Soient P et Q deux assertions. Si l'implication P⇒Q est vraie, on dit que P est une condition suffisante pour Q (avoir P suffit pour avoir Q) et que Q est une condition nécessaire pour P (on ne peut pas avoir P sans avoir Q). Quand les assertions dépendent d'une variable x d'un ensemble E, il s'agit de l'énoncé quantifié ∀x∈E,P(x)⇒Q(x). On dit une condition nécessaire : pour que x=3, « x2=9 », « x>0 » et « x=0 » en sont trois.
P⇒Q
l'hypothèse est suffisante, la conclusion est nécessaire
∀x∈E,P(x)⇒Q(x)
la forme quantifiée qu'on démontre quand la condition porte sur une variable
Définition
Condition nécessaire et suffisante
P est une condition nécessaire et suffisante pour Q lorsqu'elle est à la fois nécessaire et suffisante, c'est-à-dire lorsque P⇒Q et Q⇒P sont vraies : c'est l'équivalence P⇔Q. On dit aussi que PcaractériseQ, ou que P est une caractérisation de Q : l'une peut remplacer l'autre dans tout raisonnement. Deux conditions nécessaires et suffisantes d'une même propriété sont équivalentes entre elles, ce qui autorise à parler de « la » condition nécessaire et suffisante, à équivalence près.
P⇔Q
chacune des deux conditions est nécessaire et suffisante pour l'autre
(P⇒Q)∧(Q⇒P)
les deux sens, qu'on démontre séparément
Vocabulaire
« Il faut que », « il suffit que »
« Pour que Q, il suffit queP » signifie P⇒Q : ce qui suit « il suffit » est le point de départ de l'implication. « Pour que Q, il faut queP » signifie Q⇒P : ce qui suit « il faut » est le point d'arrivée, ce qu'on obtient forcément dès que Q est vraie. « Pour que Q, il faut et il suffit queP » signifie P⇔Q. Dans les trois phrases, « pour que » désigne le même but et ne fixe aucun sens : seul le verbe oriente l'implication. Ainsi « pour que x=3, il faut que x2=9 » et « pour que x2=9, il suffit que x=3 » disent la même chose.
P⇒Q
ce que dit « il suffit » : la condition qui le suit est l'hypothèse
Q⇒P
ce que dit « il faut » : la condition qui le suit est la conclusion
Vocabulaire
« Si », « seulement si », « si et seulement si »
« QsiP » signifie P⇒Q : « si » introduit l'hypothèse, où qu'il soit placé dans la phrase. « Qseulement siP » signifie Q⇒P : Q ne peut pas être vraie sans P, donc P est nécessaire pour Q ; la tournure « Q ne ... que si P » a le même sens. « Qsi et seulement siP » réunit les deux et signifie P⇔Q : le « seulement si » en donne le sens direct Q⇒P, le « si » le sens réciproque P⇒Q.
P⇒Q
ce que dit « si » : la proposition qu'il introduit est l'hypothèse
Q⇒P
ce que dit « seulement si » : la proposition qu'il introduit est la conclusion
Vocabulaire
« Dès que », « lorsque », « à condition que », « pour que »
« Qdès queP », « QlorsqueP » et « Q chaque fois que P » signifient P⇒Q : ces mots introduisent l'hypothèse, comme « si ». « Qà condition queP » et « Q pourvu que P » annoncent en mathématiques une condition suffisante, donc P⇒Q, alors que la langue courante y entend souvent « seulement si » : en cas de doute, on réécrit la phrase avec « si » ou « seulement si » avant de raisonner. « Pour queQ » ne fixe aucun sens : il désigne le but, et ce sont « il faut », « il suffit », « nécessaire » ou « suffisante » qui orientent l'implication. Exception : dans une définition, « on dit que Q si P » ou « Q lorsque P » a par convention le sens de « si et seulement si », et une définition s'utilise donc dans les deux sens.
P⇒Q
ce que disent « dès que », « lorsque », « à condition que » : ils introduisent l'hypothèse
Q⇔P
ce que disent « si » et « lorsque » dans une définition : les deux sens à la fois
Formulaire
Une implication, toutes ses lectures
L'implication P⇒Q se lit de toutes les façons suivantes : « si P, alors Q » ; « P entraîne Q » ; « Q si P » ; « Q dès que P » ; « Q lorsque P » ; « Q à condition que P » ; « P seulement si Q » ; « P n'est vraie que si Q l'est ». Elle se lit aussi « pour que Q, il suffit que P » ; « P est une condition suffisante pour Q » ; « une condition suffisante pour que Q est que P ». De même : « pour que P, il faut que Q » ; « Q est une condition nécessaire pour P » ; « une condition nécessaire pour que P est que Q ». L'équivalence P⇔Q se lit : « P si et seulement si Q » ; « pour que P, il faut et il suffit que Q » ; « Q est une condition nécessaire et suffisante pour P » ; « Q caractérise P ». Dans une définition, « on dit que P si Q » signifie P⇔Q : la définition s'utilise dans les deux sens.
P⇒Q
si, dès que, lorsque, il suffit : devant l'hypothèse ; seulement si, il faut : devant la conclusion
P⇔Q
si et seulement si, il faut et il suffit, condition nécessaire et suffisante
Propriété
Une condition nécessaire : sans elle, rien
L'implication P⇒Q équivaut à sa contraposée ¬Q⇒¬P (voir Implication et équivalence). Dire que Q est nécessaire pour P, c'est donc dire que sans Q, pas de P : si Q est fausse, P l'est aussi. Cette lecture sert de contrôle pour « il faut » et « seulement si » : « pour que x=3, il faut que x2=9 » se vérifie en constatant qu'un réel dont le carré ne vaut pas 9 ne peut pas valoir 3.
(P⇒Q)⇔(¬Q⇒¬P)
une condition nécessaire est une condition dont l'absence interdit la propriété
Méthode
Traduire une phrase en implication orientée
Quand l'utiliser : l'énoncé contient « il faut », « il suffit », « si », « seulement si », « dès que », « lorsque », « à condition que », « nécessaire » ou « suffisante ». On traduit avant de chercher la moindre preuve. 1) Nommer les deux propositions, avec la variable et son ensemble : « Pour x∈E, notons A(x) la propriété [...] et B(x) la propriété [...]. » 2) Repérer le mot qui oriente. « Si », « dès que », « lorsque », « à condition que », « il suffit que » sont suivis de l'hypothèse ; « seulement si », « ne ... que si », « il faut que » sont suivis de la conclusion. Les adjectifs se lisent autrement : la condition dite suffisante est l'hypothèse, la condition dite nécessaire est la conclusion, où qu'elles soient placées dans la phrase, et le « pour que » qui les accompagne désigne l'autre membre. Ainsi « une condition nécessaire pour que n soit premier est que n≥2 » s'écrit : si n est premier, alors n≥2. Enfin, dans « pour que Q, il faut que P », le but Q devient l'hypothèse ; dans « pour que Q, il suffit que P », il devient la conclusion. 3) Écrire l'implication quantifiée : « La phrase s'écrit : ∀x∈E,A(x)⇒B(x). » 4) Contrôler l'orientation sur un cas connu, ou par la contraposée pour « il faut », « seulement si » et « nécessaire » : sans la conclusion, pas d'hypothèse. 5) Annoncer la suite : « Montrons que ∀x∈E,A(x)⇒B(x). » ou « Montrons que cette implication est fausse. »
∀x∈E,A(x)⇒B(x)
la traduction écrite sur la copie, variable et ensemble compris
Exemple
Rédaction modèle : traduire avant de démontrer
Pour un entier naturel n, traduire chaque phrase par une implication, puis la démontrer ou la réfuter. (a) « n est multiple de 6 seulement si n est pair. » (b) « Pour que n soit multiple de 6, il suffit que n soit pair. » Pour n∈N, notons A(n) la propriété « n est multiple de 6 » et B(n) la propriété « n est pair ». (a) « Seulement si » introduit la conclusion, donc la phrase (a) s'écrit : ∀n∈N,A(n)⇒B(n). Soit n∈N tel que A(n) soit vraie : il existe k∈N tel que n=6k. Alors n=2×(3k) avec 3k∈N, donc n est pair : B(n) est vraie. L'entier n étant quelconque, la phrase (a) est vraie. (b) « Il suffit que » introduit l'hypothèse, donc la phrase (b) s'écrit : ∀n∈N,B(n)⇒A(n). Prenons n=2. L'entier 2 est pair, donc B(2) est vraie. Soit k∈N. Si k=0, alors 6k=0=2 ; si k≥1, alors 6k≥6>2. Ainsi 6k=2 pour tout k∈N, donc 2 n'est pas multiple de 6 : A(2) est fausse. L'implication B(n)⇒A(n) est fausse pour n=2, donc la phrase (b) est fausse. À retenir : on écrit l'implication orientée et quantifiée avant toute preuve ; ici, les deux phrases relient les mêmes propriétés dans deux sens opposés, et une seule est vraie.
∀n∈N,A(n)⇒B(n)
la traduction de « seulement si », vraie ici
∀n∈N,B(n)⇒A(n)
la traduction de « il suffit que », fausse ici
Piège
Inverser les rôles de la condition nécessaire et de la condition suffisante
Dans P⇒Q, c'est la conclusionQ qui est nécessaire pour P, et l'hypothèseP qui est suffisante pour Q. L'erreur consiste à appeler « nécessaire » ce qu'on a supposé. Ligne fautive : Soit x∈R tel que x=3. Alors x2=9. Donc « x=3 » est une condition nécessaire pour que x2=9. La conclusion écrite est fausse : pour x=−3, on a x2=9 sans avoir x=3. La preuve est juste, c'est la phrase qui la résume qui ment. Version correcte : Soit x∈R tel que x=3. Alors x2=9. Ainsi « x=3 » est une condition suffisante pour que x2=9, et « x2=9 » est une condition nécessaire pour que x=3. Réflexe : ce qu'on suppose suffit ; ce qu'on obtient est nécessaire.
Piège
Lire « seulement si » à l'envers
« P seulement si Q » signifie P⇒Q ; la lire Q⇒P, c'est la confondre avec sa réciproque. Ligne fautive : La phrase « n est multiple de 6 seulement si n est pair » s'écrit : pour tout n∈N, si n est pair, alors n est multiple de 6. La traduction change une phrase vraie en une phrase fausse (2 est pair sans être multiple de 6) : toute la suite démontrerait ou réfuterait un autre énoncé que celui posé. Version correcte : La phrase « n est multiple de 6 seulement si n est pair » s'écrit : pour tout n∈N, si n est multiple de 6, alors n est pair. Réflexe : « seulement si » annonce ce dont on ne peut pas se passer ; un multiple de 6 ne peut pas être impair, donc la parité est la conclusion.
Définition
Condition nécessaire non suffisante, suffisante non nécessaire
Pour x décrivant E, une condition C est nécessaire non suffisante pour R lorsque ∀x∈E,R(x)⇒C(x) est vraie mais ∀x∈E,C(x)⇒R(x) est fausse, c'est-à-dire qu'il existe x∈E vérifiant C(x) sans vérifier R(x). Elle est suffisante non nécessaire dans la situation symétrique : C(x)⇒R(x) pour tout x∈E, et un x vérifiant R(x) sans vérifier C(x). Pour un réel x, « x2=9 » est nécessaire non suffisante pour que x=3, « x>1 » est suffisante non nécessaire pour que x2>1, et « x>0 » n'est ni l'une ni l'autre pour que x2>1 (les réels 21 et −2 le montrent).
∃x∈E,C(x)∧¬R(x)
ce qui prouve qu'une condition n'est pas suffisante : un objet qui la vérifie sans avoir la propriété
∃x∈E,R(x)∧¬C(x)
ce qui prouve qu'une condition n'est pas nécessaire : un objet qui a la propriété sans la vérifier
Formulaire
Statut d'une condition : ce qu'on démontre
Pour une condition C et une propriété R portant sur x∈E : Suffisante : ∀x∈E,C(x)⇒R(x), démontrée pour un x quelconque. Non suffisante : un x explicite avec C(x) vraie et R(x) fausse. Nécessaire : ∀x∈E,R(x)⇒C(x), démontrée pour un x quelconque. Non nécessaire : un x explicite avec R(x) vraie et C(x) fausse. Nécessaire et suffisante : les deux implications, ou directement ∀x∈E,C(x)⇔R(x).
∀x∈E,C(x)⇔R(x)
condition nécessaire et suffisante : les deux sens, pour tout objet de l'ensemble
Propriété
Le statut d'une condition dépend de l'ensemble
Nécessaire, suffisante, caractéristique : ces mots qualifient une implication quantifiée sur un ensemble E, et changer E peut changer la réponse. Pour x∈R, « x>1 » est suffisante mais non nécessaire pour que x2>1 ; pour x∈R+, elle est nécessaire et suffisante, car un réel positif de carré strictement supérieur à 1 est lui-même strictement supérieur à 1. On précise donc toujours où varie la variable avant de répondre.
∀x∈R+,(x>1)⇔(x2>1)
vraie sur les réels positifs, fausse sur l'ensemble des réels
Méthode
Établir qu'une condition est nécessaire mais non suffisante
Quand l'utiliser : « montrer que C est une condition nécessaire non suffisante pour R », ou la question « C est-elle nécessaire ? suffisante ? ». 1) Nommer C(x) et R(x), puis écrire les deux tâches : « Il s'agit de montrer que ∀x∈E,R(x)⇒C(x), puis qu'il existe x∈E tel que C(x) soit vraie et R(x) fausse. » 2) Nécessité, par une preuve générale : « Soit x∈E tel que R(x). Montrons C(x). », les étapes justifiées, puis « Ainsi C est une condition nécessaire pour R. » 3) Non-suffisance, par un contre-exemple explicite : « Prenons x=… » ; vérifier par un calcul que C(x) est vraie, puis que R(x) est fausse, et écrire « la condition n'est pas suffisante ». 4) Conclure en reprenant les deux mots : « C est une condition nécessaire mais non suffisante pour R. » Pour une condition suffisante non nécessaire, on échange les rôles : preuve générale de C(x)⇒R(x), puis un x qui vérifie R sans vérifier C. Nécessité et suffisance ne se prouvent jamais par un exemple ; non-nécessité et non-suffisance se prouvent par un seul (voir Réfuter par un contre-exemple).
∀x∈E,R(x)⇒C(x)
la nécessité, démontrée pour un objet quelconque
∃x∈E,C(x)∧¬R(x)
la non-suffisance, établie par un objet explicite
Exemple
Rédaction modèle : une condition nécessaire non suffisante
Pour un réel x, montrer que « x2=9 » est une condition nécessaire non suffisante pour que x=3. Il s'agit de montrer que, pour tout réel x, l'égalité x=3 entraîne x2=9, puis qu'il existe un réel x tel que x2=9 et x=3. Nécessité. Soit x∈R tel que x=3. Alors x2=32=9. Ainsi « x2=9 » est une condition nécessaire pour que x=3. Non-suffisance. Prenons x=−3. D'une part (−3)2=9, donc −3 vérifie la condition. D'autre part −3=3. Ainsi l'implication « si x2=9, alors x=3 » est fausse pour x=−3 : la condition n'est pas suffisante. Conclusion : « x2=9 » est une condition nécessaire mais non suffisante pour que x=3. À retenir : la nécessité se démontre pour un réel quelconque, la non-suffisance par un seul réel explicite qui vérifie la condition sans vérifier la propriété.
Pour un réel x, la condition « x>1 » est-elle nécessaire, suffisante pour que x2>1 ? Justifier chaque réponse. La condition est suffisante si, pour tout réel x, x>1 entraîne x2>1 ; elle est nécessaire si, pour tout réel x, x2>1 entraîne x>1. Suffisance. Soit x∈R tel que x>1. En particulier x>0 ; en multipliant les deux membres de l'inégalité x>1 par le réel strictement positif x, on obtient x2>x. Or x>1, donc x2>1 par transitivité. Ainsi « x>1 » est une condition suffisante pour que x2>1. Nécessité. Prenons x=−2. D'une part (−2)2=4>1. D'autre part −2≤1, donc −2 ne vérifie pas la condition. Ainsi −2 vérifie x2>1 sans vérifier x>1 : la condition n'est pas nécessaire. Conclusion : pour un réel x, « x>1 » est une condition suffisante mais non nécessaire pour que x2>1. À retenir : chaque question reçoit sa propre réponse, une preuve générale quand la réponse est oui, un contre-exemple explicite quand elle est non.
Piège
Un contre-exemple mal orienté
Pour prouver que C n'est pas nécessaire pour R, il faut un objet qui vérifie Rsans vérifier C. Un objet qui ne vérifie ni l'une ni l'autre ne réfute rien. Ligne fautive : Pour x=0, on n'a ni x>1 ni x2>1 ; donc « x>1 » n'est pas une condition nécessaire pour que x2>1. L'implication à réfuter est « si x2>1, alors x>1 » ; son hypothèse est fausse pour x=0, qui ne la met donc pas en défaut. La conclusion est juste, mais rien ne la prouve. Version correcte : Pour x=−2, on a x2=4>1 mais x≤1 ; donc « x>1 » n'est pas une condition nécessaire pour que x2>1. Réflexe : un contre-exemple à « si A, alors B » rend A vraie et B fausse, et l'on écrit les deux vérifications.
Définition
Condition plus forte, condition plus faible
Pour x décrivant E, la condition A est plus forte que B (et Bplus faible que A) lorsque ∀x∈E,A(x)⇒B(x) : A est suffisante pour B, et B nécessaire pour A. En termes d'ensembles, {x∈E∣A(x)}⊂{x∈E∣B(x)} : la condition la plus forte est la plus restrictive, au sens où l'ensemble des objets qui la vérifient est contenu dans l'ensemble des objets qui vérifient l'autre. Elle est strictement plus forte si, de plus, la réciproque est fausse. Deux conditions peuvent n'être comparables dans aucun sens, comme « x>0 » et « x2>1 » sur R, et l'on ne départage jamais deux conditions en comptant les objets qui les vérifient.
∀x∈E,A(x)⇒B(x)
la première condition est plus forte que la seconde
{x∈E∣A(x)}⊂{x∈E∣B(x)}
l'ensemble associé à la condition la plus forte est inclus dans celui de l'autre
Propriété
Renforcer une condition suffisante, affaiblir une condition nécessaire
Par transitivité de l'implication, toute condition plus forte qu'une condition suffisante pour R est encore suffisante pour R, et toute condition plus faible qu'une condition nécessaire pour R est encore nécessaire pour R. Une condition nécessaire et suffisante C pour R est donc à la fois la plus faible des conditions suffisantes (si S⇒R, alors S⇒C) et la plus forte des conditions nécessaires (si R⇒N, alors C⇒N). Chercher une caractérisation, c'est trouver une condition nécessaire assez forte pour être aussi suffisante.
((A⇒S)∧(S⇒R))⇒(A⇒R)
plus forte qu'une condition suffisante, encore suffisante
((R⇒N)∧(N⇒B))⇒(R⇒B)
plus faible qu'une condition nécessaire, encore nécessaire
Vocabulaire
« Plus restrictive », « a fortiori », « en particulier », « réciproquement »
Une condition plus restrictive est une condition plus forte : elle exclut au moins tous les objets que l'autre exclut. « En particulier » annonce une conséquence plus faible de ce qu'on vient d'établir, ou un énoncé général appliqué à un cas : « 0<x<2, en particulier x>0 » ; « pour tout réel t, t2≥0, en particulier (x−1)2≥0 ». « A fortiori » (à plus forte raison) marque le même passage à une condition plus faible, quand la conséquence va de soi : « x>2, a fortiori x>1 ». « Réciproquement » ouvre le sens inverse d'une implication déjà démontrée, donc la seconde moitié d'une preuve de condition nécessaire et suffisante.
Méthode
Comparer deux conditions
Quand l'utiliser : « laquelle de ces conditions est la plus forte ? », « ces conditions sont-elles équivalentes ? », ou quand on veut remplacer une hypothèse ou un but par une condition plus maniable. 1) Nommer les deux conditions sur le même ensemble : « Pour x∈E, notons A(x) la propriété [...] et B(x) la propriété [...]. » 2) Au brouillon, deviner le sens en testant quelques valeurs : si toutes les valeurs testées qui vérifient A vérifient aussi B, A est la candidate la plus forte ; une valeur qui vérifie B sans vérifier A annonce déjà que la réciproque est fausse. 3) Démontrer l'implication pour un objet quelconque : « Soit x∈E tel que A(x). Montrons B(x). », puis « Ainsi A est plus forte que B. » 4) Trancher la réciproque. Si elle est vraie : « Réciproquement, soit x∈E tel que B(x). Montrons A(x). », et les conditions sont équivalentes. Si elle est fausse : un x explicite qui vérifie B sans vérifier A, et A est strictement plus forte. 5) Si aucune des deux implications n'est vraie, deux contre-exemples montrent que les conditions ne sont pas comparables. 6) Conclure par une phrase qui répond exactement à la question : « A est strictement plus forte que B, et les deux conditions ne sont pas équivalentes. »
∀x∈E,A(x)⇒B(x)
l'implication démontrée pour un objet quelconque
∃x∈E,B(x)∧¬A(x)
le contre-exemple qui rend la comparaison stricte
Exemple
Rédaction modèle : comparer deux conditions
Pour un réel x, on considère les conditions A : « x≥2 » et B : « x2≥2x ». Montrer que l'une est plus forte que l'autre. Sont-elles équivalentes ? Pour x∈R, notons A(x) la propriété « x≥2 » et B(x) la propriété « x2≥2x ». Montrons que, pour tout réel x, A(x) entraîne B(x). Soit x∈R tel que x≥2. En particulier x>0 ; en multipliant les deux membres de l'inégalité x≥2 par le réel positif x, on obtient x2≥2x. Ainsi B(x) est vraie, et la condition A est plus forte que la condition B. Étudions la réciproque. Prenons x=0. D'une part 02=0 et 2×0=0, donc 02≥2×0 : B(0) est vraie. D'autre part 0<2, donc A(0) est fausse. Ainsi l'implication « si B(x), alors A(x) » est fausse pour x=0. Conclusion : la condition « x≥2 » est strictement plus forte que la condition « x2≥2x », et les deux conditions ne sont pas équivalentes. À retenir : comparer deux conditions, c'est démontrer une implication pour un objet quelconque, puis trancher la réciproque par une preuve ou par un contre-exemple.
Piège
Croire qu'une condition plus forte est plus facile à obtenir
Une condition plus forte dit plus : elle est plus utile en hypothèse, mais plus difficile, voire impossible, à démontrer. À l'inverse, un théorème est d'autant plus puissant que son hypothèse est faible. Remplacer un but par une condition plus forte n'est légitime que si les hypothèses permettent de l'établir. Ligne fautive : Soit x∈R tel que ∣x∣>1. Pour montrer que x2>1, il suffit de montrer que x>1. L'implication « si x>1, alors x2>1 » est vraie, mais le nouveau but est hors d'atteinte : pour x=−2, l'hypothèse ∣x∣>1 est vérifiée et x>1 est faux. La preuve est condamnée dès cette ligne. Version correcte : Soit x∈R tel que ∣x∣>1. Comme ∣x∣>0, on multiplie les deux membres de ∣x∣>1 par le réel strictement positif ∣x∣ : ∣x∣2>∣x∣. Or ∣x∣>1 et ∣x∣2=x2, donc x2>1. Réflexe : en remontant depuis le but, on n'obtient que des conditions suffisantes ; avant de s'y engager, on vérifie que les hypothèses les fournissent.
Méthode
Déterminer une condition nécessaire et suffisante en rédigeant les deux sens
Quand l'utiliser : « déterminer une condition nécessaire et suffisante », « à quelle condition sur m ... ? », « caractériser », « pour quelles valeurs de ... ». 1) Au brouillon, trouver une condition candidate C en supposant la propriété vraie et en tirant des conséquences : pour un « il existe », on part d'un objet qui convient ; pour un « pour tout », on teste des valeurs particulières. 2) Annoncer : « Montrons que [propriété] si et seulement si C. » 3) Sens direct, la nécessité : « Supposons [propriété]. », puis déduire C, chaque étape justifiée. 4) Sens réciproque, la suffisance : « Réciproquement, supposons C. », puis établir la propriété ; pour un « il existe », exhiber l'objet et vérifier qu'il convient ; pour un « pour tout », introduire un objet quelconque. 5) Si l'un des deux sens échoue, ne rien conclure et revenir au brouillon. Si la réciproque échoue (un objet vérifie C sans avoir la propriété), la candidate est trop faible : on tire de la propriété une conséquence plus forte (une autre valeur, ou une valeur qui dépend du paramètre), puis on reprend 2), 3) et 4). Si c'est le sens direct qui échoue, la candidate est trop forte : on la remplace par une condition moins exigeante, que la propriété entraîne vraiment. 6) Conclure : « Ainsi [propriété] si et seulement si C. » Une chaîne de « si et seulement si » n'est acceptable que si chaque maillon est une équivalence justifiée (voir Démontrer une équivalence) ; au moindre doute, on rédige les deux sens séparément. Si un théorème du cours est déjà une équivalence, le citer suffit.
R⇒C
le sens direct : la condition est nécessaire
C⇒R
la réciproque : la condition est suffisante
Exemple
Rédaction modèle : une condition nécessaire et suffisante d'existence
Déterminer une condition nécessaire et suffisante sur le réel m pour que l'équation x2+2x+m=0 admette au moins une solution réelle, sans utiliser le discriminant. Soit m∈R. Pour tout réel x, on a x2+2x+m=(x+1)2+m−1. Montrons que l'équation admet une solution réelle si et seulement si m≤1. Sens direct. Supposons que l'équation admette une solution réelle, et notons x0 une telle solution. Alors (x0+1)2+m−1=0, donc 1−m=(x0+1)2. Or le carré d'un réel est positif ou nul, donc 1−m≥0, c'est-à-dire m≤1. Réciproquement, supposons m≤1. Alors 1−m≥0, donc le réel x1=−1+1−m est bien défini. On a x12+2x1+m=(x1+1)2+m−1=(1−m)2+m−1=(1−m)+m−1=0. Ainsi x1 est une solution réelle de l'équation. Conclusion : l'équation x2+2x+m=0 admet au moins une solution réelle si et seulement si m≤1. À retenir : la nécessité part d'une solution supposée et en déduit la condition ; la suffisance part de la condition et exhibe une solution qu'on vérifie.
Exemple
Rédaction modèle : une condition nécessaire et suffisante pour un « pour tout »
Déterminer une condition nécessaire et suffisante sur le réel a pour que x2−2x+a≥0 pour tout réel x. Soit a∈R. Montrons que l'on a x2−2x+a≥0 pour tout réel x si et seulement si a≥1. Sens direct. Supposons que x2−2x+a≥0 pour tout réel x. En particulier, pour x=1 : 1−2+a≥0, donc a≥1. Réciproquement, supposons a≥1, et soit x∈R. On a x2−2x+a=(x−1)2+(a−1). Or (x−1)2≥0 comme carré d'un réel, et a−1≥0 par hypothèse, donc x2−2x+a≥0. Le réel x étant quelconque, on a x2−2x+a≥0 pour tout réel x. Conclusion : on a x2−2x+a≥0 pour tout réel x si et seulement si a≥1. À retenir : spécialiser un « pour tout » en une valeur ne donne qu'une condition nécessaire ; seule la réciproque, rédigée pour un x quelconque, prouve qu'elle est aussi suffisante, et elle échoue si la valeur a été mal choisie.
Piège
Présenter une condition nécessaire comme une caractérisation
Une seule implication démontrée ne donne qu'une condition nécessaire, ou qu'une condition suffisante ; écrire « si et seulement si », « c'est-à-dire » ou « les solutions sont » exige les deux sens. Ligne fautive : Soient f une fonction dérivable sur R et a∈R. Si f admet un extremum local en a, alors f′(a)=0 ; donc f admet un extremum local en a si et seulement si f′(a)=0. Seul le sens direct est un théorème : la fonction x↦x3 a une dérivée nulle en 0, mais elle est strictement croissante sur R, donc n'admet pas d'extremum local en 0. Version correcte : Soient f une fonction dérivable sur R et a∈R. Si f admet un extremum local en a, alors f′(a)=0 : l'annulation de f′ en a est une condition nécessaire d'extremum local, non suffisante, et chaque point où f′ s'annule doit ensuite être étudié. Réflexe : après le sens direct, on écrit « Réciproquement », ou l'on se contente d'annoncer une condition nécessaire.
Exercices
Exercice 1Application
Traduire cinq phrases en implications orientées
Dans chacune des phrases suivantes, n désigne un entier naturel et x un réel. Pour chaque phrase : écrire l'implication quantifiée qu'elle affirme ; nommer l'hypothèse et la conclusion ; compléter « [...] est une condition suffisante pour que [...] » et « [...] est une condition nécessaire pour que [...] » ; écrire la réciproque et la réfuter par un contre-exemple explicite. (a) Pour que n soit divisible par 10, il faut que n soit divisible par 5. (b) x2≤1 dès que 0≤x≤1. (c) L'entier n est premier seulement si n≥2. (d) Pour que x2=x, il suffit que x=1. (e) ∣x∣<2 à condition que x2<1 (« à condition que » étant pris dans son sens mathématique, celui du cours).
Voir le corrigé
(a) « Il faut que » introduit la conclusion ; le but de « pour que » devient l'hypothèse. Implication : pour tout n∈N, si n est divisible par 10, alors n est divisible par 5. Hypothèse : « n est divisible par 10 » ; conclusion : « n est divisible par 5 ». « n est divisible par 10 » est une condition suffisante pour que n soit divisible par 5 ; « n est divisible par 5 » est une condition nécessaire pour que n soit divisible par 10. Réciproque : si n est divisible par 5, alors n est divisible par 10. Elle est fausse pour n=5 : 5=5×1 est divisible par 5, mais un multiple de 10 dans N vaut 0 ou est supérieur ou égal à 10, et 0<5<10.
(b) « Dès que » introduit l'hypothèse. Implication : pour tout x∈R, si 0≤x≤1, alors x2≤1. Hypothèse : « 0≤x≤1 » ; conclusion : « x2≤1 ». « 0≤x≤1 » est une condition suffisante pour que x2≤1 ; « x2≤1 » est une condition nécessaire pour que 0≤x≤1. Réciproque : si x2≤1, alors 0≤x≤1. Elle est fausse pour x=−1 : (−1)2=1≤1, mais −1<0.
(c) « Seulement si » introduit la conclusion. Implication : pour tout n∈N, si n est premier, alors n≥2. Hypothèse : « n est premier » ; conclusion : « n≥2 ». « n est premier » est une condition suffisante pour que n≥2 ; « n≥2 » est une condition nécessaire pour que n soit premier. Réciproque : si n≥2, alors n est premier. Elle est fausse pour n=4 : 4≥2, mais 4=2×2 admet le diviseur 2, différent de 1 et de 4.
(d) « Il suffit que » introduit l'hypothèse. Implication : pour tout x∈R, si x=1, alors x2=x. Hypothèse : « x=1 » ; conclusion : « x2=x ». « x=1 » est une condition suffisante pour que x2=x ; « x2=x » est une condition nécessaire pour que x=1. Réciproque : si x2=x, alors x=1. Elle est fausse pour x=0 : 02=0, mais 0=1.
(e) En mathématiques, « à condition que » introduit l'hypothèse. Implication : pour tout x∈R, si x2<1, alors ∣x∣<2. Hypothèse : « x2<1 » ; conclusion : « ∣x∣<2 ». « x2<1 » est une condition suffisante pour que ∣x∣<2 ; « ∣x∣<2 » est une condition nécessaire pour que x2<1. Réciproque : si ∣x∣<2, alors x2<1. Elle est fausse pour x=23 : 23=23<2, mais (23)2=49≥1. Remarque : lue avec le sens courant « seulement si », la phrase affirmerait au contraire cette réciproque, qui est fausse. Les deux lectures ne disent pas la même chose : c'est pourquoi on fixe le sens de « à condition que » avant de raisonner, en réécrivant la phrase avec « si ».
À retenir : on repère le mot qui oriente avant tout calcul ; « il faut » et « seulement si » placent derrière eux la conclusion, « si », « dès que », « il suffit » et « à condition que » l'hypothèse.
Exercice 2Application
Compléter la preuve d'une condition nécessaire non suffisante
Pour un entier naturel n, on veut montrer que « n est impair » est une condition nécessaire non suffisante pour que n soit un nombre premier supérieur ou égal à 3. Recopier la rédaction suivante en complétant les dix blancs. Il s'agit de montrer que, pour tout n∈N, [1] entraîne [2], puis qu'il existe un entier naturel qui [3]. Nécessité. Soit n∈N tel que [4]. Montrons que n est impair. Supposons par l'absurde que n soit pair : il existe k∈N tel que n=2k. Comme 2k=n≥3 et que k est entier, on a k≥2, donc n≥4 ; ainsi 2 divise n, avec 2=1 et 2=n. Cela contredit [5]. Ainsi n est impair, et « n est impair » est une condition [6] pour que n soit un nombre premier supérieur ou égal à 3. Non-suffisance. [7] n=9. D'une part, [8]. D'autre part, [9]. Ainsi [10]. Conclusion : « n est impair » est une condition nécessaire mais non suffisante pour que n soit un nombre premier supérieur ou égal à 3.
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[1] « n est un nombre premier et n≥3 » [2] « n est impair » [3] est impair sans être un nombre premier supérieur ou égal à 3 [4] n soit un nombre premier et n≥3 [5] le fait que n est premier, dont les seuls diviseurs positifs sont 1 et n [6] nécessaire [7] Prenons [8] 9=2×4+1, donc 9 est impair : il vérifie la condition [9] 9=3×3, donc 3 divise 9 avec 3=1 et 3=9 : 9 n'est pas premier, et la propriété est fausse pour n=9 [10] l'implication « si n est impair, alors n est un nombre premier supérieur ou égal à 3 » est fausse pour n=9 : la condition n'est pas suffisante Remarques. Dans [1] et [2], l'ordre est imposé : pour prouver qu'une condition est nécessaire, on suppose la propriété visée et l'on obtient la condition. Dans [8] et [9], les deux vérifications du contre-exemple sont écrites : qu'il vérifie la condition, puis qu'il ne vérifie pas la propriété ; l'une ne dispense pas de l'autre.
Exercice 3Rédaction
Deux conditions pour qu'un produit soit strictement positif
Soient a et b deux réels. 1) La condition « a>0 et b>0 » est-elle nécessaire, suffisante pour que ab>0 ? Justifier chaque réponse. 2) Même question pour la condition « a+b>0 ».
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1) La condition « a>0 et b>0 » est suffisante si, pour tous réels a et b, elle entraîne ab>0 ; elle est nécessaire si, pour tous réels a et b, l'inégalité ab>0 l'entraîne. Suffisance. Soient a,b∈R tels que a>0 et b>0. En multipliant les deux membres de l'inégalité a>0 par le réel strictement positif b, on obtient ab>0. Ainsi « a>0 et b>0 » est une condition suffisante pour que ab>0. Nécessité. Prenons a=−1 et b=−1. D'une part ab=(−1)×(−1)=1>0. D'autre part a=−1≤0, donc la condition « a>0 et b>0 » n'est pas vérifiée. Ainsi le couple (−1,−1) vérifie ab>0 sans vérifier la condition : elle n'est pas nécessaire. Conclusion : « a>0 et b>0 » est une condition suffisante mais non nécessaire pour que ab>0.
2) Nécessité. Prenons a=−1 et b=−1. D'une part ab=1>0. D'autre part a+b=−2≤0. Ainsi le couple (−1,−1) vérifie ab>0 sans vérifier a+b>0 : la condition « a+b>0 » n'est pas nécessaire. Suffisance. Prenons a=2 et b=−1. D'une part a+b=1>0, donc le couple vérifie la condition. D'autre part ab=−2≤0. Ainsi le couple (2,−1) vérifie a+b>0 sans vérifier ab>0 : la condition n'est pas suffisante. Conclusion : « a+b>0 » n'est ni une condition nécessaire ni une condition suffisante pour que ab>0.
À retenir : chaque statut reçoit sa propre justification, une preuve pour des réels quelconques quand la réponse est oui, un couple explicite et ses deux vérifications quand elle est non.
Exercice 4Rédaction
Ranger trois conditions de la plus forte à la plus faible
Pour un réel x, on considère les trois conditions A : ∣x−1∣<1, B : x2<4x et C : x>0. 1) Montrer que A est strictement plus forte que B. 2) Montrer que B est strictement plus forte que C. 3) Ranger les trois conditions de la plus forte à la plus faible. La condition ∣x−1∣<1 est-elle suffisante pour que x>0 ? Est-elle nécessaire ?
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Pour x∈R, notons A(x) la propriété « ∣x−1∣<1 », B(x) la propriété « x2<4x » et C(x) la propriété « x>0 ». 1) Montrons que, pour tout réel x, A(x) entraîne B(x). Soit x∈R tel que ∣x−1∣<1. Pour tout réel y, l'inégalité ∣y∣<1 équivaut à −1<y<1 ; avec y=x−1, on obtient −1<x−1<1, donc 0<x<2. En particulier x<4, donc x−4<0. Comme x>0, en multipliant les deux membres de x−4<0 par le réel strictement positif x, on obtient x(x−4)<0, c'est-à-dire x2<4x. Ainsi B(x) est vraie, et A est plus forte que B. Étudions la réciproque. Prenons x=3. D'une part 32=9 et 4×3=12, donc 32<4×3 : B(3) est vraie. D'autre part ∣3−1∣=2≥1 : A(3) est fausse. Ainsi B n'entraîne pas A, et A est strictement plus forte que B.
2) Montrons que, pour tout réel x, B(x) entraîne C(x). Soit x∈R tel que x2<4x. Supposons par l'absurde que x≤0. Alors 4x≤0 ; or x2≥0 comme carré d'un réel, donc 4x≤x2. Cela contredit x2<4x, donc x>0 : C(x) est vraie, et B est plus forte que C. Étudions la réciproque. Prenons x=5. D'une part 5>0 : C(5) est vraie. D'autre part 52=25 et 4×5=20, donc 52≥4×5 : B(5) est fausse. Ainsi C n'entraîne pas B, et B est strictement plus forte que C.
3) D'après 1) et 2), les conditions se rangent ainsi, de la plus forte à la plus faible : A, puis B, puis C. Soit x∈R tel que ∣x−1∣<1. D'après 1), x2<4x, puis d'après 2), x>0. Ainsi la condition ∣x−1∣<1 est suffisante pour que x>0. Prenons x=5 : on a 5>0 et ∣5−1∣=4≥1, donc elle n'est pas nécessaire. Conclusion : A est strictement plus forte que B, elle-même strictement plus forte que C ; la condition ∣x−1∣<1 est suffisante mais non nécessaire pour que x>0.
À retenir : comparer, c'est démontrer une implication pour un réel quelconque, puis trancher la réciproque ; la transitivité de l'implication range ensuite toute la chaîne sans nouveau calcul.
Exercice 5Rédaction
Les fonctions affines dont la composée avec elles-mêmes est l'identité
Soient a et b deux réels, et f la fonction définie sur R par f(x)=ax+b. Déterminer une condition nécessaire et suffisante sur a et b pour que f(f(x))=x pour tout réel x.
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Pour tout réel x, on a f(f(x))=a(ax+b)+b=a2x+ab+b. Montrons que l'on a f(f(x))=x pour tout réel x si et seulement si l'on a (a=1 et b=0) ou a=−1. Sens direct. Supposons que f(f(x))=x pour tout réel x. En particulier, pour x=0, on obtient ab+b=0. Pour x=1, on obtient a2+ab+b=1 ; comme ab+b=0, il vient a2=1. Ainsi (a−1)(a+1)=0, donc a=1 ou a=−1. Si a=1, l'égalité ab+b=0 s'écrit 2b=0, donc b=0. Par conséquent, on a (a=1 et b=0) ou a=−1. Réciproquement, supposons (a=1 et b=0) ou a=−1, et soit x∈R. Si a=1 et b=0, alors f(f(x))=12×x+1×0+0=x. Si a=−1, alors f(f(x))=(−1)2x+(−1)×b+b=x. Dans les deux cas f(f(x))=x ; le réel x étant quelconque, on a f(f(x))=x pour tout réel x. Conclusion : on a f(f(x))=x pour tout réel x si et seulement si a=1 et b=0, ou bien a=−1, le réel b étant alors quelconque.
À retenir : dans le sens direct, spécialiser le « pour tout » en des valeurs bien choisies fournit la condition ; dans la réciproque, on repart d'un réel quelconque et l'on traite chaque cas de la condition obtenue.
Exercice 6Trouver l'erreur
Relire une preuve sur la parité d'un carré
On demande : « Pour un entier naturel n, montrer que, pour que n2 soit impair, il faut que n soit impair. » Un étudiant rédige : (1) Soit n∈N impair : il existe k∈N tel que n=2k+1. (2) Alors n2=4k2+4k+1=2(2k2+2k)+1, avec 2k2+2k∈N. (3) Donc n2 est impair. (4) Ainsi, pour que n2 soit impair, il faut que n soit impair. Trouver l'erreur, expliquer pourquoi elle invalide la preuve, puis rédiger une démonstration correcte.
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Erreur : la ligne (4). Les lignes (1) à (3) démontrent que, pour tout n∈N, si n est impair, alors n2 est impair : « n impair » est une condition suffisante pour que n2 soit impair. Or la phrase demandée, « pour que n2 soit impair, il faut que n soit impair », place l'imparité de n après « il faut », donc en conclusion : elle s'écrit « pour tout n∈N, si n2 est impair, alors n est impair ». Pourquoi c'est grave : l'étudiant a démontré la réciproque de l'énoncé posé. Une implication n'entraîne pas sa réciproque, donc l'énoncé demandé reste entièrement à prouver ; la ligne (4) affirme un résultat que rien n'établit. Rédaction correcte. La phrase s'écrit : pour tout n∈N, si n2 est impair, alors n est impair. Tout entier naturel non impair étant pair, montrons sa contraposée : pour tout n∈N, si n est pair, alors n2 est pair. Soit n∈N pair : il existe k∈N tel que n=2k. Alors n2=4k2=2×(2k2), avec 2k2∈N, donc n2 est pair. La contraposée est démontrée, donc, pour tout n∈N, si n2 est impair, alors n est impair. Conclusion : pour que n2 soit impair, il faut que n soit impair.
Exercice 7Trouver l'erreur
Relire une condition pour qu'un trinôme reste strictement positif
On demande : « Déterminer une condition nécessaire et suffisante sur le réel a pour que x2+ax+4>0 pour tout réel x. » Un étudiant rédige : (1) Supposons que x2+ax+4>0 pour tout réel x. (2) Pour x=1, on obtient 5+a>0, donc a>−5. (3) Pour x=−1, on obtient 5−a>0, donc a<5. (4) Ainsi, on a x2+ax+4>0 pour tout réel x si et seulement si −5<a<5. Trouver l'erreur, expliquer pourquoi elle invalide la preuve, puis rédiger une démonstration correcte.
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Erreur : la ligne (4) conclut à une équivalence alors que seul le sens direct a été rédigé. Les lignes (1) à (3) sont justes et prouvent que « −5<a<5 » est une condition nécessaire ; aucune ligne ne suppose cette condition pour en déduire la propriété. Pourquoi c'est grave : la suffisance n'est pas seulement non prouvée, elle est fausse. Pour a=29, on a bien −5<a<5, et pourtant, pour x=−2, x2+ax+4=4−9+4=−1<0. La réponse annoncée est donc fausse : spécialiser en deux valeurs mal choisies a donné une condition trop faible. Rédaction correcte. Soit a∈R. Pour tout réel x, on a x2+ax+4=(x+2a)2+4−4a2. Montrons que l'on a x2+ax+4>0 pour tout réel x si et seulement si −4<a<4. Sens direct. Supposons que x2+ax+4>0 pour tout réel x. En particulier, pour x=−2a, on obtient 4−4a2>0, donc a2<16. Si l'on avait ∣a∣≥4, on aurait a2=∣a∣2≥16, ce qui contredit a2<16 ; donc ∣a∣<4, c'est-à-dire −4<a<4. Réciproquement, supposons −4<a<4, et soit x∈R. Alors 0≤∣a∣<4, donc a2=∣a∣2<16, puis 4−4a2>0. Or (x+2a)2≥0 comme carré d'un réel, donc x2+ax+4>0. Le réel x étant quelconque, on a x2+ax+4>0 pour tout réel x. Conclusion : on a x2+ax+4>0 pour tout réel x si et seulement si −4<a<4.
Exercice 8Approfondissement
Nombres de Mersenne : une condition nécessaire qui ne caractérise pas
Pour un entier n≥1, on note Mn=2n−1. On rappelle qu'un entier p est premier lorsque p≥2 et que ses seuls diviseurs positifs sont 1 et p. On admet que, pour tout réel q et tout entier b≥1, qb−1=(q−1)(1+q+q2+⋯+qb−1). 1) Traduire par une implication quantifiée la phrase « pour que Mn soit premier, il faut que n soit premier ». 2) Démontrer cette implication. On pourra raisonner par contraposée. 3) La condition « n est premier » est-elle suffisante pour que Mn soit premier ? On pourra calculer 23×89. 4) Un camarade constate que M2=3, M3=7, M5=31 et M7=127 sont premiers, et écrit : « Mn est premier si et seulement si n est premier ». Qu'a-t-il vérifié, que n'a-t-il pas démontré, et sa phrase est-elle vraie ?
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1) Pour n∈N∗, notons A(n) la propriété « Mn est premier » et B(n) la propriété « n est premier ». « Il faut que » introduit la conclusion, et le but de « pour que » devient l'hypothèse : la phrase s'écrit ∀n∈N∗,A(n)⇒B(n).
2) Montrons la contraposée : pour tout n∈N∗, si n n'est pas premier, alors Mn n'est pas premier. Soit n∈N∗ non premier. Distinguons deux cas. Cas n=1. Alors M1=1<2, donc M1 n'est pas premier. Cas n≥2. Comme n n'est pas premier, il admet un diviseur positif a différent de 1 et de n ; il existe donc b∈N∗ tel que n=ab. Comme a est un entier positif différent de 1, on a a≥2 ; comme b≥1, on a a≤ab=n, et a=n, donc a<n. En appliquant l'identité admise à q=2a, on obtient Mn=(2a)b−1=(2a−1)S, où S=1+2a+⋯+2a(b−1) est un entier naturel. Donc 2a−1 divise Mn. Or a≥2, donc 2a−1≥3 et 2a−1=1. De plus a<n, donc 2a<2n, puis 2a−1<Mn et 2a−1=Mn. Ainsi Mn admet un diviseur positif différent de 1 et de lui-même : Mn n'est pas premier. Dans les deux cas Mn n'est pas premier ; la contraposée est démontrée, donc, pour tout n∈N∗, si Mn est premier, alors n est premier.
3) Prenons n=11. D'une part, 11≥2. Supposons que 11 admette un diviseur positif autre que 1 et 11 : il s'écrit alors ab avec des entiers a et b tels que 2≤a≤b, et a2≤ab=11<16, donc a=2 ou a=3. Or 11=2×5+1 et 11=3×3+2, donc ni 2 ni 3 ne divise 11 : la supposition est absurde. Ainsi 11 est premier, et la condition « n est premier » est vérifiée. D'autre part, M11=2048−1=2047 et 23×89=2047, donc 23 divise M11 avec 23=1 et 23=2047 : M11 n'est pas premier. Ainsi la condition « n est premier » n'est pas suffisante pour que Mn soit premier.
4) Le camarade a vérifié l'implication « si n est premier, alors Mn est premier » pour quatre valeurs de n. Il n'a démontré aucun des deux sens de son équivalence : une implication quantifiée sur N∗ ne se prouve pas par des exemples, aussi nombreux soient-ils. Le sens « si Mn est premier, alors n est premier » est vrai, mais c'est la question 2) qui le prouve. Le sens « si n est premier, alors Mn est premier » est faux d'après la question 3). Sa phrase est donc fausse : il présente une condition nécessaire comme une caractérisation. Conclusion : « n est premier » est une condition nécessaire mais non suffisante pour que 2n−1 soit premier.
QCM
12 questions : clique sur une réponse pour voir la correction.
Question 1
Pour un réel x, on a démontré : « si x=2, alors x2=4 ». Quelle phrase en découle ?
Question 2
Quelle implication traduit la phrase « un entier naturel n est multiple de 4 seulement si n est pair » ?
Question 3
Soit f une fonction définie sur R et a un réel. On sait que « si f est dérivable en a, alors f est continue en a ». Quelle phrase dit exactement la même chose ?
Question 4
Pour un réel x, on a démontré : « si x>3, alors x2>9 ». Quelle phrase affirme exactement ce résultat ?
Question 5
Pour un réel x, on veut prouver que « x≥0 » n'est pas une condition suffisante pour que x2≥4. Quel argument convient ?
Question 6
Pour un réel x, on considère les quatre conditions suivantes. Laquelle est plus forte que chacune des trois autres ?
Question 7
On étudie la condition « x>2 » pour que x2>4, selon que la variable x décrit R ou R+. Quel bilan est exact ?
Question 8
Pour déterminer une condition nécessaire et suffisante sur le réel m pour que l'équation x2−2x+m=0 admette une solution réelle, un étudiant écrit : « Soit x0 une solution réelle. Alors m=1−(x0−1)2, donc m≤1. Ainsi l'équation admet une solution réelle si et seulement si m≤1. » Que manque-t-il ?
Question 9
Soit x un réel tel que x2>4. Pour montrer que ∣x∣>1, un étudiant écrit : « Il suffit de montrer que x>2. » Que penser de cette ligne ?
Question 10
Pour un entier naturel n, laquelle de ces conditions est nécessaire et suffisante pour que n soit divisible par 6 ?
Question 11
Pour montrer que, pour un entier naturel n, « n2 est pair » est une condition nécessaire et suffisante pour que n soit pair, un étudiant écrit : (1) Si n est pair, n=2k avec k∈N, donc n2=2(2k2) est pair. (2) Réciproquement, si n=2k avec k∈N, alors n2=4k2 est pair. (3) Donc n est pair si et seulement si n2 est pair. Quel est le défaut de cette rédaction ?
Question 12
Soit P(n) une propriété portant sur un entier naturel n. On a démontré que « n est divisible par 4 » est une condition nécessaire pour que P(n) soit vraie. Que peut-on en déduire, sans autre information sur P ?