Établir une inégalité par des étapes licites et justifiées : signe d'une différence, opérations autorisées, fonction auxiliaire, valeur absolue, majoration, encadrement et cas d'égalité.
En français mathématique, positif signifie ≥0 et strictement positif signifie >0 ; une inégalité large s'écrit avec ≤ ou ≥, une inégalité stricte avec < ou >. Majorer une expression A, c'est établir A≤M pour une quantité connue M, appelée majorant ; minorer, c'est établir m≤A ; encadrer, c'est faire les deux à la fois. Une majoration n'a pas à être la meilleure possible : elle doit être vraie et suffire au but. Dans une rédaction, « donc » introduit l'inégalité déduite, « car » ou « puisque » la règle et l'hypothèse qui autorisent le passage (« car c>0 »), et « a fortiori » signale qu'on affaiblit une inégalité déjà obtenue.
m≤A≤M
encadrer : un minorant et un majorant de la même expression
x≥0
se lit « positif » en français, zéro compris
Propriété
Comparer deux réels par le signe de leur différence
Pour tous réels a et b, a≤b si et seulement si b−a≥0, et a<b si et seulement si b−a>0. Démontrer une inégalité revient donc à montrer qu'un seul réel, la différence, est positif : la comparaison de deux expressions devient une étude de signe. On calcule B−A plutôt que A−B pour que le but s'énonce « positif », et on factorise cette différence, car le signe d'un produit ou d'un quotient se lit sur ses facteurs.
a≤b⟺b−a≥0
comparer, c'est étudier le signe de la différence
a<b⟺b−a>0
la version stricte demande une différence strictement positive
Méthode
Démontrer une inégalité par le signe de la différence factorisée
Quand l'utiliser : les deux membres sont des expressions algébriques (polynômes, fractions rationnelles) qu'aucune chaîne évidente ne relie, ou l'énoncé demande aussi le cas d'égalité. On part de la différence et on arrive à son signe. On ne part pas de l'inégalité à démontrer pour en déduire une inégalité vraie : si l'on transforme le but, chaque passage doit être une équivalence annoncée. 1) Introduire les objets et annoncer le calcul dans le sens du but : « Soit x∈I. Calculons B−A. » 2) Transformer B−A par une chaîne d'égalités (même dénominateur, développement, identité remarquable) jusqu'à une forme factorisée. 3) Donner le signe de chaque facteur, chacun avec sa raison : « x−1≥0 car x≥1 », « x2+1>0 comme somme d'un carré et d'un réel strictement positif ». 4) En déduire le signe de B−A par la règle des signes : « donc B−A≥0, comme produit de deux réels positifs ». 5) Revenir à l'énoncé, quantificateur compris : « Ainsi, pour tout x∈I, A≤B. » 6) Si le cas d'égalité est demandé, le même calcul le donne : A=B si et seulement si B−A=0, c'est-à-dire si et seulement si l'un des facteurs du numérateur s'annule.
B−A=uv(u≥0,v≥0)
la différence mise sous forme de produit, chaque facteur de signe justifié
B−A≥0
le but reformulé : un seul réel à rendre positif
Exemple
Rédaction modèle : le produit de deux réels et la demi-somme de leurs carrés
Montrer que pour tous réels a et b, ab≤2a2+b2, avec égalité si et seulement si a=b. Soient a et b deux réels. Calculons la différence du membre de droite et du membre de gauche : 2a2+b2−ab=2a2−2ab+b2=2(a−b)2. Le réel (a−b)2 est un carré, donc il est positif ; en divisant par 2>0, on obtient 2(a−b)2≥0. Ainsi 2a2+b2−ab≥0, c'est-à-dire ab≤2a2+b2. Cas d'égalité. D'après le calcul précédent, ab=2a2+b2 si et seulement si 2(a−b)2=0, c'est-à-dire si et seulement si (a−b)2=0. Or un réel a un carré nul si et seulement s'il est nul, donc (a−b)2=0 si et seulement si a=b. Conclusion : pour tous réels a et b, ab≤2a2+b2, avec égalité si et seulement si a=b. À retenir : on calcule la différence dans le sens du but jusqu'à une forme dont le signe se lit ; la différence étant égale à cette forme par une chaîne d'égalités, elle s'annule exactement quand cette forme s'annule, et le même calcul donne le cas d'égalité.
Exemple
Rédaction modèle : une différence factorisée sur un intervalle
Montrer que pour tout réel x∈[1,2], x2+2≤3x. Soit x∈[1,2]. Calculons : 3x−(x2+2)=−(x2−3x+2)=−(x−1)(x−2)=(x−1)(2−x). Comme x≥1, on a x−1≥0. Comme x≤2, on a 2−x≥0. Le produit de deux réels positifs est positif, donc (x−1)(2−x)≥0. Ainsi 3x−(x2+2)≥0, c'est-à-dire x2+2≤3x. Conclusion : pour tout réel x∈[1,2], x2+2≤3x. À retenir : on écrit la différence comme un produit dont chaque facteur tire son signe d'une hypothèse citée ; ici, chaque borne de l'intervalle sert à exactement un facteur.
Propriété
Transitivité et chaîne d'inégalités
La relation ≤ est transitive : si a≤b et b≤c, alors a≤c ; l'écriture a≤b≤c abrège exactement ces deux inégalités. On rédige donc une inégalité comme une chaîneA≤A1≤⋯≤An≤B partant d'un membre, dont chaque maillon est justifié séparément, et la transitivité relie les deux extrémités. Tous les symboles d'une chaîne vont dans le même sens : une écriture comme a≤b≥c ne permet pas de comparer a et c. Enfin, ≤ est antisymétrique : si a≤b et b≤a, alors a=b.
A≤A1≤A2≤B
une chaîne orientée : chaque maillon justifié, la transitivité relie les extrémités
a≤b≤a⟺a=b
antisymétrie : deux inégalités larges opposées donnent l'égalité
Propriété
Inégalités strictes et larges dans une même chaîne
Dans une chaîne A≤A1≤⋯≤B, la conclusion est stricte dès qu'au moins un maillon est strict : si a<b et b≤c, alors a<c, et de même si a≤b et b<c. Si tous les maillons sont larges, on n'obtient que A≤B, même lorsque l'inégalité stricte est vraie. Une inégalité stricte entraîne l'inégalité large correspondante, jamais l'inverse : on peut affaiblir< en ≤ en cours de route, jamais renforcer ≤ en < sans nouvel argument.
a<b≤c
un seul maillon strict suffit à conclure strictement
a≤b≤c
maillons tous larges : conclusion large seulement
Propriété
Additionner des inégalités de même sens
On peut ajouter un même réel aux deux membres : si a≤b, alors a+c≤b+c pour tout réel c, sans condition de signe. On peut additionner membre à membre deux inégalités de même sens : si a≤b et c≤d, alors a+c≤b+d, et la somme est stricte dès que l'une des deux l'est. La preuve tient en une ligne : (b+d)−(a+c)=(b−a)+(d−c) est une somme de deux réels positifs. Deux inégalités de sens contraires ne s'additionnent pas.
a+c≤b+d(a≤b,c≤d)
on additionne membre à membre deux inégalités de même sens
Propriété
Multiplier par un réel de signe connu
Soient a, b, c trois réels tels que a≤b. Si c≥0, alors ac≤bc : le sens est conservé ; si c≤0, alors ac≥bc : le sens est renversé, car bc−ac=(b−a)c a le signe de c. Pour transporter une inégalité strictea<b, il faut c>0 (sens conservé) ou c<0 (sens renversé), puisque c=0 donne ac=bc. Le signe de c doit donc être établi avant la multiplication. Diviser par c=0 revient à multiplier par c1, qui a le signe de c.
ac≤bc(a≤b,c≥0)
multiplier par un positif conserve le sens
ac≥bc(a≤b,c≤0)
multiplier par un négatif renverse le sens
Propriété
Multiplier membre à membre des inégalités entre positifs
Si 0≤a≤b et 0≤c≤d, alors ac≤bd : on multiplie membre à membre des inégalités de même sens entre réels positifs. La preuve enchaîne deux multiplications de signe connu : ac≤bc car c≥0, puis bc≤bd car b≥0. La condition de signe ne peut pas être omise : −3≤1 et −3≤2, mais (−3)×(−3)=9 dépasse 1×2=2. Ainsi, pour majorer un produit, on majore chaque facteur après avoir montré que chaque facteur est positif ; pour le minorer, on minore chaque facteur par un réel positif.
ac≤bd(0≤a≤b,0≤c≤d)
produit membre à membre, permis seulement entre positifs
ac≤bc≤bd
la preuve : deux multiplications par des positifs, enchaînées
Propriété
Passer à l'inverse ou au carré
La fonction inverse est strictement décroissante sur ]0,+∞[ et sur ]−∞,0[ : si 0<a≤b, ou si a≤b<0, alors b1≤a1. Entre deux réels de signes contraires, le sens n'est pas renversé : −1≤2 et −11≤21. La fonction carré est strictement croissante sur [0,+∞[ et strictement décroissante sur ]−∞,0] : si 0≤a≤b, alors a2≤b2, et si a≤b≤0, alors a2≥b2 ; la racine carrée est strictement croissante sur [0,+∞[. Entre deux réels positifs, on a donc l'équivalence a≤b⟺a2≤b2, qui permet de comparer deux positifs en comparant leurs carrés.
b1≤a1(0<a≤b)
inverser entre strictement positifs renverse le sens
a≤b⟺a2≤b2(a≥0,b≥0)
entre positifs, deux réels et leurs carrés sont rangés dans le même ordre
Propriété
Appliquer une fonction monotone aux deux membres
Soient f une fonction définie sur un intervalle I, et a, b deux éléments de I tels que a≤b. Si f est croissante sur I, alors f(a)≤f(b) ; si elle est décroissante sur I, alors f(a)≥f(b) ; une fonction seulement croissante transforme a<b en f(a)≤f(b), pas mieux. Si f est strictement croissante sur I, on obtient des équivalences : a≤b⟺f(a)≤f(b) et a<b⟺f(a)<f(b) ; c'est ce qui autorise à appliquer ln ou exp aux deux membres. La rédaction nomme la fonction, sa monotonie et l'intervalle qui contient les deux membres : « la fonction ln étant strictement croissante sur ]0,+∞[ ».
a≤b⟺f(a)≤f(b)
valable pour une fonction strictement croissante sur un intervalle contenant les deux membres
a≤b⟺lna≤lnb(a>0,b>0)
cas type : prendre le logarithme de deux réels strictement positifs
Propriété
Soustraire ou diviser des inégalités : ce qui est interdit
De a≤b et c≤d, on ne peut pas déduire a−c≤b−d : 0≤1 et 0≤5, mais 0−0≤1−5 est faux. On soustrait en ajoutant l'opposé : c≤d donne −d≤−c, puis la somme de même sens donne a−d≤b−c ; pour minorer une différence, on retranche un majorant du second terme. Entre réels strictement positifs, a≤b et c≤d n'entraînent pas davantage ca≤db (1≤2 et 1≤4, mais 1≤21 est faux) : on passe à l'inverse, d1≤c1, puis on multiplie entre positifs pour obtenir da≤cb. Il n'existe aucune règle de soustraction ni de division membre à membre : on les ramène toujours à une somme et à un produit.
a−d≤b−c(a≤b,c≤d)
pour soustraire, on croise : le petit moins le grand, le grand moins le petit
da≤cb(0<a≤b,0<c≤d)
pour diviser entre positifs, on croise de la même façon
Formulaire
Opérations sur une inégalité et leurs conditions
Sauf mention contraire, chaque ligne part de a≤b et donne, entre parenthèses, la condition à écrire sur la copie avant d'opérer. Parmi les opérations algébriques, seuls l'ajout d'un réel et la somme d'inégalités de même sens se passent de condition de signe ; appliquer une fonction monotone exige seulement que les deux membres appartiennent à un intervalle où elle est monotone. La soustraction et la division membre à membre n'y figurent pas : elles n'existent pas.
a+c≤b+c
ajouter un même réel : aucune condition
a+c≤b+d(c≤d)
additionner une inégalité de même sens : aucune condition de signe
ac≤bc(c≥0)
multiplier par un positif : sens conservé
ac≥bc(c≤0)
multiplier par un négatif : sens renversé
ac≤bd(a≥0,0≤c≤d)
multiplier membre à membre : entre positifs seulement
b1≤a1(a>0 ou b<0)
inverser deux membres non nuls de même signe : sens renversé
a2≤b2(a≥0)
élever au carré deux membres positifs : sens conservé
a2≥b2(b≤0)
élever au carré deux membres négatifs : sens renversé
a≤b(a≥0)
prendre la racine carrée de deux membres positifs
f(a)≤f(b)(f croissante sur un intervalle contenant a et b)
appliquer une fonction croissante ; une fonction décroissante renverse le sens
vu≤mM(0≤u≤M,0<m≤v)
majorer une fraction : numérateur majoré, dénominateur minoré par un strictement positif
Méthode
Annoncer le signe avant de multiplier, d'inverser ou d'élever au carré
Quand l'utiliser : chaque fois qu'on s'apprête à multiplier ou diviser les deux membres par une expression, à passer à l'inverse, au carré ou à la racine carrée. Le signe se justifie avant l'opération, jamais après ni « par évidence ». 1) Écrire l'inégalité de départ, avec sa justification. 2) Annoncer le signe requis et sa raison : « Comme n≥1, on a n2>0 », « les deux membres sont strictement positifs ». 3) Effectuer l'opération en citant la règle : « en multipliant par c>0, le sens est conservé », « la fonction inverse étant strictement décroissante sur ]0,+∞[ », « la fonction carré étant strictement croissante sur [0,+∞[ ». 4) Écrire l'inégalité obtenue, sens renversé si la règle l'impose. 5) Si le signe dépend de la variable, distinguer les cas avant d'opérer (voir fdm-disjonction-cas). Pour montrer u≤v par les carrés : établir d'abord u≥0 et v≥0, puis écrire « les deux membres étant positifs, l'inégalité voulue équivaut à u2≤v2 », et démontrer cette dernière inégalité.
u≤v⟺u2≤v2(u≥0,v≥0)
on ne compare les carrés qu'après avoir établi le signe des deux membres
c>0
le signe du multiplicateur, écrit et justifié avant l'opération
Exemple
Rédaction modèle : comparer deux inverses
Montrer que pour tout entier n≥1, n2+n+11≤n21. Soit n un entier tel que n≥1. Comme n≥1, on a n+1>0 ; en ajoutant n2 aux deux membres, on obtient n2<n2+n+1. Annonçons le signe des deux membres : comme n≥1, l'entier n est non nul, donc n2>0, et par suite n2+n+1>n2>0. Les deux membres de l'inégalité n2<n2+n+1 sont strictement positifs et la fonction inverse est strictement décroissante sur ]0,+∞[, donc n2+n+11<n21. Une inégalité stricte entraîne l'inégalité large, donc n2+n+11≤n21. Conclusion : pour tout entier n≥1, n2+n+11≤n21. À retenir : avant de passer à l'inverse, on écrit que les deux membres sont strictement positifs et on nomme la décroissance de la fonction inverse sur ]0,+∞[.
Exemple
Rédaction modèle : passer au carré entre deux positifs
Montrer que pour tout réel x≥0, 1+x≤1+2x. Soit x un réel tel que x≥0. Signe du membre de gauche : comme 1+x≥1>0, le réel 1+x est défini et positif. Signe du membre de droite : comme x≥0, on a 1+2x≥1, donc 1+2x est positif. Réduction aux carrés : la fonction carré étant strictement croissante sur [0,+∞[, deux réels positifs sont rangés dans le même ordre que leurs carrés. Les deux membres étant positifs, l'inégalité voulue équivaut donc à (1+x)2≤(1+2x)2, c'est-à-dire à 1+x≤(1+2x)2. Comparaison des carrés : (1+2x)2−(1+x)=1+x+4x2−1−x=4x2, et 4x2≥0 comme quotient d'un carré par 4>0. Donc 1+x≤(1+2x)2, et d'après l'équivalence précédente, 1+x≤1+2x. Conclusion : pour tout réel x≥0, 1+x≤1+2x. À retenir : on établit le signe des deux membres avant de passer au carré ; c'est ce signe qui fait du passage au carré une équivalence.
Piège
Multiplier par une quantité de signe inconnu
Ligne fautive : « Soit x un réel non nul tel que x1≤1. En multipliant par x, on obtient 1≤x. » Le sens n'est conservé que si x>0, et rien ne le garantit : pour x=−2, on a bien x1=−21≤1, mais 1≤−2 est faux. Version correcte : « Si x>0, multiplier par x>0 conserve le sens, et l'on revient en arrière en multipliant par x1>0 : l'inégalité x1≤1 équivaut à 1≤x. Si x<0, multiplier par x<0 renverse le sens, et multiplier par x1<0 le renverse de nouveau : l'inégalité équivaut à 1≥x, qui est vraie pour tout x<0. » Ainsi x1≤1 équivaut à x<0 ou x≥1 : on sépare les cas selon le signe du multiplicateur avant de multiplier, et l'on justifie que chaque passage est réversible avant d'écrire « équivaut ».
Piège
Passer à l'inverse ou au carré sans condition de signe
Ligne fautive : « Comme x≤2, on a x1≥21. » ou « Comme x≥−3, on a x2≥9. » La fonction inverse ne renverse le sens qu'entre deux réels non nuls de même signe ; la fonction carré conserve le sens entre positifs, le renverse entre négatifs et ne dit rien entre réels de signes contraires. Pour x=−1, on a x≤2 mais x1=−1<21 ; pour x=0, on a x≥−3 mais x2=0<9. Version correcte pour l'inverse : « Soit x∈]0,2]. Comme 0<x≤2, les deux membres sont strictement positifs et la fonction inverse est strictement décroissante sur ]0,+∞[, donc x1≥21. » Version correcte pour le carré : « Soit x∈[−3,0]. Comme −3≤x≤0, les deux membres sont négatifs et la fonction carré est strictement décroissante sur ]−∞,0] : le sens est renversé, donc x2≤9. » Sans signe connu, on ne passe ni à l'inverse ni au carré : on distingue les cas, ou l'on revient au signe d'une différence.
Propriété
Majorer ou minorer une fraction
Si 0≤a≤a′ et 0<b′≤b, alors ba≤b′a′ : pour majorer une fraction à termes positifs, on majore le numérateur et on minore le dénominateur par un réel strictement positif. Preuve : ba≤ba′ en multipliant a≤a′ par b1>0, puis ba′≤b′a′ en multipliant par a′≥0 l'inégalité b1≤b′1, obtenue par passage à l'inverse entre strictement positifs. Pour minorer la fraction, on fait l'inverse : on minore le numérateur par un positif et on majore le dénominateur. Sur la copie, on écrit les deux conditions de signe avant d'assembler.
ba≤b′a′(0≤a≤a′,0<b′≤b)
numérateur agrandi, dénominateur diminué mais strictement positif : fraction agrandie
ba≤ba′≤b′a′
la chaîne qui justifie la règle, un morceau à la fois
Méthode
Encadrer une expression morceau par morceau
Quand l'utiliser : l'énoncé demande d'encadrer, de majorer ou de minorer une expression lorsque la variable parcourt un intervalle, et cette expression est une somme, un produit ou un quotient de morceaux simples. 1) Écrire l'hypothèse sur la variable : « Soit x∈[α,β], de sorte que α≤x≤β. » 2) Découper l'expression en morceaux : termes d'une somme, facteurs d'un produit, numérateur et dénominateur d'un quotient. 3) Encadrer chaque morceau séparément à partir de l'encadrement de x, chaque passage justifié par une règle (ajout d'un réel, fonction monotone sur un intervalle, multiplication par un réel de signe connu). 4) Établir le signe des morceaux qu'on va multiplier ou inverser : les règles du produit et du quotient ne valent qu'entre positifs. 5) Assembler. Une somme s'encadre par la somme des bornes ; une différence u−v se minore par un minorant de u moins un majorant de v ; un produit de positifs se majore par le produit des majorants, et se minore par le produit des minorants à condition que ces minorants soient eux-mêmes positifs ; un quotient de positifs se majore par un majorant du numérateur divisé par un minorant strictement positif du dénominateur, et se minore en croisant dans l'autre sens, avec un minorant positif du numérateur. 6) Écrire l'encadrement final avec son quantificateur. L'encadrement obtenu est vrai mais rarement optimal, car les bornes des morceaux ne sont en général pas atteintes pour la même valeur de x : c'est sans importance si l'énoncé demande seulement un encadrement.
M2m1≤vu≤m2M1(0≤m1≤u≤M1,0<m2≤v≤M2)
encadrer un quotient de positifs en croisant les bornes
m1−M2≤u−v≤M1−m2(m1≤u≤M1,m2≤v≤M2)
encadrer une différence en croisant aussi les bornes
Exemple
Rédaction modèle : encadrer un quotient sur un intervalle
Soit x∈[1,2]. Encadrer x2+3x+1. Soit x∈[1,2], de sorte que 1≤x≤2. Numérateur : en ajoutant 1 aux membres de 1≤x≤2, on obtient 2≤x+1≤3. Dénominateur : les réels 1, x et 2 appartiennent à [0,+∞[, où la fonction carré est croissante, donc 1≤x2≤4 ; en ajoutant 3, on obtient 4≤x2+3≤7. Signes : x+1≥2>0 et x2+3≥4>0, donc numérateur et dénominateur sont strictement positifs. Inverse du dénominateur : par passage à l'inverse entre réels strictement positifs, 4≤x2+3≤7 donne 71≤x2+31≤41. Majoration : en multipliant x+1≤3 par x2+31>0, puis x2+31≤41 par 3>0, on obtient x2+3x+1≤x2+33≤43. Minoration : en multipliant 71≤x2+31 par 2>0, puis 2≤x+1 par x2+31>0, on obtient 72≤x2+32≤x2+3x+1. Conclusion : pour tout x∈[1,2], 72≤x2+3x+1≤43. À retenir : pour majorer un quotient de positifs, on majore le numérateur et on minore le dénominateur, et l'on croise dans l'autre sens pour le minorer, après avoir écrit que les deux sont strictement positifs.
Piège
Majorer le dénominateur pour majorer une fraction
Ligne fautive : « Soit x∈[0,1]. Comme 2−x≤2 et x+1≤2, on a x+12−x≤22=1. » Agrandir le dénominateur d'une fraction positive la diminue : majorer le dénominateur conduit à une minoration, pas à une majoration. La conclusion est d'ailleurs fausse : pour x=0, la fraction vaut 2. Version correcte : « Comme 0≤x≤1, on a 0<2−x≤2 et x+1≥1>0. Pour majorer ce quotient de positifs, on majore le numérateur et on minore le dénominateur : x+12−x≤12=2. »
Piège
Soustraire deux encadrements membre à membre
Ligne fautive : « On a 1≤x≤2 et 1≤y≤3, donc 0≤x−y≤−1. » Le résultat est même absurde, puisqu'il affirme 0≤−1 : retrancher le minorant au minorant et le majorant au majorant ne correspond à aucune règle. Il en va de même pour diviser deux encadrements membre à membre. Version correcte : « De 1≤y≤3, on déduit, en multipliant par −1<0, −3≤−y≤−1. En additionnant membre à membre avec 1≤x≤2, inégalités de même sens, on obtient −2≤x−y≤1. » Toute soustraction se réécrit comme l'addition d'un opposé, dont l'encadrement a ses bornes échangées.
Méthode
Repérer un maillon strict pour conclure strictement
Quand l'utiliser : l'énoncé demande une inégalité stricte, ou l'on hésite entre < et ≤ au moment de conclure. 1) Écrire la chaîne complète A≤A1≤⋯≤B et numéroter ses maillons, chacun avec sa justification. 2) Pour chaque maillon, se demander s'il est strict pour toutes les valeurs de la variable, et pour quelle raison : une hypothèse stricte (x>0) transportée par des opérations qui conservent le caractère strict (somme, multiplication par un réel strictement positif, fonction strictement monotone), ou un écart numérique (32<1). 3) Si au moins un maillon est strict, conclure en le citant : « le maillon (2) étant strict, A<B ». 4) Si tous les maillons sont larges, conclure seulement A≤B. Pour obtenir mieux, soit resserrer un maillon (conserver une hypothèse stricte qu'on avait affaiblie), soit montrer que les maillons ne sont jamais des égalités en même temps, puisque la chaîne n'est une égalité que si chacun d'eux l'est. Un maillon qui devient une égalité pour une seule valeur de la variable ne compte pas comme strict.
A≤A1<A2≤B
un maillon strict cité suffit pour conclure strictement
A=B⟺(A=A1 et A1=B)(A≤A1≤B)
une chaîne large n'est une égalité que si chaque maillon en est une ; des cas d'égalité incompatibles rendent donc la conclusion stricte
Exemple
Rédaction modèle : décider si une majoration est stricte
Soit x∈[0,1]. Montrer que x+3x2+x<1, puis que x+3x2+x<32. Soit x∈[0,1], de sorte que 0≤x≤1. Comme 0≤x≤1 et que la fonction carré est croissante sur [0,+∞[, on a x2≤1 ; en ajoutant x≤1, on obtient x2+x≤2. Le dénominateur vérifie x+3≥3>0. Maillon (1) : en multipliant x2+x≤2 par x+31>0, on obtient x+3x2+x≤x+32. Maillon (2) : par passage à l'inverse entre réels strictement positifs, x+3≥3 donne x+31≤31, puis, en multipliant par 2>0, x+32≤32. Maillon (3) : 32<1. Première inégalité : la chaîne x+3x2+x≤x+32≤32<1 contient le maillon strict (3), donc x+3x2+x<1. Seconde inégalité : les maillons (1) et (2) sont larges et ne donnent que x+3x2+x≤32. Supposons par l'absurde que x+3x2+x=32. Une chaîne de maillons larges n'est une égalité que si chaque maillon en est une, donc (1) et (2) sont des égalités. L'égalité dans (1) donne, en multipliant par x+3=0, x2+x=2, c'est-à-dire (x−1)(x+2)=0, donc x=1 puisque x+2>0. L'égalité dans (2) donne x+32=32, donc x+3=3, c'est-à-dire x=0. On aurait à la fois x=1 et x=0, ce qui est absurde. Donc x+3x2+x=32, et avec l'inégalité large, x+3x2+x<32. Conclusion : pour tout x∈[0,1], x+3x2+x<1 et x+3x2+x<32. À retenir : une conclusion stricte se justifie par un maillon strict qu'on cite, ou, à défaut, en montrant que les maillons larges ne sont jamais des égalités en même temps.
Piège
Annoncer une inégalité stricte au bout de maillons larges
Ligne fautive : « Soit x∈[0,1]. On a x2≤x et x≤1, donc x2<1. » Les deux maillons sont larges, et pour x=1 ils sont tous deux des égalités : x2=1, et la conclusion stricte est fausse. Version correcte : « On a x2≤x≤1, donc x2≤1. » Si l'énoncé exige x2<1, il faut une hypothèse stricte, par exemple x∈[0,1[ : « comme x<1, le second maillon est strict, donc x2<1 ». Le symbole de la conclusion se lit sur les maillons : strict seulement si l'un d'eux l'est pour toutes les valeurs de la variable.
Méthode
Comparer deux fonctions sur un intervalle par une fonction auxiliaire
Quand l'utiliser : il faut montrer f(x)≤g(x) pour tout x d'un intervalle I, et les deux membres mêlent des fonctions de natures différentes (ln, exp, racines, polynômes) qu'aucune manipulation algébrique ne permet de comparer. 1) Poser la fonction auxiliaire dans le sens du but : « Soit h:I→R définie par h(x)=g(x)−f(x). » Le but devient : h(x)≥0 pour tout x∈I. 2) Justifier que h est dérivable sur I par les théorèmes généraux, en nommant les opérations : somme, produit, quotient, composée. Pour une composée, vérifier que la fonction intérieure prend ses valeurs là où la fonction extérieure est dérivable. 3) Calculer h′(x) pour tout x∈I, le factoriser, et établir son signe facteur par facteur, chaque signe justifié. 4) Énoncer les variations de hsur des intervalles, en citant le lien entre signe de la dérivée et monotonie (théorème traité en ana-accroissements-finis). 5) Choisir une valeur de référencex0∈I en laquelle h atteint son minimum : en général le point où h′ passe du signe négatif au signe positif, ou une borne de I si h est monotone sur I (la borne gauche si h est croissante, la borne droite si elle est décroissante). Calculer h(x0), qui doit être positif. 6) Comparer h(x) à h(x0) de chaque côté de x0 (d'un seul côté si x0 est une borne de I) : « Si x≤x0, les réels x et x0 appartiennent à un intervalle où h est décroissante, donc h(x)≥h(x0). » Rédiger de même le cas x≥x0. 7) Conclure : « Pour tout x∈I, h(x)≥0, c'est-à-dire f(x)≤g(x). » Un tableau de variations peut résumer les étapes 3) à 5) ; il ne remplace aucune de leurs phrases.
h=g−f
la fonction auxiliaire, orientée pour que le but soit sa positivité
h(x)≥h(x0)≥0
la monotonie compare à la valeur de référence, qui apporte le signe
Exemple
Rédaction modèle : l'étude complète d'une fonction auxiliaire
Montrer que pour tout réel x>−1, ln(1+x)≤x. Pour tout réel x>−1, on a 1+x>0, ce qui permet de poser h:]−1,+∞[→R, x↦x−ln(1+x). Dérivabilité : la fonction x↦1+x est dérivable sur ]−1,+∞[ et à valeurs dans ]0,+∞[, où ln est dérivable ; par composition, x↦ln(1+x) est dérivable sur ]−1,+∞[, puis h l'est comme différence de fonctions dérivables. Dérivée : pour tout x>−1, h′(x)=1−1+x1=1+xx. Signe : comme 1+x>0, h′(x) est du signe de x, donc h′(x)≤0 pour tout x∈]−1,0] et h′(x)≥0 pour tout x∈[0,+∞[. Variations : la dérivée étant négative sur l'intervalle ]−1,0], h est décroissante sur ]−1,0] ; la dérivée étant positive sur l'intervalle [0,+∞[, h est croissante sur [0,+∞[. Valeur de référence : h(0)=0−ln1=0. Comparaison : soit x>−1. Si x≤0, les réels x et 0 appartiennent à ]−1,0], où h est décroissante, donc h(x)≥h(0)=0. Si x≥0, les réels 0 et x appartiennent à [0,+∞[, où h est croissante, donc h(x)≥h(0)=0. Dans les deux cas, h(x)≥0, c'est-à-dire x−ln(1+x)≥0. Conclusion : pour tout réel x>−1, ln(1+x)≤x. À retenir : dérivabilité justifiée, signe de h′ expliqué, variations énoncées sur des intervalles, puis comparaison de h(x) à la valeur de référence h(0)=0 de part et d'autre de 0.
Piège
Conclure qu'une fonction est positive parce qu'elle est croissante
Ligne fautive : « Soit h:x↦ex−1−x. Pour tout x≥0, h′(x)=ex−1≥0, donc h est croissante sur [0,+∞[, donc h(x)≥0. » La croissance compare h(x) à d'autres valeurs de h ; elle ne donne à elle seule aucun signe : x↦x−5 est croissante sur [0,+∞[ et vaut −5 en 0. Il manque la valeur de référence. Version correcte : « La fonction h:x↦ex−1−x est dérivable sur R comme somme de fonctions dérivables. Pour tout x≥0, h′(x)=ex−1≥0, car ex≥e0=1 par croissance de l'exponentielle. Donc h est croissante sur [0,+∞[. Or h(0)=1−1−0=0. Pour tout x≥0, comme h est croissante sur [0,+∞[, on a h(x)≥h(0)=0. »
Piège
Remplacer la justification par un tableau de variations muet
Ligne fautive : un tableau de variations de h:x↦x−ln(1+x), flèche descendante jusqu'à la valeur 0 puis flèche montante, suivi de « D'après le tableau, h≥0. » Le tableau n'explique ni pourquoi h est dérivable, ni d'où vient le signe de h′, ni pourquoi ce signe donne les variations, ni comment la valeur en 0 fournit la conclusion : le correcteur ne peut vérifier aucune étape. Version correcte : « La fonction h est dérivable sur ]−1,+∞[ par composition et différence, et h′(x)=1+xx est du signe de x puisque 1+x>0. Donc h est décroissante sur ]−1,0] et croissante sur [0,+∞[. Comme h(0)=0, on a h(x)≥h(0)=0 aussi bien pour x≤0 que pour x≥0. » Le tableau peut accompagner ces phrases ; il ne les remplace pas.
Propriété
Valeur absolue : les outils à citer
Ces résultats sont démontrés dans le thème ana-nombres-reels ; on les cite ici comme outils de rédaction. Pour r≥0, ∣x−a∣≤r équivaut à a−r≤x≤a+r : la distance de x à a vaut au plus r. On a ∣uv∣=∣u∣∣v∣, l'inégalité triangulaire∣u+v∣≤∣u∣+∣v∣, et sa seconde forme ∣∣u∣−∣v∣∣≤∣u−v∣, qui sert à minorer. Enfin, si m≤u≤M, alors ∣u∣≤max(∣m∣,∣M∣).
∣x−a∣≤r⟺a−r≤x≤a+r
une valeur absolue majorée se traduit en encadrement
∣u+v∣≤∣u∣+∣v∣
inégalité triangulaire : on majore une somme terme à terme
∣∣u∣−∣v∣∣≤∣u−v∣
seconde forme : l'écart des valeurs absolues est au plus la valeur absolue de l'écart
∣u∣≤max(∣m∣,∣M∣)(m≤u≤M)
borner une valeur absolue à partir d'un encadrement
Méthode
Traduire une valeur absolue et majorer par l'inégalité triangulaire
Quand l'utiliser : une hypothèse ou le but contient une valeur absolue, typiquement « soit x tel que ∣x−a∣≤r » ou « majorer ∣u∣ » (outils démontrés en ana-nombres-reels). 1) Traduire l'hypothèse en encadrement, les deux moitiés comprises : « ∣x−a∣≤r, c'est-à-dire a−r≤x≤a+r. » 2) Si le but porte sur la valeur absolue d'un produit, factoriser pour faire apparaître la quantité contrôlée, souvent ∣x−a∣, puis écrire ∣uv∣=∣u∣∣v∣. 3) Encadrer d'abord x, puis chaque facteur restant à partir de cet encadrement, et en déduire une borne de sa valeur absolue : si m≤u≤M, alors ∣u∣≤max(∣m∣,∣M∣). 4) Si le but porte sur la valeur absolue d'une somme, la majorer par l'inégalité triangulaire, « ∣u+v+w∣≤∣u∣+∣v∣+∣w∣ », puis majorer chaque terme séparément. 5) Assembler par produit d'inégalités entre positifs (une valeur absolue est positive) ou par somme d'inégalités de même sens. 6) Conclure par l'inégalité demandée, écrite comme dans l'énoncé. Une différence se majore aussi par une somme, ∣u−v∣≤∣u∣+∣v∣ ; la forme ∣∣u∣−∣v∣∣≤∣u−v∣ sert à minorer∣u−v∣.
∣x−a∣≤r⟺a−r≤x≤a+r
la traduction à écrire avant tout calcul, les deux moitiés comprises
∣u+v+w∣≤∣u∣+∣v∣+∣w∣
inégalité triangulaire : on majore une somme terme à terme
Exemple
Rédaction modèle : contrôler une expression près d'un point
Soit x un réel tel que ∣x−2∣≤1. Montrer que ∣x2−4∣≤5∣x−2∣. Soit x un réel tel que ∣x−2∣≤1. L'hypothèse s'écrit 2−1≤x≤2+1, c'est-à-dire 1≤x≤3. On factorise : x2−4=(x−2)(x+2), donc ∣x2−4∣=∣x−2∣∣x+2∣. En ajoutant 2 aux membres de 1≤x≤3, on obtient 3≤x+2≤5. En particulier x+2≥3>0, donc ∣x+2∣=x+2, et ainsi ∣x+2∣≤5. Le réel ∣x−2∣ est positif ; en multipliant l'inégalité ∣x+2∣≤5 par ∣x−2∣, on obtient ∣x−2∣∣x+2∣≤5∣x−2∣. Comme ∣x2−4∣=∣x−2∣∣x+2∣, on obtient ∣x2−4∣≤5∣x−2∣. Conclusion : pour tout réel x tel que ∣x−2∣≤1, ∣x2−4∣≤5∣x−2∣. À retenir : on traduit l'hypothèse en encadrement de x avant de borner le facteur ∣x+2∣, puis on multiplie par la valeur absolue restante, qui est positive.
Exemple
Rédaction modèle : majorer une somme par l'inégalité triangulaire
Soient x∈[−1,2] et y∈[−3,1]. Montrer que ∣xy−2x+y∣≤13. Soient x∈[−1,2] et y∈[−3,1]. Bornons ∣x∣ : on a −2≤−1≤x≤2, donc −2≤x≤2, c'est-à-dire ∣x∣≤2. Bornons ∣y∣ : on a −3≤y≤1≤3, donc −3≤y≤3, c'est-à-dire ∣y∣≤3. Par l'inégalité triangulaire, ∣xy−2x+y∣≤∣xy∣+∣−2x∣+∣y∣=∣x∣∣y∣+2∣x∣+∣y∣. Les réels ∣x∣ et ∣y∣ sont positifs et majorés respectivement par 2 et 3 ; par produit d'inégalités entre positifs, ∣x∣∣y∣≤2×3=6. En multipliant ∣x∣≤2 par 2>0, on obtient 2∣x∣≤4. En additionnant les trois inégalités de même sens ∣x∣∣y∣≤6, 2∣x∣≤4 et ∣y∣≤3, on obtient ∣x∣∣y∣+2∣x∣+∣y∣≤13. Par transitivité, ∣xy−2x+y∣≤13. Conclusion : pour tous x∈[−1,2] et y∈[−3,1], ∣xy−2x+y∣≤13. À retenir : on borne la valeur absolue de chaque facteur à partir de son encadrement, puis on majore la somme terme à terme par l'inégalité triangulaire.
Piège
Ne garder qu'une moitié de l'encadrement donné par une valeur absolue
Ligne fautive : « Comme ∣x∣≤3, on a x≤3, donc x+3≤6, et ainsi ∣x+3∣≤6. » L'inégalité x≤3 est vraie mais ne garde que la moitié de l'hypothèse : elle ne dit rien des valeurs très négatives. Majorer ∣x+3∣ exige aussi de minorer x+3 ; avec la seule information x≤3, le réel x=−20 donnerait ∣x+3∣=17. Version correcte : « Comme ∣x∣≤3, on a −3≤x≤3, donc 0≤x+3≤6, et ainsi ∣x+3∣=x+3≤6. »
Piège
Écrire l'inégalité triangulaire avec une différence de valeurs absolues
Ligne fautive : « Par l'inégalité triangulaire, ∣x−3∣≤∣x∣−3. » Cette inégalité est fausse en général : pour x=0, elle affirmerait 3≤−3. L'inégalité triangulaire majore la valeur absolue d'une somme ou d'une différence par une somme de valeurs absolues ; la différence des valeurs absolues fournit une minoration. Version correcte : pour majorer, « par l'inégalité triangulaire, ∣x−3∣≤∣x∣+3 » ; pour minorer, « par la seconde forme de l'inégalité triangulaire, ∣x∣−3≤∣∣x∣−3∣≤∣x−3∣ ».
Piège
Majorer un facteur avant d'avoir encadré la variable
Ligne fautive : « Soit x tel que ∣x−2∣≤1. Alors ∣x+2∣≤∣x∣+2≤1+2=3. » L'hypothèse porte sur ∣x−2∣, pas sur ∣x∣ : la majoration ∣x∣≤1 n'a jamais été établie, et elle est fausse pour x=3, qui vérifie ∣x−2∣≤1 mais donne ∣x+2∣=5. Borner un facteur avant d'avoir encadré x revient à utiliser une borne inventée. Version correcte : « L'hypothèse ∣x−2∣≤1 s'écrit 1≤x≤3. En ajoutant 2, on obtient 3≤x+2≤5, donc x+2>0 et ∣x+2∣=x+2≤5. »
Définition
Cas d'égalité d'une inégalité
Soit une inégalité A(x)≤B(x) démontrée pour tout x d'un ensemble E. Son cas d'égalité est l'ensemble des x∈E tels que A(x)=B(x). Le déterminer, c'est démontrer une équivalence « A(x)=B(x) si et seulement si C(x) », où C(x) est une condition explicite : il faut prouver que cette condition est nécessaire et qu'elle est suffisante. Si ce cas est vide, l'inégalité est stricte en tout point de E.
A(x)=B(x)⟺C(x)
le cas d'égalité : une équivalence avec une condition explicite, prouvée dans les deux sens
Propriété
Quand une chaîne ou une somme d'inégalités larges est une égalité
Si A≤C≤B, alors A=B si et seulement si A=C et C=B : en effet, si A=B, on a A≤C≤A, donc C=A par antisymétrie. De proche en proche, une chaîne de maillons larges est une égalité si et seulement si chacun de ses maillons en est une. De même, si a≤b et c≤d, alors a+c=b+d si et seulement si a=b et c=d, car la somme des deux réels positifs b−a et d−c n'est nulle que si chacun l'est. Pour un produit, si a≤b et c≥0, on a ac=bc si et seulement si a=bouc=0.
A=B⟺(A=C et C=B)(A≤C≤B)
dans une chaîne large, l'égalité des extrémités force celle de chaque maillon
ac=bc⟺(a=b ou c=0)
après multiplication par un positif, un multiplicateur nul donne aussi l'égalité
Méthode
Déterminer le cas d'égalité maillon par maillon
Quand l'utiliser : l'énoncé demande « le cas d'égalité », « quand y a-t-il égalité ? », ou une inégalité suivie de « avec égalité si et seulement si ». 1) Reprendre la démonstration de l'inégalité et numéroter ses maillons larges : (1), (2), etc. 2) Pour chaque maillon, écrire à quelle condition il est une égalité, en revenant à l'opération qui l'a produit et sans oublier de branche : pour une somme, égalité dans chacune des inégalités ajoutées ; pour une multiplication par c≥0, égalité des membres ouc=0 ; pour une fonction strictement monotone, égalité des deux réels de départ. Contrôler chaque condition en résolvant l'égalité du maillon elle-même, sous forme factorisée. 3) Sens direct : « Supposons A=B. » Une chaîne de maillons larges n'étant une égalité que si chaque maillon en est une, en déduire une condition nécessaire. 4) Sens réciproque : « Réciproquement, supposons que [condition]. » Vérifier par le calcul que A=B. 5) Conclure : « Il y a égalité si et seulement si [condition]. » Si la preuve passe par une forme factorisée de B−A, l'égalité équivaut à l'annulation d'un facteur du numérateur, et l'on peut écrire directement des équivalences. Si les conditions de deux maillons sont incompatibles, il n'y a jamais égalité : l'inégalité est stricte.
A=B⟺A=A1=⋯=An=B(A≤A1≤⋯≤An≤B)
dans une chaîne large, l'égalité des extrémités équivaut à celle de chaque maillon ; le sens direct donne une condition nécessaire, la réciproque la confirme
Exemple
Rédaction modèle : un cas d'égalité rédigé dans les deux sens
Soit x∈[0,1]. Montrer que x3+x2≤2x, puis déterminer pour quels x∈[0,1] il y a égalité. Soit x∈[0,1], de sorte que 0≤x≤1. Inégalité (1) : en multipliant x≤1 par x≥0, on obtient x2≤x. Inégalité (2) : comme 0≤x≤1 et que la fonction carré est croissante sur [0,+∞[, on a x2≤1 ; en multipliant par x≥0, on obtient x3≤x. En additionnant (1) et (2), inégalités de même sens, on obtient x3+x2≤2x. Condition d'égalité dans (1) : x2=x équivaut à x(x−1)=0, c'est-à-dire à x∈{0,1}. Condition d'égalité dans (2) : x3=x équivaut à x(x−1)(x+1)=0, c'est-à-dire, puisque x+1>0, à x∈{0,1}. Sens direct : supposons x3+x2=2x. Alors (x−x2)+(x−x3)=0, où les deux termes sont positifs d'après (1) et (2) ; une somme de réels positifs n'est nulle que si chacun l'est, donc (1) et (2) sont des égalités, et x∈{0,1}. Sens réciproque : si x=0, alors x3+x2=0=2x ; si x=1, alors x3+x2=2=2x. Conclusion : pour tout x∈[0,1], x3+x2≤2x, avec égalité si et seulement si x=0 ou x=1. À retenir : on écrit la condition d'égalité de chaque maillon, l'égalité finale les impose toutes (sens direct), puis on vérifie par le calcul que les valeurs trouvées conviennent (sens réciproque).
Piège
Oublier qu'un multiplicateur nul crée une égalité
Ligne fautive : « L'inégalité x3≤x provient de x2≤1 multipliée par x≥0 ; elle est donc une égalité si et seulement si x2=1, c'est-à-dire x=1. » Pour x=0, on a aussi x3=0=x : en multipliant a≤b par c≥0, on obtient ac=bc dès que a=bouc=0. La condition « x=1 » est suffisante mais pas nécessaire, et la vérification de la réciproque, qui réussit pour x=1, ne révèle pas l'oubli. Version correcte : « L'inégalité x3≤x provient de x2≤1 multipliée par x≥0 ; elle est donc une égalité si et seulement si x2=1 ou x=0, c'est-à-dire, puisque x∈[0,1], si et seulement si x=1 ou x=0. » On écrit la condition complète de l'opération, puis on la contrôle en résolvant l'égalité elle-même sous forme factorisée : x3=x équivaut à x(x−1)(x+1)=0, et l'on retrouve, puisque x+1>0, x=0 ou x=1.
Exercices
Exercice 1Application
Compléter les justifications d'un encadrement
Soit x∈[2,4]. On veut encadrer A=x+26−x. Recopier la rédaction suivante en remplaçant chaque [...] par l'inégalité obtenue ou par la justification qui autorise le passage. 1) Soit x∈[2,4], de sorte que 2≤x≤4. En ajoutant 2 aux trois membres, on obtient [...]. 2) En particulier, x+2>0, car [...]. 3) Les réels 4, x+2 et 6 sont strictement positifs, et la fonction inverse est [...] sur ]0,+∞[ ; donc [...]. 4) En multipliant par 6, ce qui conserve le sens car [...], on obtient 1≤x+26≤23. 5) En multipliant 2≤x≤4 par −1, ce qui [...] car −1<0, on obtient [...]. 6) En additionnant membre à membre les encadrements obtenus en 4) et 5), ce qui est permis car [...], on obtient [...]. 7) Conclusion : [...]. 8) Pourquoi n'a-t-on pas « soustrait » l'encadrement de x à celui de x+26 ?
Voir le corrigé
1) 4≤x+2≤6. 2) x+2≥4 et 4>0 : par transitivité, x+2>0. 3) La fonction inverse est strictement décroissante sur ]0,+∞[ ; elle renverse donc le sens, et 61≤x+21≤41. 4) Le sens est conservé car 6>0. 5) Multiplier par −1 renverse le sens car −1<0, et l'on obtient −4≤−x≤−2. 6) L'addition est permise car les deux encadrements sont formés d'inégalités de même sens ; on obtient 1−4≤x+26−x≤23−2, c'est-à-dire −3≤A≤−21. 7) Pour tout x∈[2,4], −3≤x+26−x≤−21. 8) Il n'existe aucune règle de soustraction membre à membre. Retrancher minorant à minorant et majorant à majorant aurait donné 1−2≤A≤23−4, soit −1≤A≤−25, encadrement absurde puisque −1>−25. On écrit donc l'encadrement de −x, bornes échangées, puis on additionne. Remarque : ici les bornes sont atteintes, −21 en x=2 et −3 en x=4, parce que les deux morceaux atteignent leur maximum pour la même valeur x=2 et leur minimum pour la même valeur x=4 ; ce n'est pas le cas en général.
Exercice 2Application
Chaque passage est-il licite ?
Dans chacune des déductions suivantes, les lettres désignent des réels. Dire si la déduction est valable. Si oui, nommer la règle utilisée ; si non, donner un contre-exemple, puis une hypothèse supplémentaire ou une conclusion corrigée qui la rende valable. a) Si a≤b et c≤d, alors a−c≤b−d. b) Si x≤3, alors x2≤9. c) Si x≥2, alors x1≤21. d) Si a<b et c≤d, alors a+c<b+d. e) Si x≤3, alors ∣x−1∣≤2. f) Si x<y et si f est croissante sur R, alors f(x)<f(y). g) Si 0<a≤b et 0<c≤d, alors ca≤db. h) Si a<b et c≥0, alors ac<bc.
Voir le corrigé
a) Non valable. Contre-exemple : a=c=0, b=1, d=5 ; les hypothèses 0≤1 et 0≤5 sont vraies, mais a−c≤b−d s'écrit 0≤−4. Conclusion corrigée : de c≤d on tire −d≤−c, et la somme d'inégalités de même sens donne a−d≤b−c. b) Non valable. Contre-exemple : x=−4 vérifie x≤3, mais x2=16>9. Hypothèse supplémentaire : x≥0 ; alors 0≤x≤3, et la fonction carré, croissante sur [0,+∞[, donne x2≤9. c) Valable. Comme x≥2>0, les réels 2 et x sont strictement positifs, et la fonction inverse, strictement décroissante sur ]0,+∞[, renverse le sens de 2≤x. d) Valable. On additionne deux inégalités de même sens, et la somme est stricte car l'une d'elles l'est : (b+d)−(a+c)=(b−a)+(d−c) est la somme d'un réel strictement positif et d'un réel positif. e) Non valable. Contre-exemple : x=−5 vérifie x≤3, mais ∣x−1∣=6. Hypothèse supplémentaire : x≥−1 ; en effet ∣x−1∣≤2 équivaut à −1≤x≤3, dont x≤3 n'est qu'une moitié. f) Non valable. Contre-exemple : la fonction constante nulle est croissante sur R et 0<1, mais f(0)=f(1). Hypothèse supplémentaire : f strictement croissante sur R ; sans elle, seule la conclusion large f(x)≤f(y) est valable. g) Non valable. Contre-exemple : a=1, b=2, c=1, d=4 ; les hypothèses sont vraies, mais ca≤db s'écrit 1≤21. Conclusion corrigée : par passage à l'inverse entre réels strictement positifs, d1≤c1 ; en multipliant membre à membre avec a≤b, entre positifs, on obtient da≤cb. h) Non valable. Contre-exemple : a=0, b=1, c=0 donnent ac=bc=0. Hypothèse supplémentaire : c>0 ; alors bc−ac=(b−a)c est le produit de deux réels strictement positifs.
Exercice 3Rédaction
Une majoration par le signe d'une différence, avec son cas d'égalité
Montrer que pour tout réel x∈[0,2], x+2x2+4≤2, puis déterminer les réels x∈[0,2] pour lesquels il y a égalité.
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Soit x∈[0,2], de sorte que 0≤x≤2. Le dénominateur vérifie x+2≥2>0 ; il est donc non nul, et x+2x2+4 est défini. Calculons la différence du membre de droite et du membre de gauche : 2−x+2x2+4=x+22(x+2)−(x2+4)=x+22x−x2=x+2x(2−x). Comme x≥0, le facteur x est positif. Comme x≤2, le facteur 2−x est positif. Le numérateur x(2−x) est donc positif, comme produit de deux réels positifs, et le dénominateur x+2 est strictement positif. Un quotient d'un réel positif par un réel strictement positif est positif, donc 2−x+2x2+4≥0, c'est-à-dire x+2x2+4≤2. Cas d'égalité. La différence étant égale à sa forme factorisée, x+2x2+4=2 si et seulement si x+2x(2−x)=0. Un quotient de dénominateur non nul est nul si et seulement si son numérateur est nul, donc cette égalité équivaut à x(2−x)=0. Un produit est nul si et seulement si l'un de ses facteurs est nul, donc elle équivaut à x=0 ou x=2, deux valeurs qui appartiennent bien à [0,2]. Conclusion : pour tout réel x∈[0,2], x+2x2+4≤2, avec égalité si et seulement si x=0 ou x=2. À retenir : on établit le signe du dénominateur avant de s'en servir, chaque facteur du numérateur tire son signe d'une borne de l'intervalle, et la forme factorisée de la différence donne aussi le cas d'égalité.
Exercice 4Rédaction
Minorer un logarithme par une fonction auxiliaire
Montrer que pour tout réel x≥0, x−2x2≤ln(1+x).
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Pour tout réel x>−1, on a 1+x>0, ce qui permet de poser h:]−1,+∞[→R, x↦ln(1+x)−x+2x2. Il s'agit de montrer que h(x)≥0 pour tout x≥0. Dérivabilité : la fonction x↦1+x est dérivable sur ]−1,+∞[ et à valeurs dans ]0,+∞[, où ln est dérivable ; par composition, x↦ln(1+x) est dérivable sur ]−1,+∞[. La fonction x↦−x+2x2 est polynomiale, donc dérivable sur ]−1,+∞[. Par somme, h est dérivable sur ]−1,+∞[. Dérivée : pour tout x>−1, h′(x)=1+x1−1+x=1+x1−(1+x)+x(1+x)=1+xx2. Signe : pour tout x>−1, on a x2≥0 comme carré et 1+x>0, donc h′(x)≥0 comme quotient d'un réel positif par un réel strictement positif. Variations : la dérivée étant positive sur l'intervalle ]−1,+∞[, la fonction h est croissante sur ]−1,+∞[, donc sur [0,+∞[. Valeur de référence : h(0)=ln1−0+0=0. Comparaison : soit x≥0. Les réels 0 et x appartiennent à [0,+∞[, où h est croissante, et 0≤x, donc h(x)≥h(0)=0. Ainsi ln(1+x)−x+2x2≥0, c'est-à-dire x−2x2≤ln(1+x). Conclusion : pour tout réel x≥0, x−2x2≤ln(1+x). À retenir : la valeur de référence est ici la borne gauche de l'intervalle, et une seule comparaison suffit ; pour −1<x<0, la même croissance donnerait au contraire h(x)≤h(0)=0 : c'est la position de x par rapport au point de référence qui fixe le sens de la comparaison.
Exercice 5Rédaction
Contrôler l'écart entre un inverse et 1
Soit x un réel tel que ∣x−1∣≤21. Montrer que x1−1≤2∣x−1∣.
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Soit x un réel tel que ∣x−1∣≤21. L'hypothèse s'écrit 1−21≤x≤1+21, c'est-à-dire 21≤x≤23. En particulier x≥21>0 ; le réel x est donc non nul, et x1 est défini. Mettons au même dénominateur : x1−1=x1−x, donc x1−1=∣x∣∣1−x∣=x∣x−1∣, car ∣1−x∣=∣x−1∣ et ∣x∣=x puisque x>0. Majorons x1 en minorant x : les réels 21 et x sont strictement positifs et vérifient 21≤x ; la fonction inverse étant strictement décroissante sur ]0,+∞[, on obtient x1≤2. Le réel ∣x−1∣ est positif ; en multipliant l'inégalité x1≤2 par ∣x−1∣≥0, le sens est conservé : x∣x−1∣≤2∣x−1∣. Comme x1−1=x∣x−1∣, on obtient x1−1≤2∣x−1∣. Conclusion : pour tout réel x tel que ∣x−1∣≤21, x1−1≤2∣x−1∣. À retenir : on traduit l'hypothèse en encadrement pour obtenir le signe et un minorant strictement positif du dénominateur, puis on multiplie par la valeur absolue restante, qui est positive.
Exercice 6Trouver l'erreur
Majorer xy + y sur un rectangle
On veut montrer que pour tous réels x∈[−2,1] et y∈[1,3], xy+y≤6. Un étudiant rédige : (1) Soient x∈[−2,1] et y∈[1,3]. (2) On a xy+y=(x+1)y. (3) Comme x≤1, en ajoutant 1, on obtient x+1≤2. (4) Comme y≤3, en multipliant membre à membre les inégalités x+1≤2 et y≤3, on obtient (x+1)y≤6. (5) Conclusion : pour tous x∈[−2,1] et y∈[1,3], xy+y≤6. Trouver l'erreur, expliquer pourquoi elle invalide la démonstration, puis rédiger une démonstration correcte.
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L'erreur est à la ligne (4) : on y multiplie membre à membre les inégalités x+1≤2 et y≤3 sans vérifier ni citer aucune condition de signe. Pourquoi elle invalide la preuve : la règle du produit membre à membre, telle qu'elle est énoncée, porte sur des réels positifs ; or x+1 vaut −1 pour x=−2, donc elle ne s'applique pas, et la ligne (4) ne s'appuie sur aucune règle. Surtout, l'hypothèse y≥1 ne sert nulle part : la même rédaction, recopiée mot pour mot avec y∈[−7,3], « démontrerait » (x+1)y≤6, alors que x=−2 et y=−7 donnent (x+1)y=7. Ce qui rend le résultat vrai, c'est le signe de y, avec celui de 2 : on multiplie x+1≤2 par y>0, puis y≤3 par 2>0, sans avoir besoin du signe de x+1. Rédaction correcte : Soient x∈[−2,1] et y∈[1,3]. On a xy+y=(x+1)y. Comme x≤1, en ajoutant 1, on obtient x+1≤2. Comme y≥1, on a y>0 ; en multipliant l'inégalité x+1≤2 par y>0, le sens est conservé : (x+1)y≤2y. Comme y≤3, en multipliant par 2>0, on obtient 2y≤6. Par transitivité, (x+1)y≤6, c'est-à-dire xy+y≤6. Conclusion : pour tous x∈[−2,1] et y∈[1,3], xy+y≤6. À retenir : pour majorer un produit dont un facteur peut être négatif, on multiplie par le facteur dont le signe est connu, en annonçant ce signe.
Exercice 7Trouver l'erreur
Comparer x ln x et x - 1
On veut montrer que pour tout réel x>0, xlnx≥x−1. Un étudiant rédige : (1) Soit h:]0,+∞[→R définie par h(x)=xlnx−x+1. (2) La fonction h est dérivable sur ]0,+∞[ comme produit et somme de fonctions dérivables sur cet intervalle. (3) Pour tout x>0, h′(x)=lnx+x×x1−1=lnx. (4) Pour tout x≥1, on a lnx≥ln1=0 par croissance de ln, donc h′(x)≥0, et h est croissante sur [1,+∞[. (5) Or h(1)=1×0−1+1=0. (6) Soit x>0. Comme h est croissante, h(x)≥h(1)=0. (7) Conclusion : pour tout réel x>0, xlnx≥x−1. Trouver l'erreur, expliquer pourquoi elle invalide la démonstration, puis rédiger une démonstration correcte.
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L'erreur est à la ligne (6) : la croissance de h n'a été établie que sur [1,+∞[, et l'on s'en sert pour tout x>0, y compris pour x∈]0,1[. Pourquoi elle invalide la preuve : une monotonie ne compare que deux réels d'un intervalle où elle a été démontrée. Pour 0<x<1, le réel x est hors de [1,+∞[, et la ligne (4) ne dit rien de h(x) ; d'ailleurs, si h était croissante sur tout ]0,+∞[, on aurait h(x)≤h(1) pour x<1, et non h(x)≥h(1). La fonction k:x↦x−1 montre que les lignes (4) et (5) ne suffisent pas : elle est croissante sur [1,+∞[ et vérifie k(1)=0, mais k(21)<0. Rédaction correcte : Soit h:]0,+∞[→R, x↦xlnx−x+1. La fonction h est dérivable sur ]0,+∞[ comme produit et somme de fonctions dérivables sur cet intervalle, et pour tout x>0, h′(x)=lnx+x×x1−1=lnx. La fonction ln étant croissante sur ]0,+∞[ avec ln1=0, on a h′(x)≤0 pour tout x∈]0,1] et h′(x)≥0 pour tout x∈[1,+∞[. Donc h est décroissante sur ]0,1] et croissante sur [1,+∞[. Or h(1)=1×0−1+1=0. Soit x>0. Si x≤1, les réels x et 1 appartiennent à ]0,1], où h est décroissante, donc h(x)≥h(1)=0. Si x≥1, les réels 1 et x appartiennent à [1,+∞[, où h est croissante, donc h(x)≥h(1)=0. Dans les deux cas, h(x)≥0, c'est-à-dire xlnx≥x−1. Conclusion : pour tout réel x>0, xlnx≥x−1. À retenir : lorsque la valeur de référence est intérieure à l'intervalle, on compare de chaque côté, avec la monotonie propre à chaque côté.
Exercice 8Approfondissement
Racine d'une somme et racine d'un écart
1) Montrer que pour tous réels a≥0 et b≥0, a+b≤a+b, et déterminer le cas d'égalité. 2) En déduire que pour tous réels a≥0 et b≥0, a−b≤∣a−b∣. 3) Déterminer les couples (a,b) de réels positifs pour lesquels l'inégalité de la question 2) est une égalité. Cette inégalité est-elle stricte dès que a=b ?
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1) Soient a≥0 et b≥0. Signes : a+b≥0, donc a+b est défini et positif ; a et b sont définis et positifs, donc a+b≥0. Les deux membres étant positifs, et la fonction carré étant strictement croissante sur [0,+∞[, on a l'équivalence : a+b≤a+b si et seulement si a+b≤(a+b)2. Pour la même raison, ces deux membres sont égaux si et seulement si leurs carrés le sont. Or (a+b)2−(a+b)=a+2ab+b−a−b=2ab, qui est positif comme produit de réels positifs. Donc a+b≤(a+b)2, et par l'équivalence, a+b≤a+b. Cas d'égalité : d'après ce qui précède, a+b=a+b si et seulement si 2ab=0, c'est-à-dire si et seulement si a=0 ou b=0, soit a=0 ou b=0. Conclusion : pour tous réels a≥0 et b≥0, a+b≤a+b, avec égalité si et seulement si a=0 ou b=0. 2) Soient a≥0 et b≥0. Les deux membres de l'inégalité voulue ne changent pas quand on échange a et b ; on traite d'abord le cas b≤a. Premier cas : b≤a. Les réels b et a−b sont positifs ; la question 1) appliquée au couple (b,a−b) donne b+(a−b)≤b+a−b, c'est-à-dire a≤b+a−b, puis, en ajoutant −b, a−b≤a−b. Comme 0≤b≤a et que la racine carrée est croissante sur [0,+∞[, on a b≤a, donc a−b=a−b ; de plus ∣a−b∣=a−b. Ainsi a−b≤∣a−b∣. Second cas : a<b. Le premier cas, appliqué au couple (b,a), qui vérifie a≤b, donne b−a≤∣b−a∣, c'est-à-dire l'inégalité voulue, puisque ∣u−v∣=∣v−u∣ pour tous réels u et v. Conclusion : pour tous réels a≥0 et b≥0, a−b≤∣a−b∣. 3) Montrons qu'il y a égalité si et seulement si a=0, b=0 ou a=b. Soient a≥0 et b≥0. Premier cas : b≤a. On a vu en 2) que a−b=a−b et ∣a−b∣=a−b ; l'égalité s'écrit donc a−b=a−b, ce qui équivaut, en ajoutant b, à b+(a−b)=b+a−b. Par le cas d'égalité de la question 1) appliqué au couple (b,a−b), cela équivaut à b=0 ou a−b=0. Enfin, lorsque b≤a, la condition « b=0 ou a=b » équivaut à « a=0, b=0 ou a=b », car a=0 impose b=0 par 0≤b≤a. Second cas : a<b. Le premier cas, appliqué au couple (b,a), montre que l'égalité équivaut à a=0 ou b=a ; comme a=b, elle équivaut à a=0, donc à « a=0, b=0 ou a=b », les deux dernières conditions étant impossibles lorsque 0≤a<b. Conclusion : il y a égalité si et seulement si a=0, b=0 ou a=b. L'inégalité n'est donc pas stricte dès que a=b : pour a=4 et b=0, les deux membres valent 2. Elle est stricte si et seulement si a>0, b>0 et a=b. À retenir : un cas d'égalité se transporte par des équivalences ; chaque passage (ajout d'un réel, passage aux carrés entre positifs, échange des rôles) doit donc être réversible, et on le dit.
QCM
12 questions : clique sur une réponse pour voir la correction.
Question 1
Soit x un réel non nul tel que x2≤1. Quelle déduction est correcte ?
Question 2
On sait que 2≤a≤5 et 1≤b≤3. Quel encadrement de a−b est justifié ?
Question 3
Soit x∈[0,2]. Quelle ligne majore correctement x+14−x ?
Question 4
Soit x∈[0,1]. Un étudiant écrit : « x3≤x2≤x≤1, donc x3<1. » Que penser de cette conclusion ?
Question 5
Pour montrer que sinx≤x pour tout réel x≥0, on pose h(x)=x−sinx, on justifie sa dérivabilité, puis on établit par le signe de h′ que h est croissante sur [0,+∞[. Que manque-t-il pour conclure ?
Question 6
Soit x un réel tel que ∣x−1∣≤3. Quelle ligne majore correctement ∣x+1∣ ?
Question 7
Soit x un réel tel que ∣x∣≤2. Quelle majoration de ∣x−5∣ est correctement établie ?
Question 8
On veut montrer que pour tout réel x≥0, x+4≤4x+2. Quelle phrase justifie correctement le passage aux carrés ?
Question 9
Pour x∈[0,1], on a obtenu x4≤x2 en multipliant l'inégalité x2≤1 par x2≥0. Pour quels x∈[0,1] a-t-on x4=x2 ?
Question 10
Soient a et b deux réels tels que a≤b. Un étudiant écrit : « donc lna≤lnb, car ln est croissante ». Que manque-t-il à cette ligne ?
Question 11
Soit x∈[−2,−1], de sorte que −2≤x≤−1. Quelle déduction est correcte ?
Question 12
Pour montrer que pour tout réel x≥0, ln(1+x)≥1+xx, on pose h(x)=ln(1+x)−1+xx. Quelle suite de rédaction est complète ?