Démontrer « P si et seulement si Q » par deux implications annoncées, par une chaîne d'équivalences justifiées maillon par maillon, ou par un cycle d'implications.
Démontrer l'équivalence « P si et seulement si Q », notée P⟺Q, c'est démontrer deux implications. Le sens direct est P⇒Q : on suppose P et l'on doit obtenir Q ; il traduit « P seulement si Q ». Le sens réciproque est Q⇒P : on suppose Q et l'on doit obtenir P ; il traduit « P si Q ». Chaque sens a sa propre hypothèse, et l'hypothèse de l'un est exactement le but de l'autre. Sur la copie, on les signale par (⇒) et (⇐).
P⇒Q
sens direct : la première assertion est l'hypothèse, la seconde est le but
Q⇒P
sens réciproque : les rôles s'échangent
Propriété
Démontrer une équivalence par double implication
L'assertion P⟺Q est vraie si et seulement si les deux implications P⇒Q et Q⇒P sont vraies (voir la fiche « Implication et équivalence »). Démontrer une équivalence revient donc à écrire deux démonstrations indépendantes, qui peuvent employer des raisonnements différents : direct pour un sens, contraposée ou disjonction de cas pour l'autre. Quand l'énoncé porte sur tout x d'un ensemble E, on fixe d'abord x, commun aux deux sens, puis on démontre les deux implications pour ce x. Un seul sens démontré n'établit qu'une implication.
(P⟺Q)⟺((P⇒Q) et (Q⇒P))
deux implications à démontrer, chacune avec son hypothèse
∀x∈E,(P(x)⟺Q(x))
on fixe l'élément une fois, puis on démontre les deux sens pour lui
Vocabulaire
Les mots de l'équivalence
« Si et seulement si », « équivaut à », « il faut et il suffit que » et « c'est-à-dire » affirment une équivalence. « Donc », « d'où », « par suite » tirent d'un fait établi une conséquence et affirment que cette conséquence est vraie, sans permettre de revenir en arrière. « Réciproquement » ouvre le second sens d'une double implication, tandis que « Montrons l'équivalence par double implication » et « Raisonnons par équivalences successives » annoncent la structure de la preuve. Écrire « c'est-à-dire » entre deux affirmations qui ne sont pas équivalentes est la même faute qu'un ⟺ injustifié. L'abréviation « ssi » s'évite sur une copie.
P⟺Q
se lit « si et seulement si », « équivaut à », « il faut et il suffit que »
Méthode
Rédiger (⇒) puis (⇐) dans deux paragraphes annoncés
Quand : l'énoncé contient « si et seulement si », « équivaut à », « il faut et il suffit que », ou demande une condition nécessaire et suffisante. 1) Introduire les objets communs aux deux sens, puis annoncer la structure : « Soient a et b deux réels. Montrons l'équivalence par double implication. » 2) Sens direct, dans un paragraphe titré : « (⇒) Supposons P. Montrons Q. » Le paragraphe se termine par « donc Q ». 3) Sens réciproque, dans un nouveau paragraphe : « (⇐) Réciproquement, supposons Q. Montrons P. » L'assertion P est désormais le but : tout ce qui a été déduit de P au 2) n'est plus disponible. 4) Conclure en recopiant l'énoncé avec ses quantificateurs : « Les deux implications sont établies, donc pour tous réels a et b, P si et seulement si Q. » Le sens le plus facile peut passer en premier ; le titre du paragraphe dit alors lequel on traite.
(⇒)Supposons P.Montrons Q.
ouverture du sens direct
(⇐)Supposons Q.Montrons P.
ouverture du sens réciproque : l'ancien but devient l'hypothèse
Exemple
Rédaction modèle : a2+b2=0 si et seulement si a=0 et b=0
Montrer que pour tous réels a et b, a2+b2=0 si et seulement si a=0 et b=0. Soient a et b deux réels. Montrons l'équivalence par double implication. (⇒) Supposons a2+b2=0. Montrons que a=0 et b=0. Comme a2≥0 et b2≥0, on a 0≤a2≤a2+b2 ; or a2+b2=0 par hypothèse, donc a2=0, puis a=0. De même, 0≤b2≤a2+b2=0, donc b2=0, puis b=0. Ainsi a=0 et b=0. (⇐) Réciproquement, supposons a=0 et b=0. Montrons que a2+b2=0. On a a2+b2=02+02=0. Les deux implications sont établies, donc pour tous réels a et b, a2+b2=0 si et seulement si a=0 et b=0. À retenir : chaque sens s'ouvre par sa propre hypothèse et se ferme sur son propre but, et le sens facile se rédige aussi, en une ligne s'il le faut.
Piège
Ne démontrer qu'un sens et conclure à l'équivalence
Pour montrer que pour tout réel x, x2=x si et seulement si x=0 ou x=1, la copie fautive écrit : « 02=0 et 12=1, donc x2=x⟺(x=0 ou x=1). » Cette ligne ne prouve que le sens réciproque : 0 et 1 conviennent. Elle n'exclut pas une troisième solution, et c'est tout le contenu du sens direct. Le danger n'est pas formel : l'implication « si x≥1, alors x2≥1 » est vraie, alors que l'équivalence x≥1⟺x2≥1 est fausse pour x=−2. Version correcte : Soit x∈R. Montrons l'équivalence par double implication. (⇒) Supposons x2=x. Montrons que x=0 ou x=1. En retranchant x aux deux membres, x2−x=0, c'est-à-dire x(x−1)=0 ; un produit de réels est nul si et seulement si l'un des facteurs l'est, donc x=0 ou x−1=0, c'est-à-dire x=0 ou x=1. (⇐) Réciproquement, supposons x=0 ou x=1. Montrons que x2=x. Comme 02=0 et 12=1, on a x2=x dans les deux cas. Les deux implications sont établies, donc pour tout réel x, x2=x si et seulement si x=0 ou x=1.
Piège
Utiliser dans le sens réciproque l'hypothèse du sens direct
Énoncé : pour tout réel x>0, x=1 si et seulement si x+x1=2. Le sens direct suppose x=1 ; le sens réciproque suppose x+x1=2 et doit obtenirx=1. Ligne fautive : « (⇐) Supposons x+x1=2. Comme x=1, on a bien 1+11=2. » Cette ligne se sert de x=1, qui est le but du paragraphe : elle refait le sens direct et ne démontre rien de nouveau. Version correcte : « (⇐) Supposons x+x1=2. Montrons que x=1. Comme x=0, en multipliant les deux membres par x, on obtient x2+1=2x, donc x2−2x+1=0, c'est-à-dire (x−1)2=0, d'où x=1. » Réflexe : écrire « Montrons … » juste après « Supposons … », puis vérifier que chaque fait utilisé est l'hypothèse de ce paragraphe, un résultat général ou une conséquence déjà obtenue dans ce paragraphe.
Formulaire
Les combinaisons qui démontrent une équivalence
Une implication et sa contraposée ont même valeur de vérité ; chacun des deux sens peut donc être remplacé par sa contraposée, indépendamment de l'autre. Les quatre combinaisons ci-dessous démontrent P⟺Q. En revanche, P⇒Q accompagnée de non Q⇒non P ne démontre qu'une seule implication, écrite deux fois.
(P⇒Q) et (Q⇒P)
les deux sens, chacun directement
(P⇒Q) et (non P⇒non Q)
le sens réciproque par contraposée
(non Q⇒non P) et (Q⇒P)
le sens direct par contraposée
(non Q⇒non P) et (non P⇒non Q)
les deux sens par contraposée
Méthode
Utiliser la contraposée pour l'un des deux sens
Quand : dans l'un des sens, l'hypothèse ne fournit aucune écriture exploitable (« n2 est pair » ne dit rien directement de n), alors que la négation du but en fournit une (« n est impair » donne n=2k+1). 1) Écrire au brouillon les deux implications, P⇒Q et Q⇒P, et repérer le sens difficile. 2) Écrire la contraposée de ce sens seulement : celle de Q⇒P est non P⇒non Q, celle de P⇒Q est non Q⇒non P. Contrôler que la nouvelle hypothèse est bien la négation du but du sens visé. 3) Annoncer dans le paragraphe : « (⇐) Montrons que si Q, alors P, par contraposée : supposons non P et montrons non Q. » 4) Démontrer non Q, puis refermer : « Par contraposée, si Q, alors P. » 5) Rédiger l'autre sens normalement, puis conclure l'équivalence. La contraposée elle-même est enseignée dans la fiche « Raisonnement par contraposée ».
(Q⇒P)⟺(non P⇒non Q)
sens réciproque : on suppose le contraire de son but
(P⇒Q)⟺(non Q⇒non P)
sens direct : l'autre contraposée, à ne pas confondre avec la première
Exemple
Rédaction modèle : n est pair si et seulement si n2 est pair
Montrer que pour tout entier relatif n, n est pair si et seulement si n2 est pair. Soit n∈Z. Montrons l'équivalence par double implication. (⇒) Supposons n pair. Montrons que n2 est pair. Par définition, il existe k∈Z tel que n=2k. Alors n2=4k2=2×2k2, avec 2k2∈Z, donc n2 est pair. (⇐) Montrons que si n2 est pair, alors n est pair, par contraposée : supposons n impair et montrons que n2 est impair. Par définition, il existe k∈Z tel que n=2k+1. Alors n2=4k2+4k+1=2(2k2+2k)+1, avec 2k2+2k∈Z, donc n2 est impair. Par contraposée, si n2 est pair, alors n est pair. Les deux implications sont établies, donc pour tout n∈Z, n est pair si et seulement si n2 est pair. À retenir : la contraposée ne sert qu'au sens difficile ; on y suppose la négation de son but, et on la referme par « Par contraposée ».
Piège
Contraposer le mauvais sens
Énoncé : pour tout n∈Z, n est pair si et seulement si n2 est pair. Le sens direct est établi ; ligne fautive pour le sens réciproque : « (⇐) Par contraposée, supposons n2 impair et montrons que n est impair. » L'implication « n2 impair ⇒n impair » est la contraposée de « n pair ⇒n2 pair », c'est-à-dire du sens direct : même menée sans faute, elle redémontre ce qui est acquis, et le sens réciproque reste à faire. Version correcte : le sens réciproque est « n2 pair ⇒n pair » ; sa contraposée suppose la négation de son but et vise la négation de son hypothèse : « (⇐) Par contraposée, supposons n impair et montrons que n2 est impair. » Réflexe : écrire la contraposée voulue avant de rédiger, et vérifier que sa conclusion est la négation de l'hypothèse du sens visé.
(Q⇒P)⟺(non P⇒non Q)
la seule contraposée qui démontre le sens réciproque
Propriété
Chaîne d'équivalences
Si P1⟺P2, P2⟺P3, …, Pm−1⟺Pm sont vraies, alors P1⟺Pm est vraie : c'est la transitivité de l'équivalence. Une chaîne contient ainsi deux démonstrations à la fois : lue vers le bas, elle prouve P1⇒Pm ; lue vers le haut, elle prouve Pm⇒P1. Elle ne vaut que si chaque maillon est vrai et justifié dans les deux sens : un seul maillon vrai seulement vers le bas ne laisse que P1⇒Pm. Un maillon est réversible lorsque l'opération qui le produit se défait : ajouter un réel se défait en le retranchant, multiplier par c=0 en divisant par c, élever au carré deux réels positifs en prenant leurs racines carrées.
((P1⟺P2) et (P2⟺P3))⇒(P1⟺P3)
transitivité : les maillons s'enchaînent
P1⟺P2⟺⋯⟺Pm
lue vers le bas puis vers le haut, la chaîne donne les deux sens
Formulaire
Maillons réversibles usuels
Ces équivalences, valables pour tous réels a, b, c sous la condition indiquée, peuvent servir de maillon, à condition de citer la condition sur la ligne. Certaines opérations, comme élever au carré des réels de signe inconnu ou multiplier par une expression qui peut s'annuler, ne donnent qu'une implication : a=b entraîne a2=b2, mais (−1)2=12 alors que −1=1. Une opération absente de la liste ne sert de maillon que si l'on justifie sur la ligne qu'elle se défait. L'usage de ces maillons dans les résolutions est traité dans la fiche « Résoudre une équation ou une inéquation ».
a=b⟺a+c=b+c
ajouter un même réel aux deux membres d'une égalité
a≤b⟺a+c≤b+c
ajouter un même réel aux deux membres d'une inégalité conserve son sens
c=0:a=b⟺ca=cb
multiplier par un réel non nul
c>0:a≤b⟺ca≤cb
multiplier une inégalité par un réel strictement positif
c<0:a≤b⟺ca≥cb
par un réel strictement négatif, le sens de l'inégalité change
f strictement croissante sur I,a∈I,b∈I:a=b⟺f(a)=f(b)eta≤b⟺f(a)≤f(b)
la règle générale, dont les lignes du carré, de l'exponentielle et du logarithme sont des cas particuliers
a≥0,b≥0:a=b⟺a2=b2eta≤b⟺a2≤b2
élever au carré n'est réversible qu'entre deux réels positifs
a=b⟺ea=ebeta≤b⟺ea≤eb
l'exponentielle est strictement croissante sur tout l'axe réel
a>0,b>0:a=b⟺lna=lnbeta≤b⟺lna≤lnb
le logarithme, seulement entre réels strictement positifs
ab=0⟺(a=0 ou b=0)
un produit est nul exactement quand l'un des facteurs l'est
Méthode
Choisir entre double implication et chaîne d'équivalences selon la réversibilité des étapes
Quand : on doit démontrer P⟺Q et le brouillon mène de P à Q par une suite d'étapes. 1) Pour chaque étape du brouillon, se demander : peut-on remonter de la ligne d'arrivée à la ligne de départ par une règle connue, sans raisonnement nouveau ? 2) Si oui pour toutes les étapes, rédiger une chaîne : « Soient a et b deux réels. Raisonnons par équivalences successives. », puis une équivalence par ligne, suivie de sa justification (« car c=0 », « car les deux membres sont positifs »). 3) Si une étape ne se remonte qu'au prix d'un argument (disjonction de cas, contraposée, théorème qui n'est qu'une implication), ou si une ligne dépend d'un objet introduit en cours de route (un k tel que n=2k), renoncer à la chaîne : « Montrons l'équivalence par double implication. », puis rédiger chaque sens dans son paragraphe. 4) Dans les deux cas, conclure en recopiant l'équivalence avec ses quantificateurs. Signal d'alarme : si la justification d'un maillon commence par « supposons », il fallait deux paragraphes.
P1⟺P2⟺⋯⟺Pm
chaîne : seulement si chaque maillon se remonte par une règle citée
(P⇒Q) et (Q⇒P)
double implication : dès qu'un retour demande un argument
Exemple
Rédaction modèle : ∣a+b∣=∣a∣+∣b∣ si et seulement si ab≥0
Montrer que pour tous réels a et b, ∣a+b∣=∣a∣+∣b∣ si et seulement si ab≥0. Soient a et b deux réels. Raisonnons par équivalences successives. ∣a+b∣=∣a∣+∣b∣⟺∣a+b∣2=(∣a∣+∣b∣)2, car les deux membres sont positifs et deux réels positifs sont égaux si et seulement si leurs carrés sont égaux ; ⟺a2+2ab+b2=a2+2∣ab∣+b2, en développant, car ∣a+b∣2=(a+b)2, ∣a∣2=a2, ∣b∣2=b2 et ∣a∣∣b∣=∣ab∣ ; ⟺2ab=2∣ab∣, en retranchant a2+b2 aux deux membres ; ⟺ab=∣ab∣, en divisant les deux membres par 2=0 ; ⟺ab≥0, car un réel est égal à sa valeur absolue si et seulement s'il est positif. Ainsi, pour tous réels a et b, ∣a+b∣=∣a∣+∣b∣ si et seulement si ab≥0. À retenir : on ne rédige une chaîne que parce que chaque maillon se remonte par une règle citée sur sa ligne ; l'élévation au carré n'y entre qu'après avoir écrit que les deux membres sont positifs.
Piège
Écrire ⟺ entre des lignes reliées seulement par ⇒
Ligne fautive, pour un entier relatif n : « n pair ⟺n=2k⟺n2=4k2⟺n2 pair. » Le premier maillon est la définition, à condition d'écrire « il existe k∈Z tel que ». Le deuxième, écrit avec un k libre, ne se remonte pas : de n2=4k2 on ne tire pas n=2k (n peut valoir −2k) ; précédé de « il existe k∈Z », il se remonte, mais au prix d'un argument (n=2k ou n=2×(−k)). Surtout, le troisième ne se remonte pas : « n2 pair » ne fournit pas, sans le résultat à démontrer, un entier k tel que n2=4k2. Remonter ce dernier maillon, c'est exactement le sens réciproque, la partie difficile, que la chaîne fait passer pour évidente. Version correcte : une double implication, le sens direct par un calcul, le sens réciproque par contraposée (voir la rédaction modèle « n est pair si et seulement si n2 est pair »). Réflexe : avant d'écrire ⟺, vérifier le maillon dans les deux sens ; s'il ne se remonte pas par une règle citée, écrire « donc » et changer de structure.
Piège
Cacher toute la preuve dans un maillon non justifié
Ligne fautive : « Soient a,b∈R. On a a2+b2=0⟺a2=−b2⟺(a=0 et b=0). » Chaque maillon est vrai, mais aucun n'est justifié, et le second contient à lui seul tout l'énoncé : le correcteur n'y lit aucune démonstration. Une chaîne n'est acceptable que si chaque maillon relève d'une règle connue et citée ; un maillon qui demande un raisonnement se démontre à part. Version correcte, rédigée en entier : Soient a,b∈R. On a a2+b2=0⟺a2=−b2, en retranchant b2 aux deux membres. Montrons par double implication que a2=−b2 si et seulement si a=0 et b=0. (⇒) Supposons a2=−b2. Montrons que a=0 et b=0. Comme a2≥0 et a2=−b2≤0, on a a2=0, puis b2=−a2=0. Un réel de carré nul est nul, d'où a=0 et b=0. (⇐) Réciproquement, supposons a=0 et b=0. Montrons que a2=−b2. On a a2=0 et −b2=0, donc a2=−b2. Par transitivité de l'équivalence, pour tous réels a et b, a2+b2=0 si et seulement si a=0 et b=0. Réflexe : un maillon qui ne relève d'aucune règle citable se démontre à part ; ici, la double implication de la rédaction modèle « a2+b2=0 si et seulement si a=0 et b=0 » est même plus courte.
Propriété
Cycle d'implications
Si les implications (i) ⇒ (ii), (ii) ⇒ (iii) et (iii) ⇒ (i) sont vraies, les trois assertions sont deux à deux équivalentes : par transitivité de l'implication, (ii) ⇒ (iii) et (iii) ⇒ (i) donnent (ii) ⇒ (i), et de même pour les autres couples. Trois implications suffisent ainsi, là où deux doubles implications en demanderaient quatre. Plus généralement, des implications entre m assertions établissent leur équivalence dès que, en suivant les flèches, on peut aller de chaque assertion à chacune des autres ; un cycle qui passe par toutes en utilise m. L'ordre du cycle est libre : (i) ⇒ (iii) ⇒ (ii) ⇒ (i) convient aussi.
(i)⇒(ii)⇒(iii)⇒(i)
trois flèches, la dernière revient au point de départ
Méthode
Démontrer l'équivalence de trois assertions par (i) ⇒ (ii) ⇒ (iii) ⇒ (i)
Quand : l'énoncé dit « Montrer que les assertions suivantes sont équivalentes » et donne une liste (i), (ii), (iii). 1) Introduire les objets communs, puis annoncer le cycle : « Soit x∈R. Montrons (i) ⇒ (ii), (ii) ⇒ (iii) et (iii) ⇒ (i). » 2) Choisir l'ordre au brouillon : chaque flèche doit se démontrer simplement, et l'ordre de l'énoncé n'est pas imposé. Si (ii) ⇒ (iii) résiste alors que (ii) ⇒ (i) est immédiate, le cycle (i) ⇒ (iii) ⇒ (ii) ⇒ (i) convient mieux. 3) Rédiger un paragraphe par flèche, titré et ouvert par sa propre hypothèse : « (ii) ⇒ (iii). Supposons (ii). Montrons (iii). » 4) Vérifier que la dernière flèche revient à l'assertion de départ. 5) Conclure : « Par transitivité de l'implication, chaque assertion implique les deux autres, donc (i), (ii) et (iii) sont équivalentes. »
(ii)⇒(iii).Supposons (ii). Montrons (iii).
chaque flèche a son paragraphe et sa propre hypothèse
Exemple
Rédaction modèle : x≥0, ∣x∣=x et x2=x sont équivalentes
Soit x un réel. Montrer que les assertions suivantes sont équivalentes : (i) x≥0 ; (ii) ∣x∣=x ; (iii) x2=x. Soit x∈R. Montrons (i) ⇒ (ii), (ii) ⇒ (iii) et (iii) ⇒ (i). (i) ⇒ (ii). Supposons x≥0. Montrons que ∣x∣=x. Par définition de la valeur absolue, comme x≥0, on a ∣x∣=x. (ii) ⇒ (iii). Supposons ∣x∣=x. Montrons que x2=x. Le réel ∣x∣ est positif et vérifie ∣x∣2=x2 ; or x2 est l'unique réel positif dont le carré vaut x2, donc x2=∣x∣. Par hypothèse ∣x∣=x, donc x2=x. (iii) ⇒ (i). Supposons x2=x. Montrons que x≥0. Une racine carrée est positive, donc x=x2≥0. Les trois implications forment un cycle ; par transitivité de l'implication, chaque assertion implique les deux autres, donc (i), (ii) et (iii) sont équivalentes. À retenir : trois flèches suffisent pourvu que la dernière revienne au départ ; chacune a son paragraphe, son hypothèse et son but.
Piège
Oublier de fermer le cycle d'implications
Ligne fautive : « On a montré (i) ⇒ (ii) et (ii) ⇒ (iii), donc (i), (ii) et (iii) sont équivalentes. » Deux flèches ne permettent pas de revenir de (iii) à (i) : l'équivalence n'est pas démontrée, et elle peut être fausse. Pour un réel x, avec (i) x=1, (ii) x2=1 et (iii) x2≥1, les deux implications sont vraies, mais x=2 vérifie (iii) sans vérifier (i). Version correcte : démontrer aussi (iii) ⇒ (i), et seulement alors conclure « Par transitivité de l'implication, (i), (ii) et (iii) sont équivalentes. » Même contrôle quand les flèches ne se suivent pas : avec (i) ⇒ (ii), (i) ⇒ (iii) et (iii) ⇒ (i), aucune flèche ne part de (ii). On n'a démontré aucune implication dont (ii) soit l'hypothèse : rien de ce qui est établi ne mène de (ii) à (i) ni à (iii), et l'équivalence n'est pas démontrée.
Définition
Caractérisation
Une caractérisation d'une notion est une propriété équivalente à sa définition, éventuellement sous des hypothèses précisées : pour une suite à termes strictement positifs, « croissante » équivaut à « unun+1≥1 pour tout n ». Une fois démontrée, elle remplace la définition dans les deux sens : pour prouver que l'objet a la propriété, et pour exploiter qu'il l'a. Hors de ses hypothèses, elle n'est plus garantie. On la reconnaît aux formulations « si et seulement si » et « condition nécessaire et suffisante » (voir la fiche « Conditions nécessaires et suffisantes »).
n pair⟺n2 pair
une caractérisation de la parité d'un entier relatif
x≥0⟺∣x∣=x
une caractérisation des réels positifs
Propriété
Équivalence sous un quantificateur
Si pour tout x∈E, P(x)⟺Q(x), alors « pour tout x∈E, P(x) » équivaut à « pour tout x∈E, Q(x) », et de même avec « il existe ». On peut donc démontrer une équivalence à x fixé, puis la conclure pour tous les x à la fois ; cela suppose que les deux assertions commencent par le même quantificateur, sur le même ensemble. Ce n'est pas le cas de « pour tout réel x, bx=0 » et de « b=0 » : ces assertions sont équivalentes, mais pour x=0 et b=0, l'équivalence bx=0⟺b=0 est fausse, et le sens direct exige de choisir une valeur, comme x=1. La réciproque de la propriété est fausse : sur R, « pour tout x, x>0 » et « pour tout x, x<0 » sont toutes deux fausses, donc équivalentes, alors que x>0⟺x<0 est fausse pour x=1.
(∀x∈E,P(x)⟺Q(x))⇒((∀x∈E,P(x))⟺(∀x∈E,Q(x)))
une équivalence démontrée pour chaque élément passe sous le « pour tout »
(∀x∈E,P(x)⟺Q(x))⇒((∃x∈E,P(x))⟺(∃x∈E,Q(x)))
et sous le « il existe »
Méthode
Démontrer une caractérisation, puis s'en servir
Quand : l'énoncé demande de montrer qu'un objet possède une propriété définie (croissante, paire, majorée…) si et seulement s'il vérifie une autre propriété, ou demande de « caractériser » cette propriété. 1) Rappeler la définition, ou la forme du cours qui en tient lieu, avec ses quantificateurs : « Rappelons que (un) est croissante si et seulement si pour tout n∈N, un+1≥un. » 2) Repérer l'hypothèse de l'énoncé qui rend l'équivalence vraie (ici un>0) ; elle sera citée au maillon où elle sert. 3) Si la définition et la propriété commencent toutes deux par « pour tout », sur le même ensemble, fixer l'élément (« Soit n∈N. »), démontrer l'équivalence pour lui, par chaîne ou par double implication, puis la conclure pour tous les éléments à la fois. Si la propriété n'a pas ce quantificateur (pour x↦ax2+bx+c, « paire » équivaut à « b=0 »), ramener d'abord la définition à une assertion quantifiée plus simple (« pour tout réel x, bx=0 »), puis montrer par double implication qu'elle équivaut à la propriété, en choisissant dans le sens direct une valeur particulière (ici x=1). 4) Conclure en énonçant la caractérisation avec son hypothèse. 5) Pour s'en servir ensuite, vérifier l'hypothèse puis remplacer la définition : « Les termes de (un) sont strictement positifs ; d'après la caractérisation, il suffit de montrer que pour tout n∈N, unun+1≥1. »
(∀n∈N,un+1≥un)⟺(∀n∈N,unun+1≥1)
la croissance écrite avec ses quantificateurs, puis la propriété qui la remplace quand tous les termes sont strictement positifs
Exemple
Rédaction modèle : caractériser la croissance d'une suite à termes strictement positifs, puis s'en servir
Soit (un)n∈N une suite de réels strictement positifs. Montrer que (un) est croissante si et seulement si pour tout n∈N, unun+1≥1. En déduire que la suite (vn) définie pour tout n∈N par vn=n+12n est croissante. Rappelons que (un) est croissante si et seulement si pour tout n∈N, un+1≥un. Soit n∈N. Par hypothèse un>0 ; or multiplier ou diviser les deux membres d'une inégalité par un réel strictement positif conserve son sens, donc un+1≥un⟺unun+1≥1. Cette équivalence est vraie pour tout n∈N, donc « pour tout n∈N, un+1≥un » équivaut à « pour tout n∈N, unun+1≥1 ». Ainsi (un) est croissante si et seulement si pour tout n∈N, unun+1≥1. Passons à la suite (vn). Pour tout n∈N, 2n>0 et n+1>0, donc vn>0 : la caractérisation s'applique à (vn). Soit n∈N. On a vnvn+1=n+22n+1×2nn+1=n+22(n+1). Or 2(n+1)−(n+2)=n≥0, donc 2(n+1)≥n+2, puis, en divisant les deux membres par n+2>0, vnvn+1≥1. Ceci vaut pour tout n∈N ; d'après la caractérisation, (vn) est croissante. À retenir : on établit l'équivalence à n fixé en citant l'hypothèse qui la rend vraie, on la conclut pour tous les n, puis, pour s'en servir, on vérifie cette hypothèse avant de remplacer la définition.
Piège
Invoquer une caractérisation hors de ses hypothèses
Ligne fautive, pour la suite définie par un=−2n : « Pour tout n∈N, unun+1=2≥1, donc (un) est croissante. » La caractérisation par le quotient n'a été établie que pour des suites à termes strictement positifs : diviser par un<0 change le sens de l'inégalité. Ici un+1−un=−2n+1+2n=−2n<0 pour tout n, et la suite est strictement décroissante. Version correcte : vérifier puis écrire l'hypothèse avant d'invoquer la caractérisation (« Les termes de (un) sont strictement positifs, donc… »), ou revenir à la définition en étudiant le signe de un+1−un.
Exercices
Exercice 1Application
Deux sens, deux hypothèses
Pour chacun des trois énoncés suivants : 1) écrire la phrase qui introduit les objets, commune aux deux sens ; 2) écrire l'ouverture « Supposons … Montrons … » du sens direct, puis celle du sens réciproque ; 3) écrire la contraposée du sens réciproque, en niant correctement son hypothèse et sa conclusion. a) Pour tout réel x, x2<x si et seulement si 0<x<1. b) Pour qu'un entier relatif n soit multiple de 6, il faut et il suffit qu'il soit multiple de 2 et de 3. c) Pour tous réels x et y strictement positifs, x<y si et seulement si x1>y1. Pour l'énoncé b), dire en outre quel sens traduit « il faut » et quel sens traduit « il suffit ».
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a) 1) Soit x∈R. Montrons l'équivalence par double implication. 2) (⇒) Supposons x2<x. Montrons que 0<x<1. (⇐) Réciproquement, supposons 0<x<1. Montrons que x2<x. 3) Le sens réciproque est « si 0<x<1, alors x2<x ». Sa contraposée suppose la négation de sa conclusion et vise la négation de son hypothèse. La négation de x2<x est x2≥x, et celle de « 0<x et x<1 » est « x≤0 ou x≥1 ». Contraposée : si x2≥x, alors x≤0 ou x≥1.
b) L'énoncé a la forme « pour que P, il faut et il suffit que Q », avec P : « n est multiple de 6 » et Q : « n est multiple de 2 et de 3 ». « Il faut que Q » dit que P entraîne Q : c'est le sens direct. « Il suffit que Q » dit que Q entraîne P : c'est le sens réciproque. 1) Soit n∈Z. Montrons l'équivalence par double implication. 2) (⇒) Supposons n multiple de 6. Montrons que n est multiple de 2 et de 3. (⇐) Réciproquement, supposons n multiple de 2 et de 3. Montrons que n est multiple de 6. 3) Contraposée du sens réciproque : si n n'est pas multiple de 6, alors n n'est pas multiple de 2 ou n n'est pas multiple de 3. Le « et » de l'hypothèse devient un « ou » dans sa négation.
c) 1) Soient x et y deux réels strictement positifs. Montrons l'équivalence par double implication. 2) (⇒) Supposons x<y. Montrons que x1>y1. (⇐) Réciproquement, supposons x1>y1. Montrons que x<y. 3) Contraposée du sens réciproque : si x≥y, alors x1≤y1. Les conditions x>0 et y>0 ne se nient pas : elles fixent le cadre, commun aux deux sens et à la contraposée.
Exercice 2Application
Compléter une chaîne d'équivalences
On veut montrer que pour tout réel x, e2x−3ex+2=0 si et seulement si x=0 ou x=ln2. 1) Compléter la rédaction suivante en remplaçant chaque crochet, de [A] à [F], par la phrase ou la justification qui convient. [A] Raisonnons par équivalences successives. e2x−3ex+2=0⟺(ex)2−3ex+2=0, [B] ; ⟺(ex−1)(ex−2)=0, [C] ; ⟺ex=1 ou ex=2, [D] ; ⟺x=0 ou x=ln2, [E]. [F] 2) Un autre étudiant rédige seulement : « Si x=0, alors e0−3e0+2=1−3+2=0 ; si x=ln2, alors e2ln2−3eln2+2=4−6+2=0. Donc e2x−3ex+2=0 si et seulement si x=0 ou x=ln2. » Quelle implication a-t-il démontrée ? Que manque-t-il, et pourquoi ce manque invalide-t-il la conclusion ?
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1) [A] Soit x∈R. [B] car e2x=(ex)2. [C] car pour tout réel X, X2−3X+2=(X−1)(X−2) ; appliquée à X=ex, cette identité montre que les deux premiers membres sont égaux. [D] car un produit de réels est nul si et seulement si l'un de ses facteurs est nul. [E] car 1=e0, 2=eln2 et, l'exponentielle étant strictement croissante sur R, pour tous réels u et v, eu=ev équivaut à u=v. [F] Ainsi, pour tout réel x, e2x−3ex+2=0 si et seulement si x=0 ou x=ln2. Chaque maillon se remonte par la règle écrite sur sa ligne : la chaîne est légitime et démontre les deux sens à la fois.
2) Les deux calculs montrent que 0 et ln2 sont solutions : ils démontrent seulement le sens réciproque, « si x=0 ou x=ln2, alors e2x−3ex+2=0 ». Il manque le sens direct : toute solution de l'équation est égale à 0 ou à ln2. C'est lui qui exclut une troisième solution, et aucune vérification de candidats ne peut le remplacer. La même rédaction « démontrerait » d'ailleurs que x3=x si et seulement si x=0 ou x=1, alors que −1 est aussi solution. La conclusion « si et seulement si » n'est donc pas justifiée.
Exercice 3Rédaction
Signe de deux réels, par leur somme et leur produit
Montrer que pour tous réels x et y, on a x≥0 et y≥0 si et seulement si x+y≥0 et xy≥0.
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Soient x et y deux réels. Montrons l'équivalence par double implication. (⇒) Supposons x≥0 et y≥0. Montrons que x+y≥0 et xy≥0. Une somme de deux réels positifs est positive, donc x+y≥0. Un produit de deux réels positifs est positif, donc xy≥0. (⇐) Montrons que si x+y≥0 et xy≥0, alors x≥0 et y≥0, par contraposée : supposons x<0 ou y<0, et montrons que x+y<0 ou xy<0. Premier cas : x<0. Si y>0, alors xy<0, car le produit d'un réel strictement négatif et d'un réel strictement positif est strictement négatif. Si y≤0, en ajoutant membre à membre x<0 et y≤0, on obtient x+y<0. Second cas : y<0. Les assertions « x+y<0 » et « xy<0 » ne changent pas quand on échange x et y ; le premier cas, appliqué en échangeant les rôles de x et de y, donne encore x+y<0 ou xy<0. Dans tous les cas, x+y<0 ou xy<0. Par contraposée, si x+y≥0 et xy≥0, alors x≥0 et y≥0. Les deux implications sont établies, donc pour tous réels x et y, x≥0 et y≥0 si et seulement si x+y≥0 et xy≥0. À retenir : dans le sens où l'hypothèse ne dit rien de chaque réel pris séparément, on contrapose ; la négation du « et » est un « ou », qui fournit les cas à traiter.
Exercice 4Rédaction
Caractériser la parité d'un trinôme
Soient a, b, c trois réels et f la fonction définie sur R par f(x)=ax2+bx+c. Montrer que f est paire si et seulement si b=0.
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Par définition, et puisque R est symétrique par rapport à 0, f est paire si et seulement si pour tout x∈R, f(−x)=f(x). Première étape, à x fixé. Soit x∈R. Raisonnons par équivalences successives. f(−x)=f(x)⟺ax2−bx+c=ax2+bx+c, en remplaçant f(−x) et f(x) par leurs expressions ; ⟺−2bx=0, en retranchant ax2+bx+c aux deux membres ; ⟺bx=0, en divisant les deux membres par −2=0. Cette équivalence vaut pour tout x∈R, donc f est paire si et seulement si pour tout x∈R, bx=0. Seconde étape. Le passage de « pour tout x∈R, bx=0 » à « b=0 » ne se fait pas à x fixé : pour x=0, l'égalité bx=0 est vraie quel que soit b. Montrons donc cette équivalence par double implication. (⇒) Supposons que pour tout x∈R, bx=0. Montrons que b=0. L'hypothèse appliquée à x=1 donne b×1=0, donc b=0. (⇐) Réciproquement, supposons b=0. Montrons que pour tout x∈R, bx=0. Soit x∈R ; alors bx=0×x=0. Ainsi f est paire si et seulement si pour tout x∈R, bx=0, ce qui équivaut à b=0 : f est paire si et seulement si b=0. À retenir : on enchaîne les équivalences tant que chaque maillon se remonte à x fixé ; dès qu'un retour exige de choisir une valeur de x, on passe à la double implication.
Exercice 5Rédaction
Trois écritures d'un encadrement
Soit x un réel. On considère les assertions : (i) 0≤x≤1 ; (ii) x2≤x ; (iii) ∣2x−1∣≤1. 1) Montrer que (i), (ii) et (iii) sont équivalentes. 2) En déduire, sans nouveau calcul, que x2>x si et seulement si ∣2x−1∣>1.
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1) Soit x∈R. Montrons (i) ⇒ (ii), (ii) ⇒ (iii) et (iii) ⇒ (i). (i) ⇒ (ii). Supposons 0≤x≤1. Montrons que x2≤x. On a x≤1 et x≥0 ; multiplier les deux membres d'une inégalité par un réel positif conserve son sens, donc x×x≤1×x, c'est-à-dire x2≤x. (ii) ⇒ (iii). Supposons x2≤x. Montrons que ∣2x−1∣≤1. En multipliant les deux membres par 4>0, on obtient 4x2≤4x, puis, en ajoutant 1−4x aux deux membres, 4x2−4x+1≤1, c'est-à-dire (2x−1)2≤1. Les réels (2x−1)2 et 1 sont positifs et la fonction racine carrée est croissante sur [0,+∞[, donc (2x−1)2≤1. Or (2x−1)2=∣2x−1∣, puisque pour tout réel y, y2=∣y∣ ; ainsi ∣2x−1∣≤1. (iii) ⇒ (i). Supposons ∣2x−1∣≤1. Montrons que 0≤x≤1. Pour tout réel y, ∣y∣≤1 équivaut à −1≤y≤1, donc −1≤2x−1≤1. En ajoutant 1, on obtient 0≤2x≤2, puis, en divisant par 2>0, 0≤x≤1. Les trois implications forment un cycle qui revient à (i) ; par transitivité de l'implication, chaque assertion implique les deux autres, donc (i), (ii) et (iii) sont équivalentes.
2) D'après 1), les assertions (ii) et (iii) sont équivalentes : elles ont même valeur de vérité, donc leurs négations aussi. Or la négation de x2≤x est x2>x, et celle de ∣2x−1∣≤1 est ∣2x−1∣>1. Ainsi x2>x si et seulement si ∣2x−1∣>1. À retenir : chaque flèche du cycle a son paragraphe, son hypothèse et son but, et la dernière revient à l'assertion de départ ; une équivalence démontrée se nie des deux côtés à la fois.
Exercice 6Trouver l'erreur
Suites arithmétiques et différences secondes
Soit (un)n∈N une suite réelle. On veut montrer que (un) est arithmétique si et seulement si pour tout n∈N, un+2−2un+1+un=0. Un étudiant rédige : « Raisonnons par équivalences successives. (un) est arithmétique ⟺ il existe r∈R tel que pour tout n∈N, un+1−un=r, par définition ; ⟺ pour tout n∈N, un+2−un+1=un+1−un, car deux écarts consécutifs sont égaux à r ; ⟺ pour tout n∈N, un+2−2un+1+un=0, en retranchant un+1−un aux deux membres. Ainsi (un) est arithmétique si et seulement si pour tout n∈N, un+2−2un+1+un=0. » Trouver l'erreur, expliquer pourquoi elle invalide la démonstration, puis rédiger une démonstration correcte.
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Erreur : le deuxième maillon, écrit avec ⟺, n'est justifié que vers le bas. Si tous les écarts valent r, deux écarts consécutifs sont bien égaux. Vers le haut, en revanche, il faut tirer de « chaque écart est égal au suivant » l'existence d'un réel r égal à tous les écarts à la fois ; la justification « car deux écarts consécutifs sont égaux à r » invoque un r qui n'existe pas encore sur cette ligne. Remonter ce maillon demande une récurrence : c'est tout le sens réciproque, que la chaîne fait passer pour évident. La rédaction ne démontre donc que le sens direct, et l'équivalence n'est pas établie.
Démonstration correcte. Montrons l'équivalence par double implication. (⇒) Supposons (un) arithmétique : il existe r∈R tel que pour tout n∈N, un+1−un=r. Montrons que pour tout n∈N, un+2−2un+1+un=0. Soit n∈N. L'hypothèse appliquée aux rangs n+1 et n donne un+2−un+1=r et un+1−un=r, donc un+2−2un+1+un=(un+2−un+1)−(un+1−un)=r−r=0. (⇐) Réciproquement, supposons que pour tout n∈N, un+2−2un+1+un=0. Montrons que (un) est arithmétique. Posons r=u1−u0 et, pour n∈N, notons P(n) l'assertion « un+1−un=r ». Montrons par récurrence que P(n) est vraie pour tout n∈N. Initialisation : u1−u0=r par définition de r, donc P(0) est vraie. Hérédité : soit n∈N tel que P(n) soit vraie. Montrons P(n+1). Par hypothèse, un+2−2un+1+un=0, donc un+2−un+1=un+1−un ; or un+1−un=r par hypothèse de récurrence, donc un+2−un+1=r, c'est-à-dire P(n+1). Par récurrence, pour tout n∈N, un+1−un=r : la suite (un) est arithmétique de raison r. Les deux implications sont établies, donc (un) est arithmétique si et seulement si pour tout n∈N, un+2−2un+1+un=0.
Exercice 7Trouver l'erreur
Comparer x et 2x
Soit x un réel strictement positif. On veut montrer que x≥4 si et seulement si x≥2x. Un étudiant rédige : « (⇒) Supposons x≥4. Montrons que x≥2x. La fonction racine carrée est croissante sur [0,+∞[, donc x≥4=2. En multipliant les deux membres par x>0, on obtient x≥2x. (⇐) Supposons x≥2x. Montrons que x≥4. Comme x≥2 et que les deux membres sont positifs, en élevant au carré, on obtient x≥4. Les deux implications sont établies, donc x≥4 si et seulement si x≥2x. » Trouver l'erreur, expliquer pourquoi elle invalide la démonstration, puis rédiger une démonstration correcte.
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Erreur : dans le sens réciproque, l'étudiant utilise x≥2. Ce fait a été obtenu dans le paragraphe (⇒) à partir de l'hypothèse x≥4, qui est précisément le but du paragraphe (⇐) : il n'y est pas disponible. Comme x≥2 équivaut à x≥4, le paragraphe suppose ce qu'il doit démontrer, et son hypothèse x≥2x n'y sert jamais. Le sens réciproque n'est pas démontré, donc l'équivalence non plus.
Démonstration correcte. Soit x un réel strictement positif. Montrons l'équivalence par double implication. (⇒) Supposons x≥4. Montrons que x≥2x. La fonction racine carrée est croissante sur [0,+∞[, donc x≥4=2. En multipliant les deux membres par x>0, on obtient x≥2x. (⇐) Réciproquement, supposons x≥2x. Montrons que x≥4. Comme x>0, on a x>0 et x=x×x ; l'hypothèse s'écrit donc x×x≥2x. En divisant les deux membres par x>0, on obtient x≥2. Les réels x et 2 sont positifs, donc, en élevant au carré, x≥4. Les deux implications sont établies, donc pour tout réel x>0, x≥4 si et seulement si x≥2x.
Exercice 8Approfondissement
Trinôme positif : quatre assertions équivalentes
Soient a, b, c trois réels avec a>0. On pose Δ=b2−4ac, x0=−2ab et, pour tout réel x, f(x)=ax2+bx+c. On admet que pour tout réel x, f(x)=a(x−x0)2−4aΔ. On considère les assertions : (i) pour tout réel x, f(x)≥0 ; (ii) Δ≤0 ; (iii) il existe deux réels α et β, avec β≥0, tels que pour tout réel x, f(x)=a(x−α)2+β ; (iv) l'équation f(x)=0, d'inconnue réelle x, admet au plus une solution. 1) Montrer que (i), (ii) et (iii) sont équivalentes. 2) Un étudiant propose : « Soit x∈R. f(x)≥0⟺a(x−x0)2−4aΔ≥0⟺−4aΔ≥0⟺Δ≤0. Donc (i) équivaut à (ii). » Désigner le maillon fautif et le mettre en défaut sur un exemple. Quelle implication entre (i) et (ii) cette chaîne permet-elle malgré tout d'établir ? 3) Quelles implications suffit-il d'ajouter à celles du 1) pour obtenir l'équivalence des quatre assertions ? Les démontrer. 4) On remplace l'hypothèse a>0 par a<0, avec les mêmes notations. Donner un trinôme qui vérifie (ii) sans vérifier (i). Laquelle des trois implications du cycle du 1) est fausse pour ce trinôme ?
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1) Montrons (i) ⇒ (ii), (ii) ⇒ (iii) et (iii) ⇒ (i) ; dans cet ordre, chaque flèche se démontre en quelques lignes. (i) ⇒ (ii). Supposons que pour tout réel x, f(x)≥0. Montrons que Δ≤0. L'hypothèse appliquée à x=x0 donne f(x0)≥0 ; or f(x0)=a×02−4aΔ=−4aΔ, donc −4aΔ≥0. En multipliant les deux membres par 4a>0, on obtient −Δ≥0, c'est-à-dire Δ≤0. (ii) ⇒ (iii). Supposons Δ≤0. Montrons l'existence de α et β. Posons α=x0 et β=−4aΔ. Comme −Δ≥0 et 4a>0, on a β≥0, et l'identité admise s'écrit : pour tout réel x, f(x)=a(x−α)2+β. (iii) ⇒ (i). Supposons qu'il existe deux réels α et β, avec β≥0, tels que pour tout réel x, f(x)=a(x−α)2+β. Montrons que pour tout réel x, f(x)≥0. Soit x∈R. Comme a>0 et (x−α)2≥0, on a a(x−α)2≥0 ; comme de plus β≥0, on obtient f(x)≥0. Le cycle revient à (i) ; par transitivité de l'implication, (i), (ii) et (iii) sont équivalentes.
2) Le deuxième maillon est fautif. À x fixé, −4aΔ≥0 entraîne bien a(x−x0)2−4aΔ≥0, puisqu'on ajoute un réel positif ; la réciproque est fausse. Exemple : a=1, b=0, c=−1, soit f(x)=x2−1, x0=0 et Δ=4 ; pour x=2, on a f(2)=3≥0, alors que −4aΔ=−1<0. La chaîne affirme donc, à x fixé quelconque, une équivalence qui est fausse pour certains x (ici x=2) ; le « donc » final passe en outre d'un énoncé sur un x fixé à l'assertion (i), qui porte sur tous les réels. Lue vers le haut, la chaîne n'emploie que des implications vraies : le premier maillon est une identité, le troisième se remonte en multipliant les deux membres de Δ≤0 par −4a1, réel strictement négatif, ce qui renverse l'inégalité, et le deuxième est vrai dans ce sens. Elle démontre donc que pour tout réel x, Δ≤0 entraîne f(x)≥0, c'est-à-dire (ii) ⇒ (i). Le sens (i) ⇒ (ii) ne s'obtient pas à x fixé : il exige de choisir x=x0, comme au 1).
3) Grâce au 1), il suffit de pouvoir aller, en suivant les flèches, de (iv) à l'une des trois premières assertions et de l'une d'elles à (iv). Deux implications suffisent, par exemple (ii) ⇒ (iv) et (iv) ⇒ (ii) : (iv) mène alors à (ii), donc à (i) et à (iii), et chacune de (i), (ii), (iii) mène à (ii), donc à (iv). (ii) ⇒ (iv). Supposons Δ≤0. Montrons que l'équation f(x)=0 admet au plus une solution ; pour cela, il suffit de montrer que toute solution est égale à x0. Soit x un réel tel que f(x)=0. L'identité admise donne a(x−x0)2=4aΔ. Le membre de gauche est positif et, comme Δ≤0 et 4a>0, celui de droite est négatif ; ils sont donc nuls tous les deux. Comme a=0, on obtient (x−x0)2=0, d'où x=x0. Toute solution est égale à x0, donc l'équation admet au plus une solution. (iv) ⇒ (ii). Montrons-le par contraposée : supposons Δ>0 et montrons que l'équation f(x)=0 admet au moins deux solutions distinctes. Posons x1=x0−2aΔ et x2=x0+2aΔ. Comme Δ>0 et 2a>0, on a x1<x2, donc x1=x2. Pour k∈{1,2}, (xk−x0)2=4a2Δ, donc f(xk)=a×4a2Δ−4aΔ=0. Par contraposée, si l'équation admet au plus une solution, alors Δ≤0. Les quatre assertions sont donc équivalentes.
4) Prenons a=−1, b=0, c=−1, soit f(x)=−x2−1. Alors Δ=0−4×(−1)×(−1)=−4≤0 : (ii) est vraie. Mais f(0)=−1<0 : (i) est fausse. L'assertion (iii) est fausse elle aussi : si l'on avait f(x)=−(x−α)2+β pour tout réel x, avec β≥0, on aurait f(α)=β≥0, alors que f(α)=−α2−1<0. Pour ce trinôme, (i) ⇒ (ii) et (iii) ⇒ (i) sont vraies, puisque leur hypothèse est fausse ; mais (ii) ⇒ (iii) est fausse, car (ii) est vraie et (iii) fausse. C'est la flèche dont la preuve utilisait 4a>0 pour obtenir β≥0. Une caractérisation ne vaut que sous les hypothèses où elle a été démontrée : ici, a>0.
QCM
12 questions : clique sur une réponse pour voir la correction.
Question 1
Pour montrer que pour tout réel x, x2+6=5x si et seulement si x=2 ou x=3, une copie calcule 22+6=10=5×2 et 32+6=15=5×3, puis conclut à l'équivalence. Que manque-t-il ?
Question 2
Pour montrer que pour tout réel x, x=3 si et seulement si x2−6x+9=0, une copie rédige : « (⇐) Supposons x2−6x+9=0. Montrons que x=3. Comme x=3, on a x2−6x+9=9−18+9=0, ce qui est bien l'hypothèse. » Quelle est la faute ?
Question 3
On veut montrer que pour tout entier relatif n, n est multiple de 3 si et seulement si n2 est multiple de 3. Le sens direct est établi. Quelle ouverture démontre le sens réciproque par contraposée ?
Question 4
Une copie a démontré les deux sens de « pour tout réel x>0, lnx>0 si et seulement si x>1 », après avoir écrit « Soit x un réel strictement positif ». Quelle dernière ligne convient ?
Question 5
Lequel de ces énoncés se démontre par une chaîne d'équivalences dont chaque maillon se remonte par une règle citée ?
Question 6
Pour montrer que trois assertions (i), (ii) et (iii) sont équivalentes, lequel de ces lots d'implications démontrées suffit ?
Question 7
Énoncé : « Pour qu'un triangle ABC soit rectangle en A, il faut et il suffit que BC2=AB2+AC2. » Quelle phrase ouvre le paragraphe qui démontre « il suffit » ?
Question 8
Pour un réel x vérifiant x≥2, quelle phrase est correctement rédigée ?
Question 9
Pour un réel x=0, une copie écrit : xx+1≤2⟺1+x1≤2⟺x1≤1⟺1≤x. Où est la faute ?
Question 10
Pour une fonction f dérivable sur un intervalle I, f est croissante sur I si et seulement si f′(x)≥0 pour tout x∈I. Une copie écrit : « Pour f(x)=−x1, on a f′(x)=x21>0 pour tout x∈R∗, donc f est croissante sur R∗. » Où est la faute ?
Question 11
Pour démontrer P⟺Q, une copie démontre P⇒Q, puis, « pour l'autre sens », non Q⇒non P. Qu'a-t-elle établi ?
Question 12
Soient f et g deux fonctions de R dans R. On sait seulement que « pour tout réel x, f(x)≥0 » équivaut à « pour tout réel x, g(x)≥0 ». Que peut-on en déduire ?