+μ=23, donc 2+μ=3 et μ=1. Conclusion : pour tout n∈N, un=2nn+2. Vérification : u2=u1−41u0=23−21=1, et la formule donne 44=1. 3) La relation est donnée pour n≥1 ; en posant m=n−1, elle s'écrit um+2=2um+1−4um pour tout m∈N. La suite est donc récurrente linéaire d'ordre 2 à coefficients réels constants, avec a=2 et b=−4=0. L'équation caractéristique est r2−2r+4=0, de discriminant Δ=4−16=−12<0 : ses racines sont complexes conjuguées, 22±2i3=1±i3. Notons ω=1+i3, celle de partie imaginaire strictement positive. On a ∣ω∣=1+3=2 et ω=2(21+i23)=2eiπ/3 : ici le module vaut ρ=2 et l'argument θ=3π. Contrôle : ρ=−b=4=2 et cosθ=2ρa=42=21. D'après le théorème du cas des racines complexes conjuguées, il existe (λ,μ)∈R2 tel que, pour tout n∈N, un=2n(λcos3nπ+μsin3nπ). Au rang 0 : λ=1. Au rang 1 : 2(cos3π+μsin3π)=2(21+μ23)=1+μ3=1, donc μ=0. Conclusion : pour tout n∈N, un=2ncos3nπ. Vérification : u2=2u1−4u0=2−4=−2, et la formule donne 4cos32π=4×(−21)=−2. Pour aller plus loin, u3=2u2−4u1=−8 et 8cosπ=−8. À retenir : avant tout calcul, on met la relation sous la forme un+2=aun+1+bun valable dès le rang 0 (division, décalage d'indice), et l'on cite le théorème du cas rencontré avant d'écrire la forme du terme général.
Exercice 2Application
Un second membre constant et une limite
Soit (un)n∈N la suite définie par u0=3, u1=5 et, pour tout n∈N, 6un+2=un+1+2un+6. 1) Déterminer le réel ℓ tel que la suite constante égale à ℓ vérifie la relation. 2) On pose vn=un−ℓ pour tout n∈N. Montrer que (vn) est récurrente linéaire d'ordre 2 à coefficients constants, puis déterminer vn en fonction de n. 3) En déduire un en fonction de n, puis la limite de (un), en citant les résultats utilisés.
Voir le corrigé
1) Une suite constante égale à ℓ vérifie la relation si et seulement si 6ℓ=ℓ+2ℓ+6, soit 3ℓ=6, soit ℓ=2. 2) Posons vn=un−2 pour tout n∈N. Soit n∈N. On a 6vn+2=6un+2−12=un+1+2un+6−12=(vn+1+2)+2(vn+2)−6=vn+1+2vn. Ainsi, pour tout n∈N, vn+2=61vn+1+31vn : la suite (vn) est récurrente linéaire d'ordre 2 à coefficients constants, avec a=61 et b=31=0, et sans second membre. Son équation caractéristique est r2−61r−31=0, soit 6r2−r−2=0, de discriminant Δ=1+48=49>0 ; ses racines sont 121+7=32 et 121−7=−21. D'après le théorème du cas des racines distinctes, il existe (λ,μ)∈R2 tel que, pour tout n∈N, vn=λ(32)n+μ(−21)n. Conditions initiales de v : v0=u0−2=1 et v1=u1−2=3. Au rang 0 : λ+μ=1. Au rang 1 : 32λ−21μ=3, soit, en multipliant par 6, 4λ−3μ=18. Avec μ=1−λ, cette égalité devient 4λ−3+3λ=18, donc λ=3 et μ=−2. Conclusion : pour tout n∈N, vn=3(32)n−2(−21)n. 3) Pour tout n∈N, un=vn+2=2+3(32)n−2(−21)n. Vérification : u2=6u1+2u0+6=65+6+6=617, et la formule donne 2+3×94−2×41=2+34−21=612+8−3=617. Limite : comme 32<1 et −21<1, les suites ((32)n) et ((−21)n) tendent vers 0 (limite de qn pour ∣q∣<1, thème Suites réelles et complexes : convergence). Par produit par une constante puis par somme (opérations sur les limites), un→2+0−0=2. Remarque : la limite est la constante ℓ de la question 1, ce qui n'est pas un hasard. Si l'on sait que (un) converge vers un réel L, le passage à la limite dans la relation donne 6L=L+2L+6, donc L=2. Mais ce passage à la limite suppose la convergence acquise : c'est le calcul du terme général qui l'établit, pas l'équation 6L=3L+6. À retenir : le second membre s'absorbe dans une solution constante, on montre que u−ℓ vérifie la relation homogène avant d'appliquer le théorème, et la limite se lit sur les modules des racines, tous deux strictement inférieurs à 1.
Exercice 3Classique
La limite selon les conditions initiales, avec une racine négative
Soient u0 et u1 deux réels, et (un)n∈N la suite définie par un+2=−un+1+6un pour tout n∈N. 1) Exprimer un en fonction de n, u0 et u1. 2) On suppose u1=2u0. Montrer que (un) n'est pas bornée, puis qu'elle n'a pas de limite, même infinie. 3) On suppose u1=2u0. Déterminer, selon u0, la limite de (un). 4) Pour quels couples (u0,u1) la suite (un) converge-t-elle ?
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1) La suite est récurrente linéaire d'ordre 2 à coefficients constants, avec a=−1 et b=6=0. Son équation caractéristique est r2+r−6=0, de discriminant Δ=1+24=25>0 ; ses racines sont 2−1+5=2 et 2−1−5=−3. D'après le théorème du cas des racines distinctes, il existe (λ,μ)∈R2 tel que, pour tout n∈N, un=λ2n+μ(−3)n. Au rang 0 : λ+μ=u0. Au rang 1 : 2λ−3μ=u1. La première égalité donne λ=u0−μ ; la seconde devient 2u0−5μ=u1, donc μ=52u0−u1, puis λ=u0−μ=53u0+u1. Conclusion : pour tout n∈N, un=53u0+u12n+52u0−u1(−3)n. Vérification : u2=−u1+6u0, et la formule donne 54(3u0+u1)+9(2u0−u1)=530u0−5u1=6u0−u1. 2) Supposons u1=2u0, c'est-à-dire μ=0. Non bornée. Soit n∈N. D'après l'inégalité triangulaire sous la forme ∣x+y∣≥∣x∣−∣y∣, on a ∣un∣≥∣μ∣3n−∣λ∣2n=3n(∣μ∣−∣λ∣(32)n). Comme 0<32<1, on a (32)n→0, donc ∣μ∣−∣λ∣(32)n→∣μ∣>0 ; et 3n→+∞ puisque 3>1. Le produit d'une suite de limite +∞ par une suite de limite strictement positive tend vers +∞, donc le minorant tend vers +∞, et par le théorème de minoration, ∣un∣→+∞. La suite (un) n'est donc pas bornée. Pas de limite. Étudions les suites extraites de rangs pairs et impairs. Pour tout n∈N, u2n=λ4n+μ9n=9n(μ+λ(94)n) et u2n+1=2λ4n−3μ9n=9n(−3μ+2λ(94)n). Comme (94)n→0 et 9n→+∞, la suite (u2n) tend vers +∞ si μ>0 et vers −∞ si μ<0, tandis que (u2n+1) tend vers −∞ si μ>0 et vers +∞ si μ<0 : dans les deux cas, les deux suites extraites ont des limites différentes. Or, si (un) avait une limite L, finie ou infinie, toute suite extraite de (un) tendrait vers L (thème Suites monotones, adjacentes et extraites). Donc (un) n'a pas de limite, même infinie. 3) Supposons u1=2u0. Alors μ=0 et λ=53u0+2u0=u0, donc un=u02n pour tout n∈N. Si u0>0 : comme 2>1, 2n→+∞, et le produit par la constante u0>0 donne un→+∞. Si u0<0 : de même, un→−∞. Si u0=0 : la suite est nulle et converge vers 0. 4) D'après 2), si u1=2u0, la suite n'a pas de limite, donc ne converge pas. D'après 3), si u1=2u0, elle converge si et seulement si u0=0, ce qui impose u1=0. Réciproquement, pour (u0,u1)=(0,0), la suite est nulle et converge. Conclusion : (un) converge si et seulement si (u0,u1)=(0,0). Aucune solution non nulle ne converge : les deux racines caractéristiques sont de module strictement supérieur à 1. À retenir : c'est la racine de plus grand module qui commande, et quand elle est négative, la suite n'a pas même de limite infinie, ce que l'on prouve par les suites extraites de rangs pairs et impairs ; le cas μ=0 est celui où les conditions initiales sont alignées sur l'autre racine.
Exercice 4Classique
Des entiers impairs cachés derrière les puissances de deux plus racine de trois
On pose α=2+3, β=2−3 et, pour tout n∈N, un=αn+βn. 1) Montrer que, pour tout n∈N, un+2=4un+1−un. 2) En déduire que un est un entier pair pour tout n∈N. 3) Montrer que 0<βn<1 pour tout n∈N∗, puis déterminer la partie entière ⌊αn⌋ pour n≥1. Quelle est sa parité ? 4) Déterminer la limite de αn−⌊αn⌋ quand n tend vers +∞.
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1) On a α+β=4 et αβ=(2+3)(2−3)=4−3=1, donc α et β sont les racines du polynôme X2−4X+1 : α2=4α−1 et β2=4β−1. Soit n∈N. On a 4αn+1−αn=αn(4α−1)=αnα2=αn+2, et de même 4βn+1−βn=βn+2. En sommant, 4un+1−un=αn+2+βn+2=un+2. Autre façon de le dire : (αn) et (βn) sont des suites géométriques dont la raison est racine de l'équation caractéristique r2=4r−1, donc elles sont solutions de la relation vn+2=4vn+1−vn, et u, leur somme, l'est aussi, l'ensemble des solutions étant un sous-espace vectoriel de RN. 2) On a u0=1+1=2 et u1=α+β=4. Montrons par récurrence double que, pour tout n∈N, un est un entier pair. Initialisation : u0=2 et u1=4 sont des entiers pairs. Hérédité : soit n∈N tel que un et un+1 soient des entiers pairs. Alors un+2=4un+1−un est un entier, et il est pair comme différence des entiers pairs 4un+1 et un. Conclusion : pour tout n∈N, un est un entier pair. 3) Comme 1<3<4 et que la fonction racine carrée est strictement croissante sur R+, on a 1<3<2, donc 0<2−3<1, c'est-à-dire 0<β<1. Soit n∈N∗. Un produit de n réels de ]0,1[ est dans ]0,1[ : par récurrence sur n≥1, 0<βn<1 (c'est vrai pour n=1, et si 0<βn<1, alors 0<βn+1=ββn<βn<1 puisque 0<β<1). Pour n≥1, on a αn=un−βn avec un∈Z et 0<βn<1, donc un−1<αn<un. L'entier un−1 vérifie un−1≤αn<(un−1)+1 : par définition de la partie entière, ⌊αn⌋=un−1. D'après 2), un est pair, donc ⌊αn⌋=un−1 est impair. Contrôle : α=2+3≈3,73, et u1−1=3 ; α2=7+43≈13,93, et u2−1=4×4−2−1=13. 4) Pour n≥1, αn−⌊αn⌋=αn−(un−1)=1−βn. Comme 0<β<1, on a βn→0 (limite de qn pour ∣q∣<1), donc αn−⌊αn⌋→1. Interprétation : la partie décimale de αn tend vers 1, autrement dit αn s'approche d'un entier par valeurs inférieures, à une distance βn qui tend vers 0. À retenir : somme et produit des racines reconstituent une relation à coefficients entiers, la récurrence double transporte la propriété arithmétique, et la petite racine β, de module strictement inférieur à 1, mesure l'écart entre αn et l'entier un.
Exercice 5Classique
Des racines complexes de module strictement inférieur à un
On considère la relation un+2=un+1−21un, pour tout n∈N. 1) Résoudre l'équation caractéristique associée et écrire ses racines sous forme exponentielle. 2) Montrer que toute suite réelle vérifiant cette relation converge vers 0, quelles que soient ses conditions initiales. 3) Déterminer la suite (un) vérifiant la relation avec u0=1 et u1=1, puis montrer que, pour tout n∈N, un=(22)n−1sin4(n+1)π. 4) Pour quels entiers n∈N a-t-on un=0 ?
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1) La relation est de la forme un+2=aun+1+bun avec a=1 et b=−21=0, coefficients réels. L'équation caractéristique est r2−r+21=0, de discriminant Δ=1−2=−1<0 : ses racines sont complexes conjuguées, 21±i. Notons ω=21+i. On a ∣ω∣=41+41=22 et ω=22(22+i22)=22eiπ/4. Les racines sont donc 22eiπ/4 et 22e−iπ/4 : ici le module vaut ρ=22 et l'argument θ=4π. Contrôle : ρ=−b=21=22 et cosθ=2ρa=21=22. 2) Soit (un) une suite réelle vérifiant la relation. D'après le théorème du cas des racines complexes conjuguées, il existe (λ,μ)∈R2 tel que, pour tout n∈N, un=ρn(λcos4nπ+μsin4nπ)=(22)n(λcos4nπ+μsin4nπ). Soit n∈N. Par l'inégalité triangulaire et comme ∣cos∣≤1 et ∣sin∣≤1 : 0≤∣un∣≤(22)n(∣λ∣+∣μ∣). Comme 0<22<1, on a (22)n→0 (limite de qn pour ∣q∣<1), donc le majorant, produit de cette suite par la constante ∣λ∣+∣μ∣, tend vers 0. Par le théorème d'encadrement, ∣un∣→0, c'est-à-dire un→0. Ceci vaut pour tout (λ,μ), donc pour toutes conditions initiales. 3) Avec u0=1 et u1=1. Au rang 0 : λ=1. Au rang 1 : u1=22(cos4π+μsin4π)=22×22(1+μ)=21+μ=1, donc μ=1. Ainsi, pour tout n∈N, un=(22)n(cos4nπ+sin4nπ). Pour tout réel x, sin(x+4π)=sinxcos4π+cosxsin4π=22(cosx+sinx), donc cosx+sinx=2sin(x+4π). Avec x=4nπ et 2=(22)−1 : un=(22)n2sin4(n+1)π=(22)n−1sin4(n+1)π. Vérification : u2=u1−21u0=21, et la formule donne 22sin43π=22×22=21. 4) Soit n∈N. Comme (22)n−1=0, on a un=0 si et seulement si sin4(n+1)π=0, c'est-à-dire si et seulement s'il existe k∈Z tel que 4(n+1)π=kπ, soit n+1=4k. Donc un=0 si et seulement si n+1 est un multiple de 4, c'est-à-dire n∈{3,7,11,…}, les entiers de la forme 4k−1 avec k∈N∗. Contrôle : u3=u2−21u1=21−21=0, puis u4=u3−21u2=−41=0. À retenir : dans le cas complexe, la majoration ∣un∣≤ρn(∣λ∣+∣μ∣) règle la convergence dès que le module ρ est strictement inférieur à 1, sans connaître λ ni μ ; les zéros de la suite, eux, se lisent sur l'argument.
Exercice 6Rédaction
Le cas de la racine double, sans le lemme de transfert
Soient (a,b)∈R2 avec b=0 et a2+4b=0. On note r0=2a et S l'ensemble des suites réelles (un)n∈N telles que un+2=aun+1+bun pour tout n∈N. 1) Montrer que r0=0, puis que a=2r0 et b=−r02. 2) Soit u∈S. On pose vn=r0nun pour tout n∈N. Montrer que la suite (vn) est arithmétique. 3) En déduire qu'il existe (λ,μ)∈R2 tel que un=(λ+μn)r0n pour tout n∈N, et exprimer λ et μ en fonction de u0, u1 et r0. 4) Réciproquement, montrer que pour tout (λ,μ)∈R2, la suite ((λ+μn)r0n)n∈N appartient à S. Conclure en décrivant S.
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1) L'hypothèse a2+4b=0 donne b=−4a2. Si l'on avait a=0, on aurait b=0, ce qui est exclu ; donc a=0 et r0=2a=0. Par définition de r0, a=2r0. Alors b=−4a2=−4(2r0)2=−r02. Remarque : r0 est bien la racine double de r2−ar−b, puisque r2−2r0r+r02=(r−r0)2. 2) Comme r0=0, le réel vn=r0nun est défini pour tout n∈N. Soit n∈N. Comme u∈S, on a, d'après 1), un+2=aun+1+bun=2r0un+1−r02un. En divisant les deux membres par r0n+2, qui est non nul : r0n+2un+2=2r0n+1un+1−r0nun, c'est-à-dire vn+2=2vn+1−vn, soit encore vn+2−vn+1=vn+1−vn. Posons d=v1−v0 et montrons par récurrence que, pour tout n∈N, vn+1−vn=d. Initialisation : v1−v0=d par définition de d. Hérédité : soit n∈N tel que vn+1−vn=d. D'après ce qui précède, vn+2−vn+1=vn+1−vn=d. Conclusion : pour tout n∈N, vn+1=vn+d : la suite (vn) est arithmétique, de raison d=v1−v0. 3) Une suite arithmétique de premier terme v0 et de raison d vérifie vn=v0+nd pour tout n∈N (récurrence immédiate : c'est vrai au rang 0, et vn+1=vn+d=v0+(n+1)d). Or v0=r00u0=u0 et v1=r0u1, donc d=r0u1−u0. Pour tout n∈N, un=r0nvn=(u0+n(r0u1−u0))r0n. En posant λ=u0 et μ=r0u1−u0, on obtient un=(λ+μn)r0n pour tout n∈N. 4) Soient (λ,μ)∈R2 et w la suite définie par wn=(λ+μn)r0n pour tout n∈N. Soit n∈N. D'après 1), awn+1+bwn=2r0(λ+μ(n+1))r0n+1−r02(λ+μn)r0n=r0n+2(2λ+2μn+2μ−λ−μn)=r0n+2(λ+μ(n+2))=wn+2. Ceci valant pour tout n∈N, la suite w appartient à S. Conclusion. D'après 3), toute suite de S est de la forme ((λ+μn)r0n)n∈N avec (λ,μ)∈R2 ; d'après 4), toute suite de cette forme est dans S. Donc S={((λ+μn)r0n)n∈N∣(λ,μ)∈R2}. De plus, le couple (λ,μ) associé à une suite u∈S est unique : en lisant un=(λ+μn)r0n aux rangs 0 et 1, on obtient λ=u0 et (λ+μ)r0=u1, ce qui impose λ=u0 et μ=r0u1−u0. À retenir : diviser par r0n transforme la relation du cas double en vn+2−2vn+1+vn=0, qui caractérise les suites arithmétiques ; c'est de là que vient le facteur λ+μn, et non d'une seconde constante devant r0n.
Exercice 7Trouver l'erreur
Une suite bornée « donc » convergente
Soit (un)n∈N la suite définie par u0=0, u1=1 et, pour tout n∈N, un+2=2un+1+un. Un étudiant veut montrer que (un) converge et calculer sa limite. Il rédige : « Montrons par récurrence double que 0≤un≤1 pour tout n∈N. C'est vrai aux rangs 0 et 1. Si 0≤un≤1 et 0≤un+1≤1, alors 0≤un+1+un≤2, donc 0≤un+2≤1. La suite (un) est donc bornée, donc elle converge vers un réel ℓ. Pour trouver ℓ, on passe à la limite dans la relation : ℓ=2ℓ+ℓ, ce qui ne détermine pas ℓ. On remarque alors que, pour tout n∈N, un+2+21un+1=2un+1+un+21un+1=un+1+21un : la suite (un+1+21un)n∈N est constante, égale à u1+21u0=1. En passant à la limite dans l'égalité un+1+21un=1, on obtient ℓ+21ℓ=1, donc ℓ=32. » Trouver l'erreur, expliquer pourquoi elle invalide la démonstration, puis rédiger une démonstration correcte.
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L'erreur est la phrase « la suite (un) est donc bornée, donc elle converge vers un réel ℓ ». Une suite bornée n'a aucune raison de converger : la suite ((−1)n) est bornée par 1 et n'a pas de limite, puisque ses termes de rangs pairs valent 1 et ses termes de rangs impairs valent −1. Elle vérifie d'ailleurs une relation du même type, un+2=un. Le théorème qui fournit une limite à partir d'une borne est le théorème de la limite monotone, et il exige la monotonie ; or (un) n'est pas monotone : u0=0<u1=1>u2=21. Pourquoi cela invalide la démonstration : le réel ℓ est introduit sans que son existence ait été démontrée. Tout ce qui est ensuite écrit sur ℓ, le passage à la limite dans la relation comme la conclusion « ℓ=32 », porte sur un objet dont l'existence n'a pas été établie. L'encadrement 0≤un≤1, lui, est juste, mais il ne sert à rien. L'invariant de la fin est juste lui aussi : la suite (un+1+21un) est bien constante, égale à 1. Mais il ne livre la valeur de la limite qu'une fois la convergence acquise, et c'est précisément ce qui manque : rien, dans la copie, n'établit que (un) converge. Rédaction correcte, par l'équation caractéristique. La suite (un) est récurrente linéaire d'ordre 2 à coefficients constants, avec a=21 et b=21=0. Son équation caractéristique est r2−21r−21=0, soit 2r2−r−1=0. Le réel 1 en est racine, car 2−1−1=0 ; le produit des racines vaut −b=−21, donc l'autre racine est −21. Les racines sont distinctes. D'après le théorème du cas des racines distinctes, il existe (λ,μ)∈R2 tel que, pour tout n∈N, un=λ+μ(−21)n. Au rang 0 : λ+μ=0. Au rang 1 : λ−21μ=1. La première égalité donne μ=−λ ; la seconde devient 23λ=1, donc λ=32 et μ=−32. Ainsi, pour tout n∈N, un=32(1−(−21)n). Vérification : u2=21+0=21, et la formule donne 32×43=21. Comme −21<1, on a (−21)n→0 (limite de qn pour ∣q∣<1). Par opérations sur les limites, un→32. Conclusion : la suite (un) converge, et sa limite est 32. Remarque : l'invariant de l'étudiant redevient un argument correct une fois la convergence établie. De un+1+21un=1, vraie pour tout n, et de un→32, on retrouve 32+31=1 ; et si l'on sait déjà que (un) converge vers un réel ℓ, le passage à la limite donne 23ℓ=1, donc ℓ=32, sans calculer le terme général. Seul l'ordre des arguments était fautif : on établit d'abord l'existence de la limite, on la calcule ensuite. À retenir : « bornée » ne donne pas « convergente » ; c'est le terme général, ou une monotonie, qui donne la limite, et l'on ne passe à la limite dans une relation qu'après avoir établi que la limite existe.
Exercice 8Approfondissement
Une récurrence d'ordre trois et ses solutions convergentes
On note S3 l'ensemble des suites réelles (un)n∈N telles que, pour tout n∈N, un+3=2un+2+un+1−2un. 1) Factoriser le polynôme caractéristique P=X3−2X2−X+2 et en déduire, pour u∈S3, la forme de un. 2) Exprimer les constantes obtenues en fonction de u0, u1 et u2. 3) Déterminer l'ensemble B des suites bornées de S3 et l'ensemble C des suites convergentes de S3. Montrer que ce sont des sous-espaces vectoriels de S3 et donner leur dimension. 4) Soit u∈S3 telle que u0=1, u1=3 et u2=5. La suite (un) a-t-elle une limite ?
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1) La relation est récurrente linéaire d'ordre 3 à coefficients constants, avec a2=2, a1=1 et a0=−2=0 ; son polynôme caractéristique est P=X3−2X2−X+2. On a P(1)=1−2−1+2=0, donc X−1 divise P, et la division euclidienne donne P=(X−1)(X2−X−2), ce que l'on vérifie en développant : X3−X2−2X−X2+X+2=X3−2X2−X+2. Le trinôme X2−X−2 a pour discriminant 1+8=9 et pour racines 21+3=2 et 21−3=−1. Ainsi P=(X−1)(X+1)(X−2) : trois racines réelles deux à deux distinctes, 1, −1 et 2. D'après le théorème du cas des racines simples, pour tout u∈S3, il existe (λ,μ,ν)∈R3, unique, tel que, pour tout n∈N, un=λ+μ(−1)n+ν2n. 2) Aux rangs 0, 1 et 2 : λ+μ+ν=u0, λ−μ+2ν=u1 et λ+μ+4ν=u2. En soustrayant la première équation à la troisième : 3ν=u2−u0, donc ν=3u2−u0. En soustrayant la deuxième à la première : 2μ−ν=u0−u1, donc μ=2u0−u1+ν=63u0−3u1+u2−u0=62u0−3u1+u2. Enfin λ=u0−μ−ν=66u0−(2u0−3u1+u2)−2(u2−u0)=66u0+3u1−3u2=22u0+u1−u2. Contrôle sur la deuxième équation : λ−μ+2ν=63(2u0+u1−u2)−(2u0−3u1+u2)+4(u2−u0)=66u1=u1. 3) Suites bornées. Soit u∈S3, de constantes (λ,μ,ν). Si ν=0 : pour tout n, ∣un∣≥∣ν∣2n−∣λ∣−∣μ∣ par l'inégalité triangulaire, et le minorant tend vers +∞ puisque 2n→+∞ ; donc ∣un∣→+∞ et u n'est pas bornée. Si ν=0 : pour tout n, un=λ+μ(−1)n ne prend que les valeurs λ+μ et λ−μ, donc u est bornée. Ainsi B={u∈S3∣ν=0}, c'est-à-dire, d'après 2), l'ensemble des u∈S3 telles que u2=u0. Notons e la suite constante égale à 1 et f=((−1)n)n∈N : ce sont des suites géométriques dont la raison est racine de P, donc elles appartiennent à S3, et B est l'ensemble des suites λe+μf avec (λ,μ)∈R2, c'est-à-dire B=Vect(e,f). C'est donc un sous-espace vectoriel de S3. La famille (e,f) est libre : si λe+μf=0, les rangs 0 et 1 donnent λ+μ=0 et λ−μ=0, donc λ=μ=0. Ainsi (e,f) est une base de B et dimB=2. Suites convergentes. Une suite convergente est bornée, donc C⊂B : soit u∈B, avec un=λ+μ(−1)n pour tout n. Si μ=0 : u2n=λ+μ et u2n+1=λ−μ pour tout n ; ces deux suites extraites sont constantes, de limites λ+μ=λ−μ, donc u diverge. Si μ=0 : u est constante égale à λ, donc converge. Ainsi C est l'ensemble des suites constantes, C=Vect(e) : c'est un sous-espace vectoriel de S3, de dimension 1 puisque e=0. En termes de conditions initiales, d'après 2), u∈C si et seulement si u2=u0 et 2u0−3u1+u2=0, c'est-à-dire u0=u1=u2. 4) Avec u0=1, u1=3 et u2=5 : ν=35−1=34, μ=62−9+5=−31 et λ=22+3−5=0. Donc, pour tout n∈N, un=342n−31(−1)n. Vérification : u3=2×5+3−2×1=11, et la formule donne 332+31=11. Pour tout n, un=2n(34−31(−21)n). Comme −21<1, la parenthèse tend vers 34>0, et 2n→+∞ ; par produit, un→+∞. La suite a donc une limite, qui est +∞ : elle n'est pas bornée, conformément à la question 3, puisque u2=u0. À retenir : à l'ordre 3, la factorisation du polynôme caractéristique fait tout ; les conditions « bornée » et « convergente » se lisent sur les constantes devant les racines de module supérieur ou égal à 1, et définissent des sous-espaces de S3 de dimensions 2 et 1.
QCM
12 questions : clique sur une réponse pour voir la correction.
Question 1
Une suite vérifie, pour tout n∈N, un+2+2un+1−8un=0. Quelle est son équation caractéristique, et quelles sont ses racines ?
Question 2
Une suite vérifie, pour tout n∈N, un+2=6un+1−9un. Quelle est la forme générale des suites solutions, avec (λ,μ)∈R2 ?
Question 3
Une suite réelle vérifie, pour tout n∈N, un+2=−2un+1−4un. Quelle est la forme de son terme général, avec (λ,μ)∈R2 ?
Question 4
Soient (a,b)∈K2 avec b=0, S l'ensemble des suites vérifiant un+2=aun+1+bun pour tout n∈N, et v,w∈S. À quelle condition nécessaire et suffisante (v,w) est-elle une base de S ?
Question 5
Vrai ou faux : si une suite réelle (un) vérifie un+2=aun+1+bun pour tout n∈N, avec a et b réels, b=0, et si elle est bornée, alors elle converge. Choisir la réponse correctement justifiée.
Question 6
Soit (un) la suite définie par u0=1, u1=2 et, pour tout n∈N, 3un+2=4un+1−un. Quelle est la limite de (un) ?
Question 7
On note S l'ensemble des suites réelles vérifiant un+2=un+1+un pour tout n∈N, et T l'ensemble de celles qui vérifient un+2=un+1+un+2 pour tout n∈N. Que dire de T ?
Question 8
Soit (un) définie par u0=1, u1=5 et un+2=7un+1−12un pour tout n∈N. Un étudiant écrit : (1) L'équation caractéristique r2−7r+12=0 a pour racines 3 et 4. (2) Il existe donc (λ,μ)∈R2 tel que, pour tout n, un=λ3n+μ4n. (3) Les rangs 0 et 1 donnent λ+μ=1 et 3λ+4μ=5, d'où λ=−1 et μ=2. (4) Comme −3n→−∞ et 2×4n→+∞, la somme est une forme indéterminée : la suite n'a pas de limite. Quelle ligne est fausse ?
Question 9
Soit (un) définie par u0=2, un réel u1 et, pour tout n∈N, un+2=4un+1−3un. Pour quelle valeur de u1 la suite (un) converge-t-elle ?
Question 10
Pour tout n∈N, on pose un=3×2n−5×(−1)n. Laquelle de ces relations la suite (un) vérifie-t-elle pour tout n∈N ?
Question 11
Soit (un) définie par u0=1, u1=2 et, pour tout n∈N, un+2=−un. Quelle affirmation est vraie ?
Question 12
Soient a et b deux réels avec b=0, et (un) une suite réelle telle que un+2=aun+1+bun pour tout n∈N. On suppose que (un) converge vers un réel ℓ=0. Laquelle de ces conditions est nécessairement vérifiée ?