1) Soit
x un réel tel que
x>−1 et
x=0 ; il reste fixé dans toute la question.
Pour tout entier
n≥2, notons
P(n) l'assertion : «
(1+x)n>1+nx ».
Initialisation. Pour
n=2 :
(1+x)2−(1+2x)=x2, et
x2>0 car
x=0, donc
P(2) est vraie.
Hérédité. Soit
n≥2 un entier tel que
P(n) soit vraie. Montrons
P(n+1), c'est-à-dire
(1+x)n+1>1+(n+1)x.
Par hypothèse de récurrence,
(1+x)n>1+nx.
Or
(1+x)n+1=(1+x)(1+x)n, et
1+x>0 car
x>−1 : en multipliant par
1+x les deux membres de l'hypothèse de récurrence, l'inégalité stricte est conservée, donc
(1+x)n+1>(1+x)(1+nx).
En développant,
(1+x)(1+nx)=1+(n+1)x+nx2 ; de plus
nx2≥0 car
n≥2>0 et
x2≥0, donc
(1+x)(1+nx)≥1+(n+1)x.
Par transitivité,
(1+x)n+1>1+(n+1)x :
P(n+1) est vraie.
Conclusion.
P(2) est vraie et
P est héréditaire à partir du rang
2 ; par récurrence, pour tout entier
n≥2,
(1+x)n>1+nx.
Lignes des hypothèses :
x=0 sert à l'initialisation ;
x>−1 sert à la multiplication par
1+x : il faut ici
1+x>0, car multiplier une inégalité stricte par
0 donne une égalité, et la ligne ne serait plus stricte. C'est cette ligne qui exige
x>−1, non le résultat : pour
x=−1 et
n≥2, on a directement
(1+x)n=0>1−n. L'initialisation ne pouvait pas se faire à
n=1, où les deux membres valent
1+x.
2) Pour
x=−4, on a
1+x=−3. Pour tout
n∈N, notons
B(n) l'assertion : «
(1+x)n≥1+nx », avec
x=−4.
n=0 :
(1+x)0=1 et
1+0×x=1.
n=1 :
(1+x)1=−3 et
1−4=−3.
n=2 :
(1+x)2=9 et
1−8=−7.
n=3 :
(1+x)3=−27 et
1−12=−11.
Ainsi
B(0),
B(1) et
B(2) sont vraies, et
B(3) est fausse, puisque
−27<−11 : l'inégalité n'est pas vraie pour tout
n∈N.
La ligne qui ne s'applique plus est : « Comme
x≥−1, on a
1+x≥0 ; en multipliant par
1+x les deux membres de l'hypothèse de récurrence, on conserve le sens de l'inégalité. » Ici
1+x=−3<0 : multiplier
9≥−7 par
−3 donne
−27≤21, qui ne minore plus
(1+x)3.
L'implication
B(2)⇒B(3) n'est donc pas démontrée, et elle est même fausse, puisque
B(2) est vraie et
B(3) fausse. Une récurrence exige l'hérédité à chaque rang : des rangs vérifiés ne remplacent pas un maillon rompu, qui arrête la transmission de la vérité.
3) Soit
n≥1 un entier. Posons
x=n1 ; c'est un réel, et
x≥−1 car
x>0.
L'inégalité de Bernoulli vaut pour tout réel
x≥−1 et tout
n∈N ; on peut donc l'appliquer à ce réel et à cet entier :
(1+n1)n≥1+n×n1=2.
L'entier
n≥1 étant quelconque,
(1+n1)n≥2 pour tout entier
n≥1.
L'application est légitime parce que les deux lettres de Bernoulli sont quantifiées universellement : on fixe d'abord
n, puis on choisit
x en fonction de
n.
Une récurrence directe ne se calque pas sur celle de Bernoulli. Dans celle-ci,
x est fixé avant le prédicat, et la même base
1+x figure aux rangs
n et
n+1, d'où le découpage
(1+x)n+1=(1+x)(1+x)n. Avec le prédicat «
(1+n1)n≥2 », la base change avec le rang :
(1+n+11)n+1 ne contient pas
(1+n1)n, et aucun découpage simple ne fait apparaître la quantité que contrôle l'hypothèse de récurrence.
À retenir : un paramètre fixé avant le prédicat ne bouge pas avec
n ; quand la base dépend de
n, on applique plutôt un résultat déjà démontré pour tous les paramètres, en choisissant le paramètre après avoir fixé
n.